Le Livre des jeunesses sud-américaines

Les articles

Participation des jeunes-Part2

identités, distances et approches entre les jeunes et les adultes

, par IBASE

PARTIE 2

Voir la Partie 1

Dialogue intergénérationnel sur la « participation »

Messages

D’une jeune militante brésilienne destiné aux « jeunes non organisés » : Nous devons marcher main dans la main. Nous voulons apprendre à vos côtés ou écouter ce que vous avez à dire. Nous voulons connaître vos formes alternatives de participation !

D’un militant gay du Brésil destiné aux jeunes universitaires des groupes de diversité sexuelle : Les amis, nous devons penser à élargir le combat pour la transformation sociale, pour pouvoir aller au-delà de nos frontières. Entrer en contact et se laisser approcher est une bonne initiative.

D’un jeune bolivien destiné aux jeunes de son pays : Oublier notre rôle de spectateur et occuper la scène, participer.

D’un jeune chilien destiné aux jeunes : Qu’il n’y ait aucun déclin de notre combat ; que l’intolérance ne nous aveugle pas, ouvrons nos yeux et notre âme pour écouter, pour nous exprimer. Ne perdons pas de vue notre objectif et notre ennemi commun, « le système ». Mettons nos demandes sur la table.

Les messages de jeunes sud-américain/es révèlent la disposition au dialogue avec les jeunes de leur génération.

Parmi les 30 messages recueillis à la fin du groupe de dialogue régional qui a réuni 40 jeunes à Rio de Janeiro, 17 ont été destinés à leurs semblables : des jeunes en général, des jeunes de chaque pays, des jeunes de l’Amérique du Sud… Les 13 autres messages sont divisés comme suit : 4 étaient adressés aux politiciens (l’un d’entre eux destiné au président du Paraguay, Fernando Lugo, et deux d’entre eux au président du Brésil, Luiz Inácio Lula da Silva), un au gouvernement de Bolivie, sans vraiment spécifier la personne concernée ; trois au vice-ministre de la Jeunesse du Paraguay ; cinq aux organisations sociales qui ont favorisé le groupe de dialogue régional ; un à la police militaire brésilienne et un à la société comme un tout.

(Jeunes ayant participé au groupe de dialogue régional)

Dans le groupe régional de dialogue, mis en place à Rio de Janeiro, les données de la recherche quantitative concernant la participation des jeunes ont de nouveau été traitées. Les chiffres ont créé des inquiétudes.

« Comment résoudre la démobilisation généralisée de la population et des jeunes en particulier ? »

« Nous ne séduisons pas suffisamment pour attirer d’autres jeunes. Qu’est-ce qui peut être fait, en tant que jeunes organisés, pour attirer les jeunes ? »

« Aller au-delà de ceux qui sont militants ! »

« La participation provient de la reconnaissance. Comment faire pour que les jeunes se reconnaissent comme faisant partie d’un secteur, de la jeunesse ? »

À partir de là, des recherches ont été menées sur les stratégies permettant d’augmenter cette participation. L’accent a été mis sur le besoin de ressources matérielles pour créer des moyens alternatifs et des canaux de communication, tant pour augmenter que pour définir la participation.

Parmi les thèmes abordés, il convient d’en mentionner trois concernant les rapports intergénérationnels, en combinant les anciennes et les nouvelles formes de participation et en mettant en rapport les « minorités actives » et l’ensemble de la jeunesse.

a) Les jeunes et les adultes cohabitent dans les espaces de participation sociale, comment gérer les rapports de coopération et de conflit entre les différentes générations ?

« Transmettre des connaissances, signifie-t-il orienter idéologiquement la jeunesse ? »

« Les adultes ne veulent pas céder leurs places au sein des organisations où le militantisme est conjoint. »

« Le militantisme adulte doit former le militantisme jeune. »

« Transmettre des connaissances aux nouvelles troupes. »

« On n’oriente pas les idéologies, mais on transmet nos expériences. »

« On ne peut pas mettre de côté l’expérience accumulée, mais on ne peut pas transmettre l’expérience en pensant qu’il n’y a pas d’autre réalité. »

Les jeunes comprennent les résistances des plus âgés qui ont peur de perdre leur place et le pouvoir. Mais, en parallèle, ils reconnaissent également l’importance de « l’expérience », des connaissances accumulées. Dans ce contexte, afin de minimiser les conflits et d’augmenter les espaces de coopération intergénérationnelle, il faut que les adultes apportent leur expérience, mais en tenant compte de la « réalité d’aujourd’hui » et en s’ouvrant à de nouvelles formes de participation.

b) L’idée de participation des jeunes suppose-t-elle l’appartenance à des groupes organisés et bien structurés ?

S’il est vrai que la « jeunesse » peut être pensée comme un nouveau mécanisme permettant de présenter de nouvelles demandes, il faut prendre en considération leurs caractéristiques et leurs potentialités. L’efficacité de cette identité intégrante serait donc plus importante que la proportion qui pourrait insérer différentes possibilités et dimensions de la participation, à savoir : individuelle et collective ; idéologique et solidaire ; politique, associative, culturelle et religieuse ; virtuelle et concrète.

c) Quel est le rôle des minorités actives dans les processus de transformation sociale ?

Alors que certain(e)s participant(e)s ont insisté sur le besoin du « travail de base », d’autres ont argué qu’on ne peut pas attendre que tous les jeunes s’investissent pour pouvoir occuper les espaces politiques. Si pour des générations antérieures, actionner le rôle « d’avant-garde » était une forme de concilier la distance entre ce que l’on appelait « les bases » et leurs représentants, aujourd’hui, dans le domaine de la jeunesse, les minorités sont mises au défi de démontrer qu’elles peuvent rassembler une partie significative de la diversité des jeunes. Incapables de penser en une seule avant-garde éclairée, les mouvements jeunes sont appelés à développer un dialogue intergénérationnel utile entre les différentes « minorités actives », ce qui peut se révéler être une pratique démocratique novatrice.

Et le débat continue

Le débat concernant « la participation » est inépuisable, il constitue le « domaine de la jeunesse ». Au départ, tous s’accordent à dire qu’il faut augmenter et définir la participation. Mais ensuite, certaines polémiques surgissent et incitent à des recherches :

  • Comment faire face au caractère transitoire inhérent à la participation jeune, qui produit une discontinuité dans les groupes, les réseaux et les mouvements jeunes ?
  • Comment structurer les actions entreprises au sein des organisations classiques et les espaces politiquement institutionnalisés (qui se basent sur des critères de représentation ou de représentativité) et d’autres formes de participation jeune basées sur des appartenances religieuses, culturelles, territoriales ou sur des initiatives individuelles ?
  • Peut-on parler de « participation » des jeunes dont les réactions de « résistances » à la société justificative se font par le biais de moyens illicites (tels que le vol, l’usage d’armes, le trafic de drogues, les rebellions dans les prisons militaires) ? Comment se rapprocher de cette partie de la jeunesse ?
  • Participer dans quel but ? L’idée de « participation » est-elle rattachée au changement social ? Comment rapprocher les changements structurels et les intérêts immédiats des jeunes ?