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Le Livre des jeunesses sud-américaines

Sommaire du dossier

Les technologies de l’information et de la communication et la participation politique des jeunes-Part 2

Diálogos, Un documentaire vidéo pour rechercher, raconter et provoquer le débat

, par IBASE

Partie 2

Le documentaire Diálogos a été réalisé durant la rencontre à Rio de Janeiro (groupe de dialogue régional), soutenu par le Projet Jeunesses sud-américaines - Dialogues pour la Construction de la Démocratie régionale, organisé par Ibase et Pólis, avec le soutien de l’IDRC.

D’une durée de 30 minutes, le documentaire présente un panel diversifié de visages, de trajectoires, de demandes et de réflexions de jeunes de six pays de l’Amérique du Sud. Ses personnages sont membres de différents groupes, réseaux et mouvements jeunes. Il présente des jeunes qui racontent leur expérience de la vie, marquée par les rapides changements sur le marché du travail et par le décalage des cursus scolaires avec les réalités. Ils y décrivent les différentes formes de violence physique et morale dont ils sont victimes en tant que jeunes, en tant que femmes, en tant que noirs, en tant qu’indigènes, en tant qu’habitants des zones rurales et des banlieues. Les questions sur les différentes orientations sexuelles et sur la dépénalisation de la maconha font également partie d’un substantiel débat chez les jeunes qui cherchent des pistes pour faire valoir leurs droits faces à la société et à l’État.

Dans le cadre du Projet Jeunesses sud-américaines, ce documentaire a permis de découvrir (apprendre des détails et des aspects du thème recherché), de raconter (socialiser, au moyen du langage cinématographique, les principaux fruits de la recherche) et de discuter (provoquer le débat dans différents espaces sociaux).

Pour découvrir…

L’anthropologue brésilien Milton Guran, dans son texte intitulé Fotografar para descobrir, fotografar para contar (Photographier pour découvrir, photographier pour raconter), analyse le lieu de la photographie dans le cadre de la recherche anthropologique, en soulignant deux objectifs différents : la photographie faite dans le but d’obtenir des informations ; et la photographie faite pour démontrer ou énoncer des conclusions.

En dissertant sur la contribution de la photographie à la recherche, l’auteur insiste sur la spécificité des informations obtenues au moyen des images. Son rôle n’est pas seulement d’exposer ce qui est visible, mais, surtout de rendre visible ce qui ne l’est pas toujours. Dans ce sens, photographier c’est, avant tout, attribuer (ou reconnaître) une valeur à un certain aspect d’une scène. Le « bon résultat », outre les prérequis techniques, dépend d’une fraction de seconde et d’un moment d’intuition.

Dans le cas du documentaire vidéo, à la différence de la fraction de seconde qui définit la photographie, les scènes sont filmées en continu. Dans ce sens, les découvertes sont moins intentionnelles. Même si l’exemplaire final est toujours le résultat de choix, le processus de montage ne dépend pas seulement de ce que l’on veut mettre en évidence. Le stock d’images et de mots disponibles peut surprendre, et augmente ou limite cet exemplaire final.

Dans le cas de Diálogos, dès le départ, l’intention n’était pas de produire un produit didactique (pour « former » des jeunes leaders) ni d’utiliser le langage cinématographique pour traduire un rapport de recherche. Il s’agissait d’utiliser une autre source de communication, avec ses possibilités et ses limites.

L’utilisation d’images permet d’obtenir de nouvelles informations sur les formes d’interaction des jeunes, sur les tracés communs et aussi sur les différences culturelles et personnelles des jeunes d’un même pays et entre les jeunes de différents pays. Les silences, les échanges de regards, les expressions faciales, les mimiques, les gestes, le langage corporel ne sont pas des détails, ce sont des informations cruciales, surtout lorsque les personnages (de la recherche et du documentaire) sont des jeunes. Ainsi, le tournage est également utile pour le processus de recherche, car il révèle des informations qui pourraient difficilement être obtenues par d’autres moyens.

Regard personnel

Lors de la rencontre des jeunes sud-américains, retracée dans le documentaire Diálogos, nous avons porté notre regard sur la présence d’un jeune bolivien qui - avec sa petite caméra - a filmé tout le temps de la rencontre. Son image (qui a produit des images) met en évidence une combinaison particulière entre l’affirmation de la tradition ethnique et les potentialités des nouvelles technologies. À l’aide de sa caméra, il peut ramener à son groupe non seulement un récit, un rapport, mais aussi des images qu’il a lui-même produites sur l’expérience vécue à Rio de Janeiro. Ce n’est pas uniquement la cohabitation des cultures territoriales locales et de l’utilisation de nouvelles technologies, mais c’est aussi l’histoire d’une influence mutuelle. Interrogé sur l’importance « d’être en train de filmer », le jeune bolivien de Potosi a répondu : « L’utilisation de cet équipement et de cette technologie n’avait pas cours à l’époque à cause de nos us et coutumes indigènes d’origine. Aujourd’hui, l’avancée de la technologie à modifié cela de manière conséquente. Il en a été de même avec l’appareil photo. Et c’est très important pour faire circuler l’information ».

À strictement parler, tout documentaire vidéo est le produit aussi bien de l’intention/préparation que de hasards. En d’autres termes, en dépit des scripts et des guides préparés à l’avance, les tournages ont permis de ramener à la surface d’autres dimensions qui ne devaient pas être, à la base, mises en avant. En conséquence, le processus de montage d’un documentaire dépend aussi bien de ce que l’on veut rendre visible que du stock d’images et de mots disponibles à éditer.

Dans le documentaire Diálogos, par exemple, il était important de présenter toutes les catégories de jeunes présents lors de l’événement. Même si l’intention et la préparation étaient de rendre compte d’une telle diversité - de nationalités, de genres, de causes et d’appartenance - ceci n’a toutefois pas été réalisé. En réalité, tous les jeunes qui ont participé au dialogue régional n’ont pas souhaité (sûrement pour des motifs divers) être filmés et s’exprimer sur leurs trajectoires personnelles. Et, parmi ceux qui ont été disposés à le faire, certains n’étaient pas à l’aise ou suffisamment à l’aise pour se faire comprendre. Au départ, cette sélection de témoignages aurait pu être contrebalancée par la participation d’autres jeunes durant la rencontre. Renforçant, toutefois, encore, la difficulté de donner de la visibilité à toutes les catégories de jeunes ; la participation aux groupes et aux instants collectifs n’a pas non plus été homogène. En résumé, malgré les intentions du script, La diversité jeune présentée dans le documentaire est restée en deçà de ce qui était planifié.

Dans la recherche sociologique, les différences de participation sont des données qui doivent être prises en considération dans les analyses. Les silences sont également révélateurs.

Au cours des tournages, outre les silences, les gestes peuvent également être pris en considération, tout comme les expressions, les chuchotements, etc. Outre ceux qui témoignent ou qui discutent avec vigueur, d’autres jeunes sont protagonistes du documentaire Diálogos). Les images des moments les plus intenses de la discussion montrent des jeunes qui parlent en même temps, qui se regardent, qui fabulent, qui sont agités, qui laissent transparaître leurs expressions de doutes, leurs concordances et leurs discordances. Dans ce cas, ce sont les images qui, par elles-mêmes, mettent en évidence l’implication d’un ensemble plus large de jeunes concernant les questions à l’ordre du jour.

De même, les images de la plage de Copacabana - avec des maillots de bain et du football - permettent également de découvrir d’autres facettes des « jeunes qui participent », et qui, de nombreuses fois, ne se présentent et ne sont vus que d’un point de vue militant.

Enfin, dans ce contexte, les frontières entre le « temps de la recherche » et le « temps de tournage », deviennent fragiles. Ceci ne veut pas dire que toutes les informations obtenues doivent ou peuvent être transformées en texte. De fait, la conjugaison entre les images et les mots dans un documentaire produit des émotions qui ne se prêtent pas toujours au cadre d’une logique du discours scientifique. Ce sont des modes différents de se rapprocher de la réalité, mais qui peuvent s’additionner comme des voies complémentaires.

Raconter…

Chaque documentaire cherche à obtenir un mariage particulier entre les images et les dialogues pour traiter d’un sujet. Dans le cas du documentaire en question, lié au Projet Jeunesses sud-américaines, le but était de sonder les possibilités ainsi que les obstacles pour la mise en place d’un dialogue entre les jeunes des six pays étudiés.

Comme nous le savons, un ensemble conséquent de résultats provenant d’autres étapes du projet - des études de cas (situations types), des tables rondes et du sondage d’opinion - a été divulgué dans des ouvrages, des articles des revues spécialisées, des brochures et des vidéos produites par les équipes nationales. Ces résultats, ont sans aucun doute été d’une importance significative pour donner vie aux groupes de dialogue nationaux et au dialogue régional lui-même. Il s’agissait toutefois de créer un nouveau produit qui ne remplaçait pas les livres et les vidéos déjà réalisées mais qui pouvait les compléter. Et ceci tant en ce qui concerne les nouvelles informations qu’en ce qui concerne la spécificité relative à l’utilisation des images pour communiquer les résultats de la recherche.

Par conséquent, l’objectif n’était pas de mettre en évidence la technique de recherche utilisée (Choicework dialogue), mais de présenter ce qu’il s’est passé durant un certain espace-temps, de manière à provoquer de l’intérêt de la part des autres jeunes et, en parallèle, à offrir aux personnes intéressées par ce thème un certain matériel et les fruits de la recherche.

Dans le documentaire, nous pouvons souligner certaines trajectoires personnelles de jeunes. Ce sont eux et elles qui racontent quels sont leurs rapports avec leur père et avec leur mère, comment ils/elles se sont sensibilisé/es à certaines questions sociales, comment ils/elles se sentent et ce qu’ils/elles veulent en tant que jeunes. Leurs visages et leurs expressions nous offrent la possibilité de mieux connaître la jeunesse, mais peuvent aussi nous émouvoir.

Ces témoignages ponctuent une structure narrative qui cherche « au moyen de scènes de travail en groupe et de séances plénières » à souligner les points de consensus, les controverses et les doutes présents dans le processus de construction d’une identité politique entre les jeunes sud-américains. Une telle structure narrative est composée de trois parties :

1) qu’entend-on par « demandes des jeunes ? » ;

2) que signifie aujourd’hui parler de « participation jeune » ? ;

3) comment des groupes, des réseaux et des mouvements jeunes doivent se mettre en rapport avec les gouvernements et avec l’État ?

Enfin, que nous raconte ce documentaire ? Grâce à un assemblage particulier entre les images et les mots, le documentaire tente d’expliquer les tensions constitutives du « domaine de la jeunesse » qui se construisent dans cette première décennie du XXIe siècle. C’est à partir de l’appréhension des controverses actuelles que le documentaire peut être utile pour provoquer une réflexion académique et un débat dans les espaces de participation sociale.

Provoquer le débat…

Les problèmes spécifiques dans les domaines de l’éducation, du travail et des violences physiques et morales touchent aujourd’hui, et en particulier, les jeunes. La transformation de ces problèmes sociaux en des demandes socialement reconnues exige des pactes intergénérationnels ; des alliances entre les catégories de jeunes et un nouveau paradigme pour la formulation et l’implantation de politiques publiques pour la jeunesse.

Le documentaire Diálogos peut être un instrument permettant de déterminer le débat en cours. Il peut être utilisé comme un déclencheur de discussion dans différents espaces, avec des objectifs divers, que ce soit par identification immédiate ou par approche, ou que ce soit par méconnaissance ou par opposition. Voyons quelques exemples.

1. Présentation du documentaire à d’autres groupes et mouvements sociaux (non limités par l’identité jeune)

Comme nous l’avons déjà dit, le documentaire enregistre les tensions et les controverses que les groupes, les réseaux et les mouvements jeunes affrontent pour définir leurs « demandes », pour élargir les définitions de « participation » et pour établir des relations avec les gouvernements et avec l’État. Ces points rapprochent le « domaine de la jeunesse », d’autres mouvements sociaux qui ne sont pas concernés par la question de l’âge. Dans ce sens, présenter le documentaire dans des espaces de participation sociale non définis par « ce qui est jeune » peut s’avérer utile, aussi bien pour divulguer les informations sur l’actuelle « condition de jeune » que pour encourager la réflexion (et, dans certains cas, voire même renouveler des conceptions) sur les actuelles et les différentes formes de la participation sociale, en provoquant un dialogue intergénérationnel nécessaire.

2. Présentation du documentaire aux différents collectifs jeunes

Le documentaire enregistre des formes bien diverses de participation. Sont présents des jeunes d’organisations traditionnelles, des partis politiques, des syndicats et le mouvement étudiant. Sont également présents des jeunes de mouvements identitaires, tels que les mouvements ethniques et raciaux, de genre et d’orientation sexuelle. Parmi les groupes culturels, nous pouvons souligner les jeunes issus du théâtre, du hip-hop et de la communication. Étaient également présents des jeunes catholiques, des évangéliques, des jeunes de tradition indigène et africaine, même si le découpage religieux n’était pas clairement visible dans le documentaire.

Sans chercher à gommer ou à sous-estimer les différences, la rencontre en elle-même a permis d’échanger des points de vue et a permis des écoutes mutuelles. Dans ce sens, la même expérience peut être multipliée et renforcée grâce à la projection du documentaire. Chaque projection peut être vue comme une opportunité de comprendre les raisons de l’autre, sans nécessairement lui donner raison. Par exemple, à un certain moment du film, une jeune brésilienne - membre du mouvement noir - classifie comme une forme de « participation » (réaction au status quo) les actions illicites menées par les jeunes « exclus du système ». Un jeune uruguayen, membre d’un parti politique, réagit à cette affirmation. Après exposition des arguments et des contre arguments, une question subsiste : comment lesdites « jeunesses organisées » se mettent-elles en rapport (ou non) avec des catégories exclues de la jeunesse ? Un autre exemple. Après la présentation du documentaire, lors d’un Grand Festival de la Jeunesse, en Argentine, les jeunes des collectifs jeunes (surtout ceux concernés par les projets sociaux) qui étaient réunis, ont déclaré être en désaccord avec les idées de certains personnages du film considérés comme des « détenteurs de la réalité » qui veulent « montrer le chemin » à d’autres jeunes. Dans ce cas, il semble que le documentaire ait permis de préciser la critique des modes traditionnels de faire de la politique (qui sont également reproduits par les jeunes).

Voyons encore un dernier exemple. Les questions des jeunes issus du milieu rural sont moins présentes dans le documentaire que, par exemple, les questions qui concernent les jeunes des milieux urbains et celles sur les causes ethniques et raciales, d’orientation sexuelle, etc. Cependant, inviter les jeunes des milieux ruraux à débattre sur leur propre situation à partir de cette « absence » peut s’avérer stimulant. Outre cela, la comparaison - par le biais de l’instauration de similitudes et de différences - avec ce qui se passe avec d’autres segments jeunes peut se révéler être une opportunité pour enrichir le programme des jeunes des milieux ruraux. D’une certaine façon, c’est ce qui est arrivé en décembre 2009, durant la rencontre des jeunes qui ont participé à la Réunion spécialisée sur l’Agriculture familiale du Mercosur (Rsaf). À cette occasion, les participants se sont appropriés deux questions également traitées dans le documentaire, à savoir : Comment est-il possible de renforcer la participation des jeunes des milieux ruraux ? ; Comment se mettre en rapport avec les agences gouvernementales et avec l’État ? Ces questions ont régi le travail en groupe qui a suivi la réunion. Ainsi, le documentaire vidéo favorise le développement de la discussion et provoque la connexion de demandes spécifiques et de problèmes communs avec la condition de jeune actuelle.

D’ailleurs, la présentation du documentaire à des catégories spécifiques de jeunes peut être aussi bien l’occasion d’affirmer deux aspects particuliers de chaque catégorie jeune que celle d’établir une dynamique d’identification de traits générationnels communs. Ainsi, le documentaire peut contribuer au développement du dialogue intergénérationnel, condition indispensable pour construire un programme commun et être présent dans l’espace public.

3. Présentation du documentaire aux autorités et aux responsables des Politiques Publiques pour la Jeunesse

Le documentaire Diálogos présente les multiples catégories des jeunesses sud-américaines. Les jeunes sont parfois reconnus comme « public-cible » ou comme des « interlocuteurs » de tel ou tel ministère, secrétariat ou espace institutionnel de la jeunesse. Lors d’une rencontre avec les autorités en Argentine, le représentant d’un programme tourné vers « les jeunes exclus » a affirmé, non par hasard, que ceux qui étaient dans le reportage n’étaient pas « ses jeunes ». De fait, ce qui nous est présenté, c’est un ensemble particulier de jeunes à partir duquel un nouveau « sujet politique » est produit (ou au moins un nouveau public-cible).

Parler de « la jeunesse comme un sujet de droits » entraîne des découpages de politiques sectorielles. S’il est vrai que ce sujet/public-cible a permis de créer des « espaces institutionnels de la jeunesse » dans les six pays étudiés, il est également vrai que la difficulté de dissiper la vision de « développement intégral » de la jeunesse perdure, avec ses inégalités et ses diversités. Il s’agit alors de surmonter les notions de « précaution » et de « contestation » qui, depuis les années 1990, jalonnent des programmes et des actions tournés vers la jeunesse.

En effet, les images et les dialogues du documentaire présentent, avec force, les demandes des jeunes qui dépassent les frontières qui séparent les secteurs de l’État (Enseignement, Travail, Culture, Sécurité, Santé, Environnement, Transport, etc.). De fait, elles réaffirment la nécessité de la présence du thème de la jeunesse dans les différents ministères et secrétariats (elles évoquent une transversalité) et elles réaffirment également le besoin d’intégration de programmes et d’actions tournés vers les différents segments jeunes. Dans ce sens, sans être une thèse ou un rapport politique, le documentaire Diálogos – présentant des images et des mots de jeunes – peut contribuer à sensibiliser les autorités sur le thème de l’innovation de notions et de pratiques en ce qui concerne les Politiques Publiques sur la Jeunesse.

Tourné vers un segment de la population marqué par la « technosociabilité » et par la promotion de l’accès à Internet et des téléphones portables, le documentaire aura des utilisations, des sens et des appropriations diverses en fonction des groupes, des réseaux et des mouvements jeunes. Des copies seront faites et leurs utilisations ne sont pas complètement prévisibles et contrôlables. Sa place sera définie par rapport à d’autres supports vidéos qui seront certainement créés par d’autres chercheurs/ses et par les jeunes eux/elles-mêmes ; le jeune bolivien de Potosi en est un exemple.

Au-delà du déterminisme technologique et du pessimisme culturel

« La pensée actuelle concernant les rapports entre la culture et la technologie se borne, majoritairement, à des conclusions désespérantes. Pour les conservateurs culturels, la télévision par câble est la dernière offrande de la boîte de Pandore et la transmission par satellite ira couronner la tour de Babel. Parallèlement, une nouvelle classe d’intellectuels, qui dirige les centres dans lesquels les nouvelles technologies culturelles et de l’informatique sont utilisées, parle avec assurance de son « produit ». Aucune de ces postures ne peut être considérée comme stable. Ce que nous avons, c’est une mauvaise combinaison de déterminisme technologique et un pessimisme culturel. » Raymond William, Culture, Ed. Paz e Terra, 1992

S’interrogeant sur la propagation du « pessimisme culturel », Jesus Martin-Barbero, anthropologue colombien, montre la façon dont les nouvelles technologies de communication et d’information poussent les sociétés à intensifier leurs contacts et leurs conflits, en expliquant toutes les cultures les unes par rapport aux autres, ce qui n’était jamais arrivé auparavant. Dans ce sens, il est fondamental d’attirer l’attention sur la rapidité avec laquelle les « majorités » - à savoir les jeunes des couches sociales les plus pauvres – ont accès au téléphone portable et à Internet, comme nous l’avons déjà mentionné dans les résultats du sondage d’opinion. Grâce à ce nouvel espace de communication, ils échangent des emails, de la musique, des photos et des vidéos. Dans ce nouvel espace, ils renouvellent également les façons d’agir au sein de l’espace public, comme nous pouvons le constater dans les mobilisations jeunes étudiées.

Les rapports entre la culture et la communication s’accentuent pour la génération actuelle de jeunes précisément parce que, de nos jours, les transformations culturelles les plus décisives proviennent de mutations technologiques. C’est dans ce scénario historique que « l’âge » ou le fait « d’être jeune » peut devenir un découpage pouvant produire des demandes de reconnaissance. Et de ce fait ne plus être qu’un simple « découpage » permettant – dans certains espaces et à certaines occasions – d’exprimer une identité/un nouveau sujet qui se construit dans la recherche de réponses pour leurs besoins citoyens. Outre cela, les réseaux numériques tissent un potentiel stratégique pour l’intégration socioculturelle des jeunes sud-américains/es.

Cependant, comme nous devions l’espérer, l’espace de communication virtuelle est également disputé par des valeurs différentes et des forces antagonistes. Dans le futur, des cadres régulateurs plus généraux devront être le produit de négociations entre les acteurs publics. Aujourd’hui, il revient aux étudiants, aux groupes, aux réseaux et aux mouvements jeunes - avec leurs connaissances, leurs valeurs et leurs causes – de discuter aussi sur le cyberespace et les messages et images qui y circulent. À cet effet, il est nécessaire de s’approprier les nouvelles technologies pour produire une contre information, divulguer des informations de qualité, stimuler l’imagination et participer à la construction d’un espace public élargi. Au lieu de s’opposer (ou de soumettre un pôle à l’autre), il faut combiner la raison et l’imagination, la science et l’art, le livre et les moyens audiovisuels. Prendre en considération la spécificité de chaque langage et les faire converger vers les demandes d’émancipation des jeunes d’aujourd’hui, surtout, de ceux ou celles qui sont le plus touchés/es par les processus d’exclusion sociale.

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