Le Livre des jeunesses sud-américaines

Les articles

Les espaces de mobilisation-Part2

Les jeunes en tant que « sujets de droits » et les Politiques Publiques pour la jeunesse

, par IBASE

PARTIE 2

Lire la Partie 1

Institutionnalités (nationales) de la jeunesse dans les pays étudiés

De manière générale, nous pouvons dire que les premières institutions multinationales sur la jeunesse ont été créées dans un climat de préoccupation pour le respect de certains accords de réforme de l’État, provenant du Consensus de Washington.

Aujourd’hui, de manière assortie avec ladite « onde démocratique » présente dans la région et avec les événements internationaux qui mettent à nouveau en relief des questions concernant le « rôle de l’État », la perspective pour penser les problèmes/nécessités et les demandes des jeunes dans une optique de « droits » voient également le jour. Comme nous pouvons le voir dans le document de la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (Cepal) de 2008 : l’approche des « droits » est un outil juridique qui s’installe dans la structure génétique de l’État pour s’assurer que les droits de la jeunesse servent de boussole pour planifier les politiques publiques.

Les jeunes en tant que « sujets de droit »

Dans la culture politique moderne, la notion de « droit » a été la construction sociale qui a personnifié et synthétiser la promotion de l’égalité. Dans la dispute entre dominateur et dominé, durant ses différents moments et contextes historiques, le droit est apparu - spécialement à partir de la Révolution française - comme l’expression d’un contrepouvoir politique, symbolique et pratique. Tout être humain reconnu comme citoyen ou citoyenne est porteur de droit. Cela a servi à assurer formellement l’égalité sociale, et entraîné la diminution de la distance entre les élites et les classes populaires et à promouvoir des opportunités égales d’accès à l’expérience, aux connaissances et aux patrimoines économiques produits et accumulés par les sociétés. Chaque génération de droits a entraîné l’émergence d’une nouvelle génération de droit dans un jeu dynamique dans lequel la consolidation de chaque étape a ouvert un espace pour que la suivante étape puisse trouver sa place :

Droits civils et politiques (première génération de droits) : ce groupe est formé des droits qui évoquent la participation dans la prise de décisions, les libertés individuelles, l’égalité des personnes, le droit à la propriété, la résistance à l’oppression et la sécurité. Pour ce groupe, la base, c’est la Liberté.

Droits économiques sociaux et culturels (seconde génération de droits) : nous parlons ici du fait que, pour la démocratie politique, les personnes ont besoin d’une démocratie sociale et économique. Ces droits incluent les droits des personnes salariées, la sécurité sociale, le droit au travail, un salaire décent, le repos, l’éducation, les garanties sociales, la liberté de syndicalisation. L’État a pour rôle de créer et de garantir des conditions pour que ces droits puissent être exercés. Ce groupe de droits ajoute aux droits individuels du premier groupe une dimension sociale communautaire. Ici, le fondement c’est l’Égalité.

Droits de troisième génération : ce dernier groupe contient les droits des peuples : le droit à la paix, au développement, à l’environnement, au patrimoine commun de l’humanité. Ce sont des principes qui intéressent tous les États ? Ils sont le produit de l’accord de la communauté internationale pour préserver l’humanité. La valeur qui fonde ce groupe et la Fraternité.

Cette troisième génération de droit est la conquête de l’action de plusieurs mouvements sociaux des dernières décennies du XXe siècle, et reconnue il y a un certain temps. Elle se définit par la consécration de droits d’incidence collective. Il est important de souligner que, ceux-ci étant des droits liés aux groupes sociaux, la violation de ces droits compromet toute société. Par exemple, on ne peut pas parler d’une société juste si les femmes, les enfants, les noirs, les homosexuels ou les jeunes subissent des discriminations ou sont soumis au sein de la société.

Avec la consécration des droits collectifs, le monde politique a subi un changement important dans son orientation publique. Si les temps modernes se définissent par la recherche de l’égalité en consacrant les droits individuels, dans le monde contemporain la matrice politique se définit par la reconnaissance et par la valorisation de la différence et des identités collectives.

Dans le cas des jeunes, le besoin de structurer la recherche de l’égalité individuelle de conditions et la valorisation de la différence, c’est un attribut essentiel pour affirmer les droits et, par conséquent, pour élaborer et implanter des politiques publiques. Dans ce sens, le premier pas est d’éviter l’utilisation de certaines oppositions (assez communes et inappropriées) : égalité contre différence. Ce qui est opposé à l’égalité et l’inégalité et non à la diversité. Sous cette principe se trouve le défi de faire en sorte que la société comprenne que les jeunes, sujets de droit et promoteurs/destinataires de politiques publiques, n’acceptent pas de participer à des programmes et à des projets qui supposent et/ou produisent la standardisation des pratiques sociales, des modes d’être et des identités qui les subordonnent à une culture dominante.

Recherche : l’avis des personnes interrogés sur les politiques concernant la jeunesse dans chaque pays

Que font les gouvernements pour la jeunesse ? Dans le tableau précédent, nous pouvons voir que les réponses sont très ciblées autour du fait que les gouvernements connaissent les problèmes de la jeunesse, mais qu’ils ne font rien pour les résoudre.

Ensuite, les personnes interrogées de tous les pays se divisent entre : celles qui ne connaissent pas et qui ne se préoccupent pas ou qui soutiennent et favorisent des programmes et des actions tournées vers la jeunesse. Dans ce sens, : en Argentine, la première réponse gagne (17 %) ; en Bolivie, il y a peu de différences entre les deux réponses, le soutien des gouvernements restant dans une position un peu plus confortable ; au Brésil, ceux qui trouvent que le gouvernement soutient les jeunes sont exactement le double (20 %) que ceux qui optent pour la première réponse (10 %) ; au Chili, les deux réponses sont égales ; au Paraguay, on croit plus au fait qu’il n’y a pas de connaissance ni de préoccupation pour les problèmes de la jeunesse ; et enfin, en Uruguay, nous avons un meilleur indice de reconnaissance des programmes et des actions gouvernementales tournées vers la jeunesse (43 %).

Dans les six pays, le revenu, la scolarité et le lieu de résidence rurale tendent à se conjuguer avec une évaluation plus positive. Il est toutefois important de mentionner deux exceptions. En Uruguay, les personnes vivant en ville sont plus positives que les personnes vivant à la campagne, ce qui peut être le reflet des rapports spécifiques campagne/ville dans ce pays. En Bolivie, ce sont précisément les personnes interrogées présentant le plus faible revenu qui évaluent le plus positivement les politiques, ce qui semble être directement en rapport avec le soutien de l’actuel gouvernement à la société.

De même, il est intéressant de noter que dans tous les pays, les jeunes sont moins positifs que les adultes concernant cette question. Cette différence d’âge est plus pertinente au Chili, au Brésil et en Uruguay. Pour expliquer une telle différence, nous pouvons recourir tant à un esprit critique plus important des jeunes qu’aux problèmes de diffusion ou de légitimité des programmes et des actions parmi leurs destinataires. Les deux hypothèses semblent être plausibles et non excluantes.

Les évaluations des politiques ne se font donc pas dans des espaces vides de relations sociales. Il convient de contextualiser les réponses du sondage d’opinion dans des scénarios historiques et conjoncturels. Ce principe est également important pour analyser les réponses à la demande faite aux personnes interrogées de citer spontanément des programmes et des actions gouvernementales tournées vers la jeunesse. Les réponses à cette question ouverte ont indiqué un niveau de visibilité assez bas des programmes gouvernementaux pour les jeunes : les quatre cinquièmes des personnes interrogées disent ne pas savoir répondre ou ne connaître aucun projet. Suivent les aspects pertinents des réponses obtenues.

  • Les paliers de connaissance atteignent, au maximum, 20 % de souvenir spontané d’au moins un projet gouvernemental tourné vers la jeunesse.
  • Les personnes interrogées en Uruguay (20 %), au Brésil (19 %) et au Chili (13 %) ont un souvenir modéré de projets et d’actions tournés vers les jeunes.
  • Les personnes interrogées en Argentine (7 %), en Bolivie (5 %) et au Paraguay (3 %) ont un souvenir très restreint de projets et d’actions tournés vers la jeunesse.
  • L’Uruguay et le Brésil se distinguent pour être les pays interrogés les plus informés sur les politiques concernant les jeunes qui sont en cours : 1 personne interrogée sur 5 déclare en connaître au moins une.
  • Au Chili, un peu plus d’1 personne interrogée sur 7 déclare connaître un projet tourné vers les jeunes.
  • Le Brésil est le seul pays où le nombre de jeunes évoquant les politiques publiques tournées vers la jeunesse est plus important que le nombre d’adultes.
  • Dans tous les pays, parfois, les actions qui reviennent en mémoire sont réalisées par des organismes non gouvernementaux (laïcs ou religieux) en partenariat ou non avec des organismes gouvernementaux.
  • Il est également fait mention de programmes et d’actions tournés vers les enfants et leurs familles, en ne faisant pas le distinguo entre la jeunesse en tant que public-cible spécifique.

En résumé, s’il est vrai que l’expression « Politiques Publiques pour la jeunesse » fait partie du vocabulaire des mouvements sociaux et des programmes gouvernementaux, le sondage d’opinion indique qu’elle n’est pas connue du grand public. Cela ne signifie pas pour autant que les problèmes et les besoins des jeunes de cette génération sont méconnus ; et cela ne signifie pas non plus que les programmes en cours sont peu connus. D’une part, on ne distingue pas très bien ce qui est mis en place par les gouvernements de ce qui est mis en place par les organisations du dénommé secteur tertiaire. D’autre part, des programmes et des actions tournés vers les enfants et les familles sont cités. Ces informations indiquent combien le « domaine de la jeunesse » possède des frontières poreuses et combien l’idée de la jeunesse en tant que sujet de droits et destinataire spécifique de politiques est circonscrite aux spécialistes, aux militants et aux gestionnaires des espaces institutionnels de la jeunesse.