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Le Livre des jeunesses sud-américaines

Sommaire du dossier

Les espaces de mobilisation-Part3

Mobilisation et politiques publiques de la jeunesse

, par IBASE

Les « minorités jeunes actives » et le domaine de la jeunesse : des rapports différenciés

« Être jeune participant » c’est une identité construite, cela implique une intentionnalité et cela fonctionne comme un passeport pour agir dans le domaine des Politiques Publiques pour la Jeunesse. Toutefois, l’utilisation de ce passeport se fait grâce à différentes logiques, intensités et opportunités.

Les réponses des 40 « jeunes participants » au groupe de dialogue régional peuvent démontrer de telles virtualités. Le questionnaire auquel il fallait répondre contenait une question sur la participation aux espaces (réseau, forum, conseils, commissions) consacrés à l’élaboration des Politiques Publiques pour la Jeunesse.

47,5 % des jeunes ont déclaré participer à ces espaces de dialogue sur les politiques publiques tournées vers la jeunesse, contre 45 % qui déclarent ne pas y participer. Une observation par pays permet de différencier les nationalités des jeunes engagés dans les espaces de dialogue et les demandes des Politiques Publiques pour la Jeunesse.

Le Brésil se démarque quant au pourcentage des jeunes qui participent à ces espaces : les jeunes ayant participé au groupe de dialogue régional sont 87,5 % à avoir répondu favorablement. Celui-ci est suivi de l’Argentine (62,5 %). En Uruguay, 100 % des jeunes ayant participé au groupe de dialogue régional ont déclaré ne participer à aucun espace dont le thème serait lié aux Politiques Publiques pour la Jeunesse.

De manière générale, sur les 47,5 % qui déclarent participer à ces espaces (réseau, forum, conseils, commissions) consacrés à l’élaboration des Politiques Publiques pour la Jeunesse, 15 % le font au niveau gouvernemental et 12,5 % au niveau national et municipal, respectivement.

Lorsqu’il s’agit d’une participation des jeunes à des forums/espaces d’interconnexion entre jeunes dans leur quartier ou dans leur ville, ceux-ci sont 52,5 % à répondre favorablement.

Le graphique ci-dessus démontre que, parmi les participants au groupe de dialogue régional, le Chili et la Bolivie possèdent le plus grand pourcentage de jeunes qui sont membres de forums/espaces d’interconnexion entre jeunes, avec 66,7 % des réponses, suivis du Brésil et de l’Argentine, avec 62,7 % des jeunes.

En résumé

Ces informations démontrent que presque la moitié des jeunes, qui ont un engagement social, n’adhèrent pas directement aux espaces consacrés aux demandes spécifiques « de la jeunesse ». Ce qui corrobore deux autres conclusions du Projet Jeunesses sud-américaines :

1) « être jeune participant » n’est pas une identité unique qui rend compte de toutes les formes de mobilisation jeune ;

2) le domaine des Politiques Publiques pour la Jeunesse, encore peu consolidé, est conforme dans les six pays étudiés.

Groupes, Réseaux et Mouvements de jeunes VERSUS Gouvernements et Institutions des jeunes : Controverses

L’un des points qui a le plus prêté matière à controverse dans le groupe de dialogue régional a été le rapport entre la société civile et l’État, pensé à partir du rapport entre les mouvements sociaux auxquels les jeunes participent et les gouvernements de leur pays, tel que nous pouvons l’observer dans une partie de la discussion ci-dessous retranscrite :

« L’État produit des inégalités, c’est une relation de pouvoir. L’alternative réside donc dans la construction d’un État différent. »

« L’adhésion aux Mouvements sociaux est un risque. »

« Il ne s’agit pas seulement d’affronter l’État… Le rapport dépend du contexte. »

« On ne peut pas séparer l’État des mouvements sociaux. La possibilité de choisir dépend de l’endroit où on se trouve. Il faut s’immiscer pour fonctionner avec sa logique jusqu’à le transformer. »

Les argumentations ont ramené à la surface les discussions classiques sur la façon de gérer et de transformer « l’État bourgeois ». Pour les uns, afin d’éviter « l’adhésion », il convient d’éviter la relation. Pour les autres, la relation signifie exiger de l’État qu’il mette en place des politiques publiques et du gouvernement qu’il insère des demandes concernant les jeunes. Qu’entend-on par État, gouvernements, institutions publiques ? Comment se mettre en rapport avec les gouvernements ? Comment distinguer les questions des gouvernements (qui passent) et de l’État (qui reste) ? Comment consolider les organisations sociales pour se mettre en rapport avec les gouvernements sans perdre l’autonomie et l’identité ? Des questions comme celles-ci ont été très présentes lors de la séance. Certaines personnes ont montré leur désaccord total ou partiel sur l’orientation de leurs gouvernements en se demandant s’il était, dans cette situation, possible de participer à ce type d’espace.

En réalité, aucun consensus n’a été trouvé à ce sujet. Lors d’une rencontre entre des jeunes de différents pays, ayant réuni des adhérents à des mouvements jeunes, à des mouvements paysans, à des groupes identitaires et religieux et à des partis politiques, il n’était pas du tout prévu d’arriver à une telle stratégie unique pour la transformation sociale. D’une certaine façon, le groupe de dialogue régional a démontré que parmi les « jeunes participants », qui agissent en groupes, en réseaux et mouvements d’un même pays et de différents pays, il existe des différences que nous pouvons décrire comme « idéologiques ». Proches en termes de tranche d’âge et de compromis social avec les jeunes de leurs pays, souvent, ils se différencient en termes de vision du monde et des chemins à emprunter pour la transformation sociale. Cela se manifeste dans les différentes conceptions sur le rôle de l’État et la constitution de la société civile. Ce n’est pas un hasard si, lors des discussions, il a été fait référence aux utopies socialistes ; aux utopies environnementales ; ainsi qu’aux positions plus pratiques qui pointent du doigt les demandes démocratiques à court terme.

Cependant, à partir de la définition de la jeunesse en tant que « sujet de droits », les gouvernements (par une autre porte d’entrée) sont revenus sur le devant de la scène. Si les participants étaient d’accord avec le besoin de construire un agenda de demandes communes aux différents segments jeunes ainsi que le besoin d’accroître les différentes formes de participation, il restait à expliquer : vers qui leurs demandes devaient-elles être dirigées ? Quel est l’objectif de la participation ? Les deux dernières questions ont entraîné un consensus : pour avoir une incidence sur l’espace public, il est nécessaire de reconnaître les instances gouvernementales vers lesquelles les demandes doivent être acheminées.

Bien sûr, il ne faut pas oublier de prendre en considération la complexité du fonctionnement des institutions gouvernementales et le danger de se perdre dans les priorités des gouvernements. Les expériences des différents pays ont été relatées durant la discussion1. De manière générale, les jeunes des différents pays reconnaissent que, dans leur pays, lesdites « institutions sur la jeunesse » ne sont pas suffisamment fortes et légitimes, ni pour promouvoir la participation effective des jeunes ni pour acheminer les demandes des jeunes au sein des gouvernements. Toutefois, il ne s’agit pas de se passer des secrétariats, des coordinations, des directions, des vice-ministères ou des instituts de la jeunesse. Les rapports avec les pouvoirs publics dépendent de l’histoire et des conjonctures politiques de chaque pays.

Pour se positionner et agir à l’intérieur du « domaine de la jeunesse », il est nécessaire de prendre en considération le côté social de chaque demande qui compose l’agenda ; de tenir compte du profil des différentes organisations qui sont porteuses de ces demandes ; d’analyser les conjonctures politiques, et le degré d’harmonie (plus ou moins grand) des gouvernements avec les mouvements sociaux en général et, en particulier, avec les organisations jeunes.

Donc, même si les jeunes des six pays pouvaient dialoguer sur les stratégies communes, il est impossible d’arriver à un consensus par rapport aux actions concrètes qui doivent être menées dans chaque pays. Il y a des différences historiques qui se reflètent dans la formation économique et sociale de chaque pays tout comme des spécificités de conjonctures et de corrélations de forces sociales.

Et le débat continue des deux côtés : Des pratiques à revoir

Cette partie du rapport des tables rondes du Chili doit être lue avec beaucoup d’attention, car elle met également l’accent sur la nécessité de réfléchir sur la fragilité des institutions gouvernementales spécialisées dans la jeunesse et sur la nécessité de réfléchir sur les pratiques des mouvements jeunes qui ne se soucient que d’obtenir des ressources des gouvernements pour leurs projets et leurs actions.

« Les institutions chargées des politiques sur la jeunesse qui ont cherché à concilier, de manière forcée, les jeunes et leurs pensées politiques avec les mécanismes de participation formalisés ne s’ajustent pas toujours aux formes d’organisation jeune et qui ne traduisent pas toujours le sens de leurs intérêts. D’autre part, les organisations de jeunes tendent à maintenir un rapport simplement instrumental avec les institutions (obtenir quelques ressources financières via des projets simultanés) pas toujours efficace, sans que cela ne porte préjudice à la revendication faite concernant l’autogestion. » Rapport tables rondes/Chili

La jeunesse est vue comme un temps de « préparation », lorsque les individus débutent leur émancipation et amorcent leur insertion dans les différentes dimensions sociales de la vie d’adulte (productive, sexuelle, familiale, politique). Toutefois, la majorité des jeunes sud-américains exerce déjà des activités en immersion sociale totale (étude, travail, sexualité, responsabilités familiales). Les difficultés pour expérimenter cette condition de jeune atteignent, surtout, les plus démunis, ceux/celles qui sont stigmatisé(e)s par leur origine sociale, les rapports de genre, l’ethnie, la race et le lieu de résidence.

À partir des années 1990, d’anciennes contradictions de la société capitaliste affûtées par des changements technologiques rapides (qui ont touché le monde du travail et ont fragilisé les frontières nationales) sont à l’origine de demandes des jeunes.

Portée à la connaissance du public, la perspective « jeunes en tant que sujets de droits » exige des réponses de la part de la société et des gouvernements. Dans ce contexte historique, l’expression « Politiques Publiques pour la Jeunesse » entre dans le vocabulaire politique et dans l’agenda citoyen.

Travail en petit groupe durant le groupe de dialogue régional, à Rio Bonito (RJ), juin 2009

1 Par exemple : La Fédération des jeunes argentins, le Conseil national de la Jeunesse du Brésil (Conjuve).

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