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Le Livre des jeunesses sud-américaines

Sommaire du dossier

Images contradictoires entre les jeunes et les adultes-Part1

Partie 1

, par IBASE

Partant des résultats des différentes étapes du Projet Jeunesses sud-américaines, nous présenterons ci-après plusieurs dimensions qui permettent de mieux comprendre aussi bien les faiblesses, les ambiguïtés et les contradictions présentes dans la catégorie « jeunesse » que les processus historiques en cours qui contribuent à l’approche générationnelle et à l’invention sociale de la jeunesse du XXIe siècle.

Avantages et inconvénients « d’être jeune »

« Agitation », « irruption intempestive des hormones » font partie de la perception menaçante de la jeunesse, mais ces représentations cohabitent avec de belles images du corps jeune et de l’esprit courage.

Dans des sociétés où les moyens de communication ont un rôle actif, les visions contradictoires concernant la jeunesse sont également associées au jeune. Lors des tables rondes, les jeunes membres de collectifs jeunes ont parlé des avantages et des inconvénients « d’être jeune », comme nous pouvons le voir dans le tableau ci-dessous.

Tableau 5 / Principaux avantages et inconvénients d’être jeune

Témoignages de jeunes ayant participé à des groupes de discussions (Focal Groups) réalisés dans six pays

La question de la « prise de décisions » est citée aussi bien comme étant un avantage que comme étant un inconvénient. D’un point de vue positif, elle implique la possibilité de faire des choix, de réaffirmer l’idée que d’être jeune c’est d’avoir toute la vie devant soi. D’un point de vue négatif, elle se manifeste dans la difficulté à prendre des décisions, pour des raisons qui vont du manque d’expérience au manque d’information.

Les avantages surgissent du peu de responsabilité de la jeunesse, qui permettent plus de temps libre (pour les loisirs, les études ou les engagements politiques.) Mais à ce sujet, la résistance à déléguer des responsabilités et des pouvoirs aux jeunes se manifeste également.

Dans cet imaginaire, nous pouvons souligner plusieurs oppositions qui, selon les jeunes interrogés, expriment des attentes contradictoires, telles que : vivre le présent et/ou se préparer au futur ? Éveiller la méfiance et/ou représenter l’espoir du futur de la société ? En réalité, les avantages « d’être jeune » se convertissent en inconvénients pour la majeure partie des jeunes.

D’une certaine forme, celui qui est jeune s’approprie également (avec plus ou moins d’esprit critique) des notions de « moratoire vital » (« avoir du temps devant soi ») et de « moratoire social » (temps d’attente, préparation et suspension). Parallèlement, toutefois, lorsque nous parlons de risques et d’insécurités, surgissent les jeunes qui ne se considèrent pas et qui ne sont pas considérés comme des jeunes. Pour ceux qui ont déjà des enfants, qui ont besoin d’assumer des tâches liées à l’entretien de la famille, qui vivent dans des zones pauvres et violentes, qui sont migrants, il existe nombreux inconvénients. La dialectique entre les différences et les inégalités sociales est présente dans le jeu des avantages et des inconvénients à « être jeune ».

Les contradictions plus générales de la société s’accentuent chez les jeunes

La question « qu’est-ce qu’être jeune ? », exige de définir la société de classes où vivent différentes jeunesses touchées par les inégalités de genre, les préjugés ethniques et raciaux.

La question « qu’est-ce qu’être jeune aujourd’hui ? » nous conduit à parler d’un capitalisme globalisé, marqué par les nouvelles technologies de communication et d’information.

Dans divers pays de l’Amérique du Sud, faire partie des « peuples originaires », c’est traîner avec soi des marques historiques et d’inégalités sociales. Au Brésil, pour les jeunes militants noirs, l’inégalité raciale est intrinsèquement associée à la condition sociale. À cet égard, on parle de « génocide de la jeunesse noire » et c’est la raison pour laquelle cette condition leur semble prioritaire par rapport à toutes les autres.

Les jeunes issus du milieu rural vivent d’anciennes et de nouvelles contradictions. La dynamique conservatrice de la modernisation agricole dans nos pays impose des circuits migratoires pervers ancrés dans des disputes entre l’agrobusiness exportateur et la production écologiquement durable. C’est précisément la raison pour laquelle, selon les jeunes des milieux ruraux brésiliens, uruguayens et paraguayens qui se sont exprimés lors des groupes de discussion, il faut garantir la terre et les conditions de production agricole et augmenter également la visibilité sociale des jeunesses rurales.

Être jeune ?

« Cela dépend de la couche sociale, du niveau de culture, cela dépend, je le sais, du niveau scolaire, et donc cela dépend de l’échelle, car je peux dire qu’être jeune ici, aujourd’hui, c’est être un jeune de chez moi (…) Bien sûr, à partir de l’endroit où chacun vit. »

Jeune/Uruguay

« Je ne peux pas le définir en dehors du contexte socioculturel. Être jeune pour un gamin d’une ville, c’est différent que d’être jeune pour moi. »

Jeune/Argentine

« Vivre dans le capitalisme après un état de barbarie pour les jeunes. »

Jeune/Brésil

« Ils te font travailler car tu es loin de votre famille. Si tu es seul, il n’y a personne pour te défendre. Les jeunes qui viennent ici travailler sont seules, elles subissent des discriminations ou sont exploitées, que ce soit chez elle ou par les patrons, elles sont agressées et sont victimes de discrimination. »

Jeune/Bolivie

« Les personnes qui font subir des discriminations aux jeunes le font parce qu’elles ne les connaissent pas. Le premier pas vers la discrimination, c’est l’ignorance. »

Jeune/Chili

« Les jeunes influencent énormément le développement communautaire. Nous orchestrons le sport, la culture, l’accès à la fête, à la musique… aux manifestations. »

Jeune/Paraguay

Fragments de discussion entre les jeunes ayant participé aux tables rondes et aux groupes de dialogue de la Recherche Jeunesses sud-américaines : dialogues pour la construction de la démocratie régionale.

Jeunesse migrante

LE PARAGUAY

Migration et condition pour passer de la jeunesse à la vie adulte

« La migration impose aux jeunes, aussi bien issus des milieux ruraux que des milieux urbains, de jouer des rôles d’adultes, aussi bien à ceux qui partent qu’à ceux qui restent. On intensifie ainsi l’exigence de la société pour qu’ils deviennent des adultes de plus en plus tôt. La nécessité de migrer est plus importante pour les jeunes qui vivent à la campagne dans la mesure où, comme nous l’avons expliqué, il existe de nombreuses et de grandes difficultés pour travailler dans l’agriculture. En ville, les difficultés ne sont pas moindres, mais c’est comme si la densité des interactions sociales qui s’y jouent, ouvrait plus d’opportunité d’insertion. »

La vision des aspects négatifs de la migration a été prépondérante au cours des tables rondes : « provocatrice, enrichissante, émouvante, mais en même temps, elle exige que l’on laisse derrière soi sa famille, ses amis, sa propre culture, avec tout le poids émotionnel que cela comporte. »

(Rapport tables rondes/Paraguay)

LE BRÉSIL

Un jeune du Nordeste coupe dix tonnes de canne par jour à São Paulo

Valdivan a toujours travaillé dans l’agriculture dans sa terre natale, il aidait sa famille à défricher sa propre terre, à Cajazeiras, Paraíba. Il a 23 ans, est célibataire et n’a étudié que jusqu’en 5e. Poussé par son rêve, celui de construire une maison, il est « descendu » à São Paulo pour travailler dans la coupe de la canne. Valdivan dit que s’il avait eu un travail et un bon salaire dans sa terre natale, il ne serait pas venu à São Paulo. Il a été interrogé par le Syndicat Cosmópolis, auprès duquel il est allé se plaindre du montant de son salaire et de l’assistance médicale : « Hier encore, j’étais fou, je suis allé voir le médecin là-bas et il m’a donné un arrêt de travail de 30 minutes ! »

Selon lui, le médecin est « acheté par l’usine, il ne prend pas soin de la santé des employés ». Nombreux travailleurs souffrent de crampes et les annonces de décès dans les cannaies sont nombreuses. Invité à réfléchir sur la jeunesse, Valdivan pense que lorsqu’il envisagera de se marier et de fonder une famille, il devra laisser la jeunesse derrière lui. Parallèlement, il anticipe : « Travailler dans la canne, c’est perdre sa jeunesse. »

(Rapport situations types/Brésil)

LE PÉROU

Les jeunes immigrants cherchent du travail au Chili

« Dans le groupe des jeunes immigrants, le thème des avantages à être jeune est imprégné des mêmes caractéristiques physiques, animiques et sociales – énergie, rêves, buts, temps, liberté – avec une différence qui réside dans le fait que, pour les jeunes immigrants, la vitalité et l’énergie ne sont pas vus comme des instruments permettant de combattre la transformation sociale, le changement des bases qui maintiennent la structure sociopolitique ou des principes culturels qui facilitent la reproduction d’un ordre qui n’est pas souhaité, mais comme une disposition physique, animique et mentale pour travailler, pour sortir du lot ou pour s’échapper. »

Les qualités « propres d’être jeune facilitent la décision de partir à la recherche de meilleures chances et portent en elles une plus grande capacité à supporter les conditions de travail qu’un adulte ne pourrait supporter ou ne serait pas disposé à tolérer ».

« À leur condition de jeunes et de pauvres s’ajoute encore la condition d’immigrant qui les expose beaucoup plus aux abus professionnels, aux préjugés salariaux, aux mauvais traitements de la part de la police et aux discriminations raciales ».

(Rapport tables rondes/Chili)

La version originale (en portugais)est en ligne sur le site d’Ibase : www.ibase.br/pt/biblioteca-2/

Retrouvez le site (en portugais) dédié au projet : www.juventudesulamericanas.org.br

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