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Le Livre des jeunesses sud-américaines

Sommaire du dossier

Le projet Jeunesses sud-américaines : processus, temps et techniques de recherche-Part 2

Partie 2

, par IBASE

Voir la partie 1

LES TABLES RONDES

Après l’étude des « situations-types », il s’agissait d’élargir le champ de la recherche en entendant le point de vue d’autres jeunes et, parallèlement, de confronter d’autres réalités aux conclusions concernant les six principales demandes formulées par les jeunes. Ce but nous a amenés à opter pour les groupes de discussion (tables rondes).

En règle générale, les tables rondes sont utiles pour : (1) recueillir les perceptions des acteurs sociaux, sans idées préconçues. Les catégories d’analyse sont construites à partir des discussions, et ne se constituent pas dans un a priori de ces dernières ; (2) comprendre et expliquer les comportements sociaux, en cernant une question, ses causes, ses effets ; (3) favoriser l’insertion des acteurs, en leur donnant la parole et en reconnaissant que chaque personne est l’expert de sa propre histoire.

Grâce aux tables rondes, nous avons cherché à connaître les différents « tenants » et « aboutissants » des pratiques sociales des jeunes, leurs stratégies et leurs choix, le fonctionnement de leurs organisations, les demandes prioritaires, leur perception sur les styles de gestion, etc. Les tables rondes ont permis d’expliquer les consensus, les divisions, les incertitudes, les différences de perception et de perspectives des jeunes individus.

Au total, 36 tables rondes ont été réalisées avec des jeunes ayant un lien avec des collectifs, des groupes et des mouvements jeunes des six pays concernés par la recherche.

LA RECHERCHE QUANTITATIVE

Outre la discussion sur les autres recherches concernant la jeunesse, le questionnaire a également inclus des enquêtes qui ont apparu dans l’étude des « situations types » et dans les tables rondes. Ces 50 questions ont été le résultat de rencontres de travail d’équipes des six pays. Ultérieurement, un groupe de travail a été créé dans le but particulier d’analyser les résultats qui ont été publiés dans le livre intitulé Sociétés sud-américaines : ce que disent les jeunes et les adultes sur les jeunesses. La publication a été lancée en juin 2009 et a été éditée au Chili par le CIDPA (Centre des Études sociologiques).

LE SONDAGE D’OPINION : BRÈVE OBSERVATION MÉTHODOLOGIQUE

L’étude a été menée dans les milieux urbains et ruraux des pays concernés par la recherche, avec des jeunes et des adultes âgés 18 à 60 ans. La tranche des 18-29 ans, de par sa centralité dans la recherche, s’est définie par la surreprésentation de ce public, en le représentant de manière disproportionnée par rapport aux autres tranches d’âge. Afin de comprendre l’opinion des jeunes et des adultes concernant la jeunesse et en posant un regard comparatif entre les générations, 50 % des personnes interrogées par pays appartenaient à la tranche des 18-29 ans et 50 %, à celle des 30-60 ans. Le résultat a été réalisé durant le second semestre 2008.

L’étude a obéi aux caractéristiques d’un sondage d’opinion publique au moyen d’un questionnaire identique de 50 questions, abordant les thèmes suivants : le profil de la personne interrogée ; les caractéristiques de son domicile ; l’information et les médias ; les valeurs, la sociabilité et l’adhésion sociale ; la jeunesse ; les demandes : l’éducation, le travail, une vie stable, la culture, le transport et l’environnement ; les conditions de travail ; les politiques publiques sur la jeunesse et l’intégration sud-américaine. L’Ibope Inteligência a été chargé de la réalisation de la campagne, du choix du sondage et du tableau des résultats. L’Overview Pesquisa a participé à la conception, à la planification et à l’accompagnement, en effectuant des recoupements et en rédigeant des tableaux.

LES GROUPES DE DIALOGUE

La méthodologie des groupes de discussion, connue internationalement sous le nom de Choice Work Dialogue Methodolgy, consiste en l’organisation de groupes composés d’environ 40 personnes chacun, dans lesquels les participant(e)s sont convié(e)s à débattre d’un sujet d’intérêt général. Le temps de discussion varie selon le thème et les objectifs de la recherche, mais l’idée est quelle dure le temps nécessaire pour qu’il y ait diffusion d’informations, enrichissement de la compréhension et un dialogue sur une thématique spécifique. La méthode est surtout utilisée pour rechercher de nouveaux thèmes polémiques ou encore rechercher des thèmes familiaux pour lesquels une conjoncture spécifique crée des défis qui doivent être (re)connus et débattus.

Comme point de départ, nous considérons que, de manière générale, les personnes enrichissent leurs opinions et leurs valeurs grâce à un processus quotidien et collectif d’échange d’idées, et non grâce à une évaluation délibérée et individuelle. Les individus développent donc leurs opinions en partageant des points de vue avec ceux auxquels ils s’identifient, que ce soit des ami(e)s, des membres de la famille, des voisin(e)s, des copains d’école et des collègues de travail ou des formateurs(trices) d’opinion. Ce parcours est jonché de valeurs profondes et de réactions émotionnelles.

Pour le Projet Jeunesses sud-américaines, la décision d’utiliser des groupes de discussion a été motivée par la volonté de rapprocher des jeunes présentant des demandes et des formes d’organisation différentes, avec l’objectif de comprendre des dialogues possibles pour la construction d’un agenda commun aux jeunes sud-américain(e)s.

Six groupes de discussion nationaux ont été formés (un dans chaque pays) ainsi qu’un groupe régional, qui a réuni 40 jeunes sud-américain(e)s. Il est important de souligner que bon nombre de ces jeunes ayant participé au groupe de discussion régional ont fait partie du processus de recherche, c’est-à-dire qu’ils ont participé aux situations types et aux tables rondes, tel qu’exposé dans le graphique 3.

Il convient d’ajouter que le Projet Jeunesses sud-américaines a réalisé une série d’adaptations dans la matrice méthodologique des groupes de discussion, en tenant compte, surtout, des spécificités suivantes de ce processus : des jeunes de différents pays et de différentes cultures ont été réunis ; tous possédant une certaine expérience de l’engagement social au sein de groupes, de réseaux et de mouvements diversifiés.

  •  Comment stimuler le dialogue entre les jeunes qui ont vécu différentes expériences d’adhésion et qui ont une ‘opinion bien précise’ sur de nombreux sujets ?

Le fait que les personnes concernées aient des expériences dans le domaine de la participation active, confère peut-être au groupe mis en place une spécificité qui ne peut être dénigrée, surtout si nous prenons en considération le fait que le propre espace de dialogue peut se confondre avec d’autres espaces de participation. Et, même si nous nous sommes centrés sur la méthodologie, celle-ci se conformant avec l’espace d’apprentissage, il a été nécessaire que toute l’équipe concernée ait une vue assez précise de l’objectif de recherche et des paramètres méthodologiques pour que la division entre les participants ne prédomine pas face à la possibilité de dialogue.

Comme nous le savons, à l’origine, le but des groupes de dialogue est de réunir des personnes présentant des profils divers (socioéconomiques, âges, lieu de résidence, etc.). Dans le cadre de notre projet, nous avons travaillé avec un groupe plus homogène, en prenant en considération les tranches d’âge (16-30 ans) et le fait que ce soit de jeunes militants. Ceci pourrait diminuer les possibilités d’utilisation de cet outil de recherche. Toutefois, il s’agissait d’un groupe de dialogue formé de personnes de divers pays, toutes ayant des expériences d’adhésion. Des expériences qui rapprochaient, d’une certaine manière, les jeunes concerné(e)s, et qui présentaient également des différences entre elles, relatives aux différentes réalités nationales et locales et ainsi qu’à la thématique motivant le militantisme pour chacun de ces jeunes, et aux nombreuses possibilités et modes d’adhésion. Nous pouvons dire de ce fait que, s’agissant de jeunes de six pays différents (avec des origines socioéconomiques, des lieux de vie, des âges, des identités et des trajectoires de participation très différents entre eux), nous avons eu un groupe très hétérogène. Cette hétérogénéité a représenté un élément important pour éveiller la curiosité des un(e)s et des autres et, ainsi, faire de cette rencontre une possibilité d’échange d’expériences et de savoirs entre eux/elles.

Dans le cadre de ce projet, le processus d’investigation peut également être considéré comme un processus d’apprentissage dans lequel les participant(e)s ont la chance d’accéder à des informations, faire des rapprochements entre des faits et des circonstances, comprendre des conflits et s’engager dans un processus collectif. S’il est vrai que nous n’attendions pas des jeunes de groupes, de réseaux et de mouvements jeunes qu’ils changent d’opinion concernant les questions relatives aux réalités des jeunesses, nous pouvons dire que tant les informations sur les pays voisins que celles sur les causes et les motifs d’autres groupes de jeunes ont changé les positions des uns et des autres. Il a été également possible de comprendre comment les arguments actionnés par les différents acteurs concernés ont été importants pour construire ensemble un chemin pour optimiser leurs combats dans chaque pays et en Amérique du Sud.

En résumé

  • Buts méthodologiques des processus de recherche examinés : Augmenter l’écoute dans le domaine de la jeunesse. L’étude a écouté les jeunes et les adultes sur les jeunesses et leurs questionnements ;
  • Appliquer les mêmes stratégies méthodologiques dans les six pays ;
  • Mettre en place des instruments et des procédures de recherche qui rendent compte de la diversité de la région ;
  • Rapprocher les chercheurs et les chercheuses du domaine de la Jeunesse qui travaillent dans les pays du Cône Sud ;
  • Rechercher à partir d’un réseau qui a établi un dialogue entre diverses institutions productrices de savoir, surtout, des universités et des organisations de la société civile ;
  • Fixer le débat sur la production de savoir dans le cadre de la société civile.

Recherche en réseau : le partage d’expériences1

Travailler en réseau, c’est, sans aucun doute, un grand défi. En se basant sur l’expérience bien menée de la recherche Jeunesse Brésilienne et Démocratie – Adhésion, Sphères et Politiques Publiques (2004-2005), qui a concerné des institutions de différentes régions du Brésil, Ibase et Pólis ont avancé dans la production de nouvelles connaissances sur l’univers des jeunes, aujourd’hui avec un regard tourné vers le continent sud-américain. Cette étude, réalisée à partir d’un réseau d’organisations et de chercheurs et chercheuses de six pays de la région, renforce notre conviction sur le succès de cette conception organisationnelle.

Réunir des forces en rassemblant des partenaires situés dans plusieurs pays et responsables des études sur les différentes organisations et les différents mouvements jeunes, en affinant les points de vue analytiques afin d’élaborer des productions de connaissance différentes.

Ce rassemblement, complexe en soi, a constitué l’une des branches d’un réseau plus large, formé d’institutions des cinq autres pays du continent. Le défi que représente la réalisation d’une recherche en réseau sur une si petite période de temps disponible a exigé une habilité et une syntonie de la coordination et de l’extraordinaire engagement des chercheurs et des chercheuses.

Parier sur la construction collective de nos savoirs, et sur l’échange de réflexions qui transcendent les dynamiques spécifiques de chaque pays et, surtout, sur le contact entre les institutions sud-américaines concernées par la densification de la démocratie et par la transformation sociale de notre région, a entraîné des résultats positifs et a abouti à un riche apprentissage des parties.

Cependant, ce processus n’a été rendu possible que grâce à l’effort collectif consenti pour vaincre les barrières de la langue, à l’existence d’un échange franc et ouvert entre nous et à l’engagement mutuel avec les perspectives techniques et politiques du projet. Au cours du parcours, nous avons été capables de flexibiliser sans perdre l’objectif, de créer des synergies sans effacer la diversité, de cumuler les différentes institutions et, également d’alimenter de nouvelles réflexions et études qui dépassent les limites de cette recherche. Nous avons conclu cette trajectoire avec la certitude que les rapports de confiance instaurés durant cette période sont précieux et qu’ils permettront la réussite de ce travail.

Le partenariat entre cet ensemble divers d’entités et d’organisations du Cône Sud s’affirme petit à petit comme exemple d’une belle rencontre entre les institutions et les chercheurs et chercheuses qui associent leurs idées, mais qui possèdent des trajectoires différentes et certains champs d’action spécifiques. La somme des cumuls institutionnels et la conception et la conduite conjointe des recherches sur la jeunesse se sont révélées positives pour lesdits projets. L’échange substantiel d’expériences, l’exercice de construction collective et les liens d’amitié qui nous unissent, sont de véritables apprentissages personnels et pour toutes les organisations.

1 Sur la base du texte de Anna Luiza Salles Souto – coordinatrice exécutive de l’Institut Pólis, coordinatrice générale de la recherche au Brésil et coordinatrice adjointe de la recherche sud-américaine, et de Pedro Pontual, chercheur à l’Institut Pólis, coordinateur général de la recherche au Brésil et coordinateur adjoint de la recherche sud-américaine.

La version originale (en portugais)est en ligne sur le site d’Ibase : www.ibase.br/pt/biblioteca-2/

Retrouvez le site (en portugais) dédié au projet : www.juventudesulamericanas.org.br

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