Villes contre multinationales

Loos-en-Gohelle, du charbon à la transition énergétique

Y a-t-il un avenir pour une petite ville sans ressources ?

, par COMBES Maxime

Ancienne cité charbonnière du Nord de la France, Loos-en-Gohelle montre comment une ville peut s’affranchir progressivement de sa dépendance aux énergies fossiles. La clé ? Miser sur la participation démocratique et partir des besoins réels des populations locales.

On parle beaucoup de la fin des énergies fossiles. Peu en ont fait l’expérience concrète. Mais la plupart des villes charbonnières, comme Loos-en-Gohelle, ont fait cette expérience. Loos est une petite ville initialement rurale de 7000 habitants, située dans le nord de la France. Du charbon y a été découvert en 1855. Depuis cette date, les activités minières ont façonné la ville, son habitat, ses habitants, ses structures sociales et économiques, et même ses paysages. Loos était entièrement vouée au charbon. Trente ans après la fermeture de sa dernière mine, c’est aujourd’hui un cas d’école de la façon dont une ville peut essayer de se libérer de sa dépendance aux énergies fossiles. Jadis l’un des plus importants centres de production de charbon du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, Loos est devenu un pôle d’expérimentation de la transition énergétique aujourd’hui largement, et même internationalement, pris en exemple. Au lieu de chercher à effacer son histoire minière, Loos a appris à vivre avec : des panneaux solaires sont désormais installés sur les terrils.

© Maxime Combes

Dépendance au charbon et déclin urbain

Avant d’examiner ce qui a été accompli à Loos, il est nécessaire de rappeler ce que signifie la dépendance envers l’extraction du charbon. Dans une cité charbonnière, le charbon est le facteur déterminant de tout. Il donnait du travail à des milliers de personnes. La mine était le principal employeur de la région, autour duquel toute l’économie était organisée. Le charbon façonnait également le tissu social, aussi bien en termes de classes que des modes de vie qu’il générait. La politique elle-même était organisée autour du charbon, toute activité politique et syndicale étant censée incarner les intérêts des mineurs et de leurs familles. Le charbon déterminait également les espaces publics aussi bien que privés : routes, logements, églises, écoles, hôpitaux, jardins ouvriers et installations sportives étaient conçus pour maintenir les mineurs en bonne santé et à proximité des mines. L’extraction du charbon a remodelé les paysages : les terrils et les bâtiments désaffectés de l’industrie minière strient l’horizon, transformant ce qui était naguère une campagne froide et humide. Le charbon était la principale source d’énergie : les logements des mineurs étaient généralement chauffés au charbon gratuitement ou presque, et pour cette raison, elles n’étaient pas bien isolées. L’extraction du charbon est enfin devenue le principal facteur déterminant de la qualité de l’environnement, l’eau et la terre étant polluées pour des décennies par ses résidus et déchets. Et ainsi de suite.

La fin de l’extraction du charbon dans la région a donc été, littéralement, un effondrement : un effondrement économique, social, politique, urbain. On le résume souvent, à la fois dans la réalité et dans l’imaginaire collectif, à l’image des villes en déclin : fermetures d’usines, pertes d’emplois, détresse sociale, chômage de masse, pauvreté, quartiers défavorisés, pollution des sols et des eaux, épuisement des ressources publiques, déclin démographique, et aucune perspective d’amélioration. La fin du charbon a été un énorme défi, à la fois pour éviter la catastrophe sociale et économique qui se profilait et maintenir l’état d’esprit nécessaire pour imaginer qu’une alternative était réellement possible. L’exemple de Loos montre que les villes minières ne sont pas vouées à la pollution et au chômage de masse, autrement dit à ne survivre que sous la forme de villes fantômes. Vivre un tel effondrement est-il nécessaire pour lancer la transition énergétique ? L’histoire de cette cité qui s’est affranchie de la dépendance au charbon peut-elle nous livrer des leçons sur la manière de libérer nos villes de leur dépendance à l’égard de toutes les énergies fossiles ? L’exemple de Loos peut-il être reproduit ? Telles sont quelques-unes des questions auxquelles cet article se propose de répondre.

Une ville façonnée par le charbon

Loos-en-Gohelle n’a pas été épargnée par l’histoire. La ville a été dévastée à plusieurs reprises par des guerres entre le XIIIe et le XVIIe siècles. Située à cinq kilomètres au nord-ouest de Lens, Loos a de nouveau été complètement détruite pendant la Première guerre mondiale : la première bataille de Loos en 1915 a été un massacre, et plus de 20 000 soldats britanniques y ont été tués entre 1915 et 1918. Mais Loos a connu une renaissance rapide dans les années 1920 grâce à l’extraction du charbon. Reconstruire, réinventer, se remodeler... tout ceci fait partie de l’histoire de la ville.


Où que l’on regarde, il y a partout des traces de l’histoire minière de la ville. Le sol s’est affaissé de plus de 15 mètres depuis les débuts de l’exploitation du charbon. Une grande partie des logements de la ville sont d’anciennes maisons de mineurs, certaines en très mauvais état. En levant les yeux, on aperçoit les terrils qui scandent l’horizon, à 185 mètres au-dessus du niveau de la mer. L’autoroute qui divise la ville en deux a été construite sur une ancienne voie ferrée utilisée pour le transport du charbon. En venant du centre-ville, il faut la traverser pour atteindre les puits 11 et 19, datant respectivement de 1891 et 1954. Le premier est couronné d’un chevalement, le second d’une tour d’extraction en béton de 66 mètres de haut, pesant 10 000 tonnes. La production de nombreux puits environnants convergeait vers cette unité, beaucoup plus puissante. La plupart des bâtiments miniers sont toujours là. Partant de la « Base 11/19 », les visiteurs peuvent se promener sur les terrils ou visiter les centres de ressources dédiés au développement durable qui ont été installés dans des bâtiments administratifs rénovés.

« On ne peut pas construire l’avenir si on rejette le passé. »

Le 31 janvier 1986, 113 années d’extraction de charbon ont pris fin avec la fermeture du puits 19. En 1966, 5000 des 8000 habitants de Loos travaillaient dans le charbon. La fin de son exploitation a été un traumatisme économique, mais aussi social et culturel : un chômage massif s’est installé, accompagné d’un sentiment d’abandon et d’une remise en cause des modes de vie et des pratiques hérités d’un siècle et demi de mine, dans le contexte d’une culture sociale et politique plutôt paternaliste. Le dilemme était le suivant : cet héritage minier devait-il être effacé afin de pouvoir aller de l’avant, ou devait-il être pleinement réapproprié pour emprunter une autre voie ? La première option était tentante. De nombreuses villes ont voulu fermer la porte sur leur passé minier, mais souvent en conservant l’état d’esprit économique et social dont elles en avaient hérité. Les dirigeants politiques locaux se faisaient concurrence pour attirer les quelques grandes entreprises qui pouvaient vouloir venir dans leur ville, tandis que les travailleurs gardaient l’espoir de voir arriver un nouvel employeur de masse.

Ce ne fut pas le chemin emprunté à Loos. L’ancien maire Marcel Caron a décidé de préserver le patrimoine minier et de l’utiliser pour restaurer un sentiment de fierté collective. La « Base 11/19 », acquise par le conseil municipal dans les années 1990, a rapidement accueilli une scène théâtrale nationale, Culture commune, et, bientôt après, des activités liées au développement durable et à la transition écologique. L’association Chaîne des terrils, fondée en 1989 et établie depuis 1995 dans la Base 11/19, se consacre à la protection et à la mise en valeur du patrimoine charbonnier. Grâce à ses efforts et à l’action des élus de Loos, celui-ci a même été inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco en 2012. « On ne peut pas construire l’avenir si on rejette le passé », fait valoir Jean-François Caron, qui a succédé à son père en tant que maire de Loos en 2001. Faire du patrimoine minier un facteur d’estime de soi collective est probablement l’une des clés des succès de Loos.

Partir des usages, des besoins et des habitants

« Nous n’avons pas succombé au syndrome de Toyota », explique Jean-François Caron lorsqu’on lui demande comment lutter contre le chômage de masse (environ 20% de la population active). Loos n’a pas créé ou étendu de « zone d’activité économique » en attendant qu’une grande entreprise industrielle s’y installe, comme Toyota l’a fait à Valenciennes, à 70 kilomètres à l’est. Alors que la majorité des habitants de Loos travaillent soit dans l’automobile (à Douvrin, une ville voisine), dans le secteur hospitalier (Lens) ou dans les services de l’agglomération lilloise, Caron privilégie les activités qui peuvent être développées au sein même de la municipalité : « Je suis les principes de l’économie de la fonctionnalité, qui implique de partir des besoins des gens, et des pratiques et activités locales. »

Avec la fin de la mine, des centaines de familles se sont retrouvées dans des maisons mal isolées, sans le charbon gratuit qui leur était octroyé pour se chauffer. Une des premières actions du conseil municipal a été de mettre en place un plan de rénovation énergétique. Dans l’un des quartiers emblématiques de la ville, les logements ont été entièrement rénovés selon les nouvelles normes énergétiques, isolées et équipées de panneaux solaires, de chauffe-eau solaires, etc. Pour les habitants, cela fait une différence : leur facture d’énergie a été réduite au moins de moitié. De nouveaux logements ont également été construits avec une performance énergétique élevée (45 khW/m² par an contre 240 kWh/m² en moyenne en France) et des frais de chauffage réduits (200 euros par an). En 2019, 15% des logements de la ville ont été éco-rénovés ou construits selon les nouvelles normes. Les bâtiments publics, l’éclairage public et le parc automobile de la mairie ont été repensés pour réduire les besoins en chauffage et les factures d’énergie. La consommation d’électricité de la ville a été divisée par 4, ce qui conduira, une fois les investissements amortis, à une économie opérationnelle de 100 000 euros par an. Pour un budget municipal d’environ 6 millions d’euros, c’est significatif.

Des avancées concrètes, une approche systémique

« Si je commence à parler du réchauffement climatique, nous serons quatre réunis dans une salle, moi et trois bons amis. Alors que si l’on parle des économies qui peuvent être réalisées sur le chauffage, il sera évident pour beaucoup de gens qu’ils ont intérêt à participer. » Ces mots de Caron résument toute l’approche politique de son équipe municipale : partir des besoins concrets des gens pour les mobiliser. Ne pas faire en leur nom et sans eux, mais faire avec eux pour résoudre leurs problèmes. 220 réunions publiques ont été organisées dans la ville au cours de leur premier mandat (2001-2008), et près de 150 au cours du second (2008-2014). Cet accent mis sur les processus participatifs et sur le fait de mettre les gens au cœur de la prise de décision politique et de l’action publique est une rupture délibérée avec les approches technocratiques.

Un autre aspect crucial de sa méthode est que des « avancées concrètes » sont nécessaires pour s’assurer que vous puissiez poursuivre un objectif politique plus large : transformer un territoire dévasté par le développement insoutenable de l’extraction du charbon en un modèle de développement soutenable. Commencer par des actions qui prouvent que « c’est possible » montre la voie à suivre, rend les gens fiers et change les attitudes, dans un processus d’apprentissage collectif. Le défi est, en un mot, le suivant : chaque année, la ville, les ménages, les commerces et les entreprises locales dépensent 14 millions d’euros pour le chauffage, l’éclairage et les transports. C’est deux fois plus que le budget de fonctionnement total de la municipalité. L’idée est donc d’en détourner une partie pour financer des activités locales dans des secteurs émergents, en créant des emplois et de la richesse pour le territoire tout en protégeant la planète.

Le plan solaire

Qu’une petite ville pauvre du nord de la France, fortement dépendante du charbon pendant des décennies, se soit fixé un objectif de 100% d’énergies renouvelables à l’horizon 2050 pourrait faire sourire. Les élus locaux ont commencé par renverser les clichés dominants, en démontrant qu’on pouvait très bien produire de l’énergie solaire dans le Nord. Le toit de l’église de Loos, en mauvais état, devait être réparé après chaque tempête. Après avoir étudié plusieurs options, il a été décidé d’y installer des panneaux solaires. Ainsi, depuis 2013, le toit de l’église compte plus de 200 m2 de panneaux solaires produisant 32 MWh d’électricité, l’équivalent de la consommation de 12 ménages. Il permet à la ville de gagner 5000 euros par an. Pas grand-chose, dira-t-on. Mais quel symbole pour une petite ville comme Loos.

Ce manifeste grandeur nature n’est pas resté isolé. Une plate-forme solaire, appelée LumiWatt, a été installée au pied d’un terril [1]. Elle se compose de 22 lots de cellules photovoltaïques de 3kW chacune, qui testent actuellement dix technologies différentes. Des études sont menées pour tester leurs performances, leur résistance et leur adaptation au terrain afin de déterminer celles qui sont les mieux adaptées à la région : LumiWatt a permis de sensibiliser les citoyens, de diffuser les connaissances et l’expertise, et de collecter des données réelles sur la production photovoltaïque sur le terrain. Loos-en-Gohelle est ainsi devenue une vitrine technologique pour les énergies renouvelables, démontrant que ce qui était autrefois le cœur de la région charbonnière est encore capable d’innover.

© Maxime Combes

Loos a alors pu adopter un plan solaire pour « faire un pas en avant dans la transition énergétique » et faire de la ville un « territoire à énergie positive ». Douze bâtiments publics à fort potentiel ont été identifiés, certains nécessitant des travaux de rénovation. La première phase du plan solaire (2017-2020) est douze fois plus importante que la production du toit de l’église : 440MWh pour les huit premiers toits équipés (2500 m² de panneaux photovoltaïques), ce qui couvre plus de 90% de la consommation d’électricité des bâtiments municipaux. [2]

Avec ou contre les grandes entreprises ?

Le niveau d’investissement requis pour la rénovation de l’éclairage public, des bâtiments publics, l’installation de cellules photovoltaïques, les aides financières aux projets individuels, mais aussi le développement des compétences nécessaires à une ambitieuse feuille de route vers un « territoire à énergie positive » excède les ressources financières et les capacités d’une petite ville de 7000 habitants. La municipalité souhaitait impliquer EDF (l’opérateur historique de l’électricité en France) dans ses projets et les rendre encore plus ambitieux, par exemple avec des projets de stockage d’énergie dans les puits miniers. Mais EDF a finalement refusé de participer, sans donner d’explication. Est-ce parce que la direction de l’entreprise ne s’intéresse pas vraiment aux expérimentations locales et citoyennes alliant économies d’énergie et développement photovoltaïque ? En tout cas, la ville a dû se passer d’EDF.

Renforcer les capacités de l’équipe municipale et les faire passer à une échelle supérieure sont devenus un défi majeur. Le maire a recruté des employés supplémentaires et fait appel à de (petites) entreprises privées pour une assistance à la gestion de projet. Pour mettre en oeuvre le plan solaire, une société d’économie mixte (SEM) semblait la solution la plus appropriée, mais cela aurait nécessité que la ville détienne plus de 50% de son capital. La municipalité a finalement décidé d’opérer en concession : le concessionnaire, sélectionné selon les règles des marchés publics, devra mettre en oeuvre le plan solaire, y compris l’exploitation et la maintenance des panneaux photovoltaïques. Mais ce sera un concessionnaire pas comme les autres. Il s’agit d’un consortium composé d’une entreprise privée locale, d’une société mixte régionale, de la ville de Loos et de citoyens locaux. 80% des 560 000 € nécessaires au projet seront empruntés et les 20% restants seront autofinancés, dont 10% par la ville et 35% par les citoyens et les acteurs locaux. L’implication des citoyens est la clé du succès du projet, d’autant plus que la nouvelle société, SAS Mine de Soleil, espère s’étendre à d’autres secteurs.

Faire en sorte que les gens se préoccupent de rénovation énergétique dans le but de réduire leurs factures est une chose. Impliquer une population plutôt pauvre dans le développement des énergies renouvelables est un tout autre défi. La mairie a essayé de travailler très en amont avec les citoyens. Ils ont été impliqués à toutes les étapes de la conception et de la mise en œuvre, et le plan solaire est aujourd’hui géré par une équipe mixte composée d’élus, de citoyens et de professionnels. Les citoyens peuvent désormais devenir actionnaires directs de SAS Mine de Soleil, et il y a des signes d’intérêt significatif. [3] « Les citoyens et les employés municipaux deviennent les premiers ambassadeurs de la transition énergétique locale », explique Jean-François Caron. Un programme d’aide financière à l’achat de matériel a également été mis en place, permettant à 31 ménages de devenir autonomes en électricité. Le principe d’un panneau photovoltaïque pour tous les nouveau-nés de la ville a également été voté par le conseil municipal. Tout cela, sans EDF ni aucune autre grande entreprise.

Mettre de l’énergie dans ce qui peut être fait au niveau municipal

Le maire reconnaît volontiers que les transports publics, et donc la réduction de la consommation d’énergie liée à la voiture individuelle, constituent une difficulté majeure. Le bassin minier n’a pas de hiérarchie urbaine, ce qui rend extrêmement difficile la mise en place d’un système de transport en commun efficace. De plus, c’est l’agglomération, et non la ville, qui a compétence sur les transports, et elle a délégué ce service à l’entreprise privée Transdev. Caron n’a jamais obtenu ce qu’il demandait (des bus avec porte-vélos) pour réduire les déplacements en voiture de ceux qui n’ont pas d’arrêt de bus près de leur domicile ou de leur lieu de travail. Il n’a pu aménager que 10 kilomètres de pistes cyclables, 15 kilomètres de voie verte et acheter 7 véhicules utilitaires GNC pour la ville.

La mairie s’efforce d’intervenir de façon systémique dans les domaines où elle le peut. Par exemple structurer et développer le secteur de la transition énergétique en créant des emplois, faciliter la création de petites entreprises et former les gens. La « Base 11/19 » abrite plusieurs centres de R&D : un centre de ressources pour le développement durable (CERDD), un centre de création et de développement des éco-entreprises (CD2E), et désormais un centre de formation et d’apprentissage pour les nouveaux métiers de l’éco-construction. Environ 150 emplois ont été créés. « Le centre de recherche et développement sur les éco-matériaux et les énergies renouvelables est une référence nationale, selon Caron. Notre constance et notre cohérence ont uni autour de nous de nombreux partenaires techniques et financiers, État, région, Europe, tout en renforçant l’attractivité de notre territoire. » Principalement tertiaire, avec une zone d’activité légère et une centaine de commerces et artisans, l’activité économique de Loos est dynamisée par ces nouveaux secteurs verts, permettant à des activités traditionnelles (comme les restaurants) de survivre.

Il y a huit ans, moins de 2% de la surface agricole du vaste territoire de Loos était cultivée en agriculture biologique. La plupart des agriculteurs, spécialisés dans les cultures de plein champ (pommes de terre, betteraves, citrouilles et carottes), généralement avec des pesticides et pour de grands groupes agroalimentaires tels que McCain ou Bonduelle, étaient réticents envers les projets de transition écologique du maire. En 2010, la ville a récupéré une dizaine d’hectares et lancé un appel à projets avec trois conditions : des méthodes biologiques, des projets collectifs, et pour chaque hectare reçu, l’agriculteur devait convertir un hectare de ses terres en bio. Grâce à cette troisième condition, les agriculteurs ont progressivement questionné leurs propres pratiques. Aujourd’hui, 100 des 800 hectares de la ville sont en cours de conversion, et plusieurs autres grandes exploitations envisagent de le faire.

« L’innovation est la désobéissance qui a rencontré le succès. »

Grâce à une volonté politique clairement identifiée, Loos-en-Gohelle apparaît désormais comme l’un des fleurons de la transition énergétique en France. « L’innovation est la désobéissance qui a rencontré le succès », fait valoir Caron, qui reconnaît cependant que « la difficulté est de changer d’échelle » et qu’étendre les innovations sociales ou environnementales est un défi au quotidien. L’agence française de transition énergétique Ademe a fait de Loos un « démonstrateur de la conduite du changement vers une ville durable », pour tirer des leçons de cette expérience qui pourraient à terme enrichir les politiques nationales de transition énergétique et écologique.

Identifier des méthodes et des pratiques permettant aux villes et territoires de prendre ou reprendre le contrôle de leur politique énergétique est essentiel. Néanmoins, il ne s’agit probablement pas d’une simple question de « copier-coller ». L’exemple de Loos le montre : la transition ne peut se réduire à la mise en œuvre de procédures et de bonnes idées. C’est avant tout un projet politique, qui doit tenir compte de l’histoire de la ville, de la réalité sociale et économique de la région et de ses habitants. « Montrer que vous pouvez faire tout ça tout en étant pauvre a un énorme pouvoir de démonstration », explique le maire de Loos-en-Gohelle, qui a fait de sa cité un laboratoire de ce qu’une petite ville sans ressources peut faire en termes de transition écologique. « Il n’y aura pas de transition écologique et sociale sans transition économique et sans renouveau démocratique. » Là est peut-être le défi : ne plus séparer et cloisonner les politiques publiques mais les articuler autour d’une vision d’émancipation individuelle et collective en faveur de la transition écologique.

EDF

Chiffre d’affaires : 69 milliards d’euros (2018)
Dirigeant : Jean-Bernard Lévy (PDG)
Siège social : Paris, France
Principal actionnaire : État français
Fondé en : 1946
Secteur d’activité : énergie
Employés : 154 845 (2017)

À savoir :

  • EDF, ancienne entreprise publique nationale de l’électricité, appartient encore à 84% à l’État français, mais a développé des activités importantes à l’international.
  • L’entreprise a historiquement misé énormément sur l’énergie nucléaire, dont elle est le premier producteur mondial. On considère que cette stratégie du « tout nucléaire » a nui au développement des énergies renouvelables en France, en détournant les investissements. Le nucléaire explique aussi l’usage massif en France du chauffage électrique, peu efficient, et les retards de la rénovation énergétique.
  • Même si EDF déclare désormais vouloir développer les énergies renouvelables y compris en France, elle n’en abandonne pas pour autant le nucléaire et continue à promouvoir un système énergétique très centralisé, à l’encontre du désir de nombreuses villes de développer des stratégies énergétiques décentralisées.