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Régénérer la planète, accéder à une vie saine et sauver le climat

, par HOFNUNG Daniel

Le changement climatique n’est que la manifestation la plus évidente des bouleversements provoqués par l’activité humaine pour la planète et la biosphère. S’y ajoutent les effets de la destruction des sols et des perturbations des cycles hydrologiques, qui ont connu une accélération dramatique avec l’expansion de l’agriculture industrielle. Si ces phénomènes viennent souvent aggraver les impacts des dérèglements climatiques, ils suggèrent également des stratégies de réponse.

L’humanité, avec sa consommation massive de combustibles fossiles, modifie la composition de notre atmosphère. Les conférences internationales qui se sont tenues sur le réchauffement climatique ont abondamment mis en avant les risques qui en découlent pour les écosystèmes et pour la vie sur notre planète.

L’intervention humaine a d’autres effets encore, tout aussi dangereux.

Notre civilisation, dans la continuité de la révolution industrielle, est marquée par une prédation à grande échelle des ressources de la planète, matières premières et combustibles. Parallèlement, un autre processus, engagé depuis l’invention de l’agriculture avec la révolution néolithique, se poursuit et s’accélère. Depuis ce passé lointain, un tiers de la surface du globe a vu ses forêts coupées pour développer la culture et de l’élevage. L’environnement s’en est trouvé profondément modifié.

Cela a été le cas au Moyen-Orient : autrefois « croissant fertile », l’ancienne Mésopotamie est aujourd’hui en grande partie désertique. L’ancienne Maurusie (Algérie et Maroc), décrite au premier siècle par Strabon comme « ne comprenant que des terres fertiles et bien pourvues de cours d’eau (...) à l’exception de quelques déserts peu étendus » s’est desséchée. Jadis « grenier à blé » de l’Empire romain, elle est maintenant en partie désertique.

Salinisation des sols du fait de l’’irrigation, surpâturage dans les régions d’élevage conduisant au ravinement des sols dépourvus de couvert végétal sont causes de cette lente transformation des paysages et du climat.

Et encore ne s’agissait-il encore alors que de l’agriculture traditionnelle, d’’avant la révolution agricole de la deuxième moitié du XXe siècle, marquée par la mécanisation et le regroupement des surfaces cultivées en grandes unités. Les semences hybrides, l’usage des intrants chimiques, le labour profond sont désormais devenus la norme. Alors que l’agriculture de jadis travaillait avec la nature, pratiquait les assolements, alternait les cultures et utilisait le fumier pour enrichir le sol, la nouvelle agriculture agit à la place de la nature, en prétendant que la chimie est supérieure.

Remplacer les processus de la nature par des processus artificiels déséquilibre les écosystèmes et pousse à multiplier les intrants chimiques. L’’utilisation de pesticides – outre ses conséquences pour la santé des agriculteurs eux-mêmes et de leurs voisins – atteint la vie naturelle des sols. Le labour, surtout s’il est profond, y contribue aussi, et augmente leur compacité, de même que l’’utilisation de matériel agricole de plus en plus lourd. Les lombrics disparaissent massivement, alors qu’ils sont essentiels pour l’aération des sols, leur perméabilité et la circulation des nutriments.

Les terres les plus touchées par ces pratiques sont sans doute les vignobles. Dans le sud-est de la France, on estime que la destruction de vie biologique (lombrics, insectes, arachnides, bactéries, moisissures) atteint 90 %. La surface des sols devient dure, « encroûtée », l’’eau de pluie ruisselle et n’’imprègne plus les sols, les nappes phréatiques sont mal rechargées. Si le sol est nu – ce qui est souvent le cas après une récolte – l’humus est enlevé par le ruissellement en cas de forte pluie.

Alors qu’un bon sol, grâce aux galeries des vers de terre, peut absorber 160 mm de pluie par heure, soit le volume d’’un gros orage [1], il perd cette capacité si la vie biologique y a été détruite . La population de vers de terre est passée de 2 tonnes par hectare à moins de 100 kg/ha en cinquante ans [2] : c’est le résultat de l’agriculture productiviste. Il ne faut donc pas s’étonner qu’on constate des inondations lors de précipitations violentes.

En même temps, les fongicides tuent les multiples moisissures dont les filaments, adhérents aux racines, plongent profondément dans la terre. En période sèche, ces filaments peuvent conduire de l’eau des profondeurs du sol jusqu’aux racines [3].

Crédit photo : Fiascop 15 (peinture de Pierre Marcel) (CC BY-NC-ND 2.0)

L’artificialisation des sols a d’autres conséquences : la baisse du taux de matière organique dans le sol (divisée par deux dans les sols européens depuis 1950 [4]), et donc la baisse du taux de carbone du sol : car c’est la vie biologique du sol, la décomposition de végétaux à sa surface qui l’alimentent en carbone. À son tour, ce carbone permet lui aussi à la terre de stocker des quantités importantes d’eau de pluie : on estime ainsi que 1% de carbone en plus dans le sol permet le stockage dans le sol de 190 000 litres d’eau par hectare [5].

Si la terre ne sait plus stocker l’eau, l’irrigation devient de plus en plus nécessaire, puisant dans les eaux de surface et les eaux souterraines sans égard à leur renouvellement naturel. Ce que la pluie faisait en pénétrant dans le sol, nous le faisons moins bien en puisant dans des ressources pas toujours renouvelées. En agriculture, comme dans le domaine de l’énergie, notre monde est celui du non renouvelable : l’eau fossile que l’on puise se trouve parfois dans les aquifères depuis des millénaires. La réflexion sur la nécessaire sortie de l’âge des fossiles dans le domaine de l’énergie devrait ainsi être étendue à l’agriculture, avec l’arrêt de l’usage des eaux fossiles.

Régénérer les sols en travaillant avec la nature

Le stockage de carbone dans le sol – ou à l’inverse, sa libération par oxydation sur les sols nus - jouent également un rôle important dans la présence de gaz carbonique dans l’atmosphère.

Si on augmentait chaque année de 4 ‰ le stockage de carbone dans les sols agricoles, cela suffirait à stocker l’ensemble du gaz carbonique émis en une année sur la planète. C’est le sens de l’initiative 4 ‰, programme de recherche lancé au moment de la COP21 [6]. Si le but est d’éviter de réduire l’usage des combustibles fossiles en utilisant les sols comme simple réservoir à carbone, c’est évidemment un échappatoire à l’incapacité des gouvernements à s’opposer aux lobbies des énergies fossiles. Mais si le but est une nouvelle révolution agricole, qui fait passer de l’époque de la chimie à celle du travail avec les symbioses du vivant pour produire une alimentation saine et dépourvue de tout trace de chimie ou d’OGM, c’est une voie d’avenir.

En combinant cette approche à l’échelle mondiale avec une baisse des émissions des gaz à effet de serre, la perspective de lutter contre l’inertie du système climatique (qui fait que le réchauffement continue même si les émissions de gaz à effet de serre n’augmentent plus) est ouverte, avec la possibilité de revenir à des niveaux d’émissions de l’ère pré-industrielle [7]. Voilà une manière totalement différente de poser la question des alternatives face au réchauffement climatique !

Et surtout voilà une alternative complètement écologique aux solutions techniciennes de stockage de carbone (stockage dans les anciennes mines…) proposées dans le cadre des conférences climatiques. Cette alternative a un faible coût, et elle restaure des sols sains en garantissant la qualité de notre alimentation : la condition est l’abandon de l’agriculture productiviste actuelle, en développant l’agriculture biologique, et plus généralement toute forme d’agriculture qui restaure et respecte les sols, et il y en a beaucoup : agroforesterie, sylvo-pastoralisme, agriculture paysanne, agriculture de conservation [8], agriculture durable, permaculture, pâturage holistique planifié, semis sous couvert, culture sans labour, cultures alternées…

Il faut apprendre à travailler avec le vivant, et non chercher à le remplacer. Les systèmes naturels, si on les oriente et les aide, sont tout à fait capables :

  • de procurer une bonne partie des minéraux nécessaires aux plantes (c’est le travail de certains vers de terre, qui dégradent les roches sous la terre arable et en remontent les minéraux) ;
  • de leur amener de l’azote : des champignons en symbiose avec les racines fixent l’azote de l’air et le rendent assimilable par la plante ; c’est ce qui se produit si on cultive des légumineuses (pois, féverole, vesce, luzerne, soja…) en association ou en alternance avec des céréales. Ils procurent de l’azote assimilable directement, sans qu’il y ait ni émission de peroxyde d’azote (puissant gaz à effet de serre) à cause d’un excès d’azote non absorbé, ni pollution au nitrate des eaux souterraines.
  • de leur procurer de l’eau (une terre riche en carbone la stocke) ou d’aller la chercher plus profondément que les racines avec les mycorhizes des champignons.

Nous avons le choix : « Désert ou Paradis » [9]. En développant une agriculture écologique qui régénère nos sols mis à mal par le système actuel, nous pouvons leur donner une nouvelle vie, restaurer notre environnement, faire que nos régions stérilisées par l’agro-business redeviennent fertiles et prospères. De nombreux exemples existent sur les cinq continents qui montrent que les sols peuvent être régénérés et l’environnement transformé en rompant avec le système actuel.

Rendre l’eau à la terre

La baisse de la capacité des sols agricoles à absorber l’eau n’est qu’un aspect de la perturbation du cycle de l’eau. Le sur-pompage dans les nappes phréatiques en est un autre. La culture du coton dans des régions tropicales ou des cultures industrielles comme le maïs ont amené une baisse des nappes phréatiques. Les semenciers (Monsanto, Syngenta…) éliminent les variétés de plantes locales ou adaptées au climat pour favoriser des espèces gourmandes en irrigation : le résultat est une agriculture qui fait fi des conditions naturelles et du milieu.

S’ajoute à ceci les ouvrages d’irrigation avec les eaux de surface, par le biais de canaux (en Californie sur le Colorado, dont l’eau n’arrive pratiquement plus à son embouchure) ou de grands barrages qui perturbent considérablement le cycle de l’eau et bloquent les sédiments, ce qui conduit à ce qu’ils se comblent progressivement tout en privant les terres agricoles des limons qu’ils déposaient jadis et qui assuraient leur fertilité. Le recours aux intrants chimiques devient alors une nécessité.

L’agriculture productiviste actuelle crée ses propres besoins : culture de maïs gourmand en eau pour nourrir du bétail confiné dans des bâtiments et qui ne voit plus d’herbe, besoin croissant en irrigation ou en arrosage car la terre a perdu sa capacité de stocker l’eau, variétés de plantes sélectionnées et uniformes ayant de plus forts besoins en eau que les variétés locales. La spécialisation de l’agriculture par régions entraîne des pollutions de l’eau par les nitrates des engrais dans une région, et dans une autre région des pollutions par les nitrates des déjections animales. Pourtant, ces dernières pourraient amender des sols cultivés comme elles l’ont fait pendant des siècles avant la naissance de la chimie agricole, lorsque les diverses activités étaient menées au même endroit.

L’exemple du district d’Alwar, en Inde (Rajasthan) permet d’illustrer à la fois les méfaits du système actuel et la possibilité de les annuler en cultivant autrement. Cette zone, à la pluviométrie moyenne mais concentrée autour de la mousson, était devenue semi-désertique : les forêts avaient été coupées à l’indépendance de l’Inde, puis, avec la « révolution verte », les cultures irriguées de coton avaient vidé les nappes phréatiques non rechargées par des ouvrages traditionnels, les « joads », qui avaient été abandonnés. Il s’agit de petits bassins limités par des buttes, en bas de pentes, qui retenaient et infiltraient l’eau de la mousson dans le sol. Au bout de quarante ans, la population subissait la malnutrition, et l’exode rural était important. L’alerte a été donnée par un vieux « sage » paysan à un jeune venu de la ville, Rajendra Singh, arrivé comme volontaire. Cela a débouché sur la restauration ou la création de 10 000 de ces ouvrages traditionnels.

Vingt-cinq ans après la création (1985) de l’association Tarun Bharat Sangh, les nappes phréatiques ont été rechargées. Sept rivières qui avaient totalement disparu coulent à nouveau, la région est devenue prospère, la végétation est abondante et des habitants qui l’avaient quitté sont revenus. Un des aspects les plus intéressants est que tout ceci est autogéré, car les autorités locales, qui avaient développé jadis la « révolution verte » se sont opposées, au début, à ce processus. Il a été mis en place en dehors d’elles, via des assemblées de village (Gram Sabha), qui se perpétuent aujourd’hui. Pas d’engrais chimiques ici : les paysans travaillent avec la nature et n’utilisent que du compost. Les rivières qui sont revenues ont été repeuplées en poissons, alors que les gens dans cette zone sont végétariens : la biodiversité est importante pour eux [10].

La gestion de l’eau est aussi la gestion des inondations. Une expérience très intéressante a été menée en Slovaquie par « Ľudia a voda » et Michal Kravčík, après les inondations dramatiques de 2010. Dans le cadre d’un programme national, qui n’a hélas pu durer qu’un an et demi, des dizaines de milliers de petits ouvrages destinés à ralentir le flux de l’eau là où elle s’écoulait lors d’orages ont été réalisés avec des moyens locaux simples (fagots, troncs, dans certains cas barrages de terre ou de pierres) par la main-d’œuvre locale, à coût peu élevé par rapport à des ouvrages en béton. Ils ont ralenti l’eau et l’ont fait s’infiltrer dans le sol lors d’événements pluvieux similaires à ceux de 2010, prévenant toute inondation. Les sols s’en sont trouvés rechargés en eau [11].

Les forêts

La forêt est l’élément des systèmes naturels qui a le plus disparu. Elle est pourtant essentielle pour notre climat. Avec l’évapotranspiration, les arbres humidifient l’atmosphère. En Amazonie, une étude faite avec des marqueurs moléculaires a montré que le débit de vapeur d’eau envoyée dans l’atmosphère par la forêt dépassait le débit de l’Amazone, le plus grand fleuve de la planète. Cela génère des « fleuves aériens de vapeur » qui contribuent à l’humidité et aux pluies sur tout le versant est de la Cordillère des Andes [12]. La disparition partielle de cette forêt, en raison d’’une déforestation essentiellement liée à l’élevage (prairies, cultures de soja ou de maïs pour le bétail) produit déjà des sécheresses importantes : São Paulo a manqué d’eau en saison sèche trois ans de suite, en 2014 et les années précédentes (voir infra dans ce Passerelle). Dans le Sud-est asiatique, des glissements de terrain meurtriers sont liés à la disparition des forêts qui retenaient les sols et empêchaient le ruissellement.

La forêt joue un rôle régulateur du climat, en baissant les températures extrêmes à travers l’évaporation. Ce rôle est d’’autant plus important dans la période actuelle de changement climatique. Or la déforestation, hélas, se poursuit, voire s’’accélère dans certains pays ; selon la FAO, 80 000 km² de forêts disparaissent par an (compte tenu de la reforestation) soit la surface de l’Autriche. La déforestation vise en général à créer des zones agricoles (soja ou maïs pour le bétail, canne à sucre pour les biocarburants) ou d’élevage. En Asie, ce sont surtout des palmiers à huile qui sont plantés. Toutes ces cultures répondent à des logiques d’investissement de groupes privés pour réaliser des profits.

Les villes

La croissance exponentielle des villes est le pendant de la révolution agricole qui a suivi la Deuxième guerre mondiale. Les agriculteurs, qui étaient majoritaires dans la population, ont vu leur nombre chuter rapidement, y compris dans les pays émergents. Des mégapoles sont nées, où les sols sont artificialisés, les eaux de pluie canalisées et renvoyées aux rivières et à la mer. La végétation y est souvent limitée, les températures hautes l’été avec l’effet d’« îlot de chaleur urbain », et la vie y devient difficile. Le sol n’est plus qu’un support, la vie biologique y disparaît. Le ruissellement sur les sols imperméables se traduit parfois par des catastrophes. L’homme a tout modifié, mais il ne maîtrise pas tout.

Une autre ville est elle possible ?

Certaines villes (Londres, Berlin, Montréal, New York…) ont su préserver des grands parcs urbains, source de fraîcheur l’été. Mais ceci ne suffit pas : c’est dans toute la ville qu’il faudrait créer des surfaces de canopée pour humidifier et rafraîchir l’atmosphère. Des expériences de « villes vertes » existent, la préoccupation d’infiltrer l’eau sur les parcelles devient courante, voire même obligatoire. Peu à peu apparaissent des villes laissant une place à la nature, à l’eau, aux sols naturels, aux arbres [13].

L’agriculture urbaine et périurbaine peut y contribuer. Des maraîchers, des fermes existaient encore récemment dans nos villes. Aujourd’hui, des jardins partagés se développent à nouveau dans beaucoup de villes, et les jardins ouvriers (nés après la Deuxième guerre mondiale) connaissent une seconde jeunesse. Le développement de la collecte séparée des bio-déchets et leur compostage au profit de l’agriculture est un pas vers une ville différente, qui utilise les processus de la nature. À La Havane, l’agriculture urbaine a été développée massivement lorsque le pétrole et les engrais ont manqué lors de l’effondrement du camp socialiste. Aujourd’hui Cuba produit plus de 70 % de ses fruits et légumes, essentiellement en agriculture biologique de proximité [14].

La transition

Le système actuel débouche sur plusieurs impasses :

Au niveau de l’air, la croissance des gaz à effet de serre, l’épuisement prochain des ressources en énergies fossiles, la pollution par l’industrie (particules fines, oxydes d’azote, dioxines) ou l’agriculture (intrants chimiques, perturbateurs endocriniens)

Au niveau des sols, la mort de la vie biologique des sols, qui fait que les rendements commencent à diminuer. Des surfaces de plus en plus importantes deviennent stérilisées et impropres à l’agriculture.

Au niveau de l’eau, les prélèvements sur les eaux souterraines dépassent souvent leur capacité à se renouveler. Sur les eaux de surface, les prélèvements désorganisent le cycle hydrologique des bassins. Le ruissellement sur des sols compactés par l’agriculture productiviste brise les cycles naturels. L’effet de « plaque chaude » détourne les précipitations de zones où l’évapotranspiration est réduite. La terre s’assèche à la campagne, tandis que dans les villes, largement imperméabilisées, l’eau de pluie est évacuée.

Il est temps de changer de voie. La transition vers une nouveau système aura donc nécessairement trois piliers :

1. La question de l’air. La solution est connue. L’abandon des énergies fossiles et la transition vers les énergies renouvelables sont largement débattus, même s’il n’y a pas accord sur les modalités et sur les délais de cette transition vers les énergies renouvelables et la baisse des consommations d’énergie.

2. La question des sols. Comment pouvons-nous espérer continuer à vivre si nous stérilisons nos sols ? Une initiative européenne « Sauvons nos sols » a interpellé la Commission Européenne pour que cette question soit prise en compte [15]. La rapporteure spéciale des Nations-Unies sur le droit à l’alimentation, Hilal Elver, en continuité d’Olivier de Schutter et Jean Ziegler, a indiqué que nous devions abandonner progressivement l’agriculture productiviste actuelle. Un nouveau modèle agricole doit remplacer le modèle actuel et régénérer les sols détruits. Il faut sauvegarder et développer les forêts, lieux de biodiversité. Travailler avec la nature et les processus naturels, œuvrer avec les animaux, respecter pleinement la Terre notre mère doit amener l’éclosion d’un monde profondément différent.

3. la question de l’eau. Comment vivre sur une planète en la transformant en désert ? Cette question est liée à la fois à celle des sols et au climat. La gestion de l’eau doit changer, l’eau de pluie doit être considérée non comme quelque chose de gênant à évacuer, mais comme une ressource à garder là où elle tombe pour nourrir le sol et les plantes. Nous devons remettre en cause les ouvrages de « protection », éliminer les digues et barrages sauf cas exceptionnels, restaurer les méandres, bras morts, zones d’expansion des crues, zones humides, ripisylves pour un fonctionnement naturel des milieux bordant les rivières, créer des rétentions d’eau de petite taille pour lutter contre les inondations tout en infiltrant l’eau. C’est à partir d’un « nouveau paradigme de l’eau » [16], basé sur le rôle central du cycle de l’eau, en particulier au niveau local, et son effet sur le climat, qu’il faut concevoir notre rapport avec l’eau. Nous devons « rendre l’eau à la Terre pour restaurer le climat ».

Daniel Hofnung

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Illustration : Pierre Marcel CC via flickr