Développement local et décentralisation au Togo : quels effets ?

Logique de la solidarité communautaire : Cas du village d’Ekpui

, par IRFODEL , AHONTO-NOUSSOUGLO Akpénè M.

L’ascension de certaines approches de développement local ou développement communautaire (selon les Anglo-saxons) provient de la validation des mouvements d’idées et des expériences menées depuis plusieurs décennies. Par exemple, au cours des années 1980, les stratégies de développement menées sous l’égide des États manifestent des limites étant donné que la concentration des pouvoirs économique, culturel, technique se trouvant dans leurs mains ne permet plus d’assurer la cohérence nécessaire pour soutenir les processus de développement (Bernard HUSSON, CIEDEL / Université Catholique de Lyon).

La communauté territoriale est la base du développement local. Elle est délimitée grâce à son espace physique et social, elle a un fond historique et possède une homogénéité économique et organisationnelle. Cet espace est géré par les collectivités humaines qui lui affectent des usages, des activités et l’aménagent pour leur bien-être.

La combinaison des différentes ressources locales et des capacités d’initiatives et d’organisation rentre dans la logique de dynamique propre de développement d’une localité. Ainsi notre article va s’intéresser à un village du Togo, appelé Ekpui, pour sa particularité organisationnelle en solidarité humaine. C’est un caractère qui constitue un atout capital, à côté des nombreuses difficultés sur ce territoire, et participe pour ce faire, et à son rythme, au soutien du dynamique de développement local.

Ekpui, représentatif des problématiques villageoises

Dans le but de faire vivre les réalités du milieu rural et réaliser un diagnostic du terroir afin d’obtenir un plan d’action villageois (exercice qui fait partie du programme de l’IRFODEL), des stages ont été effectués par les étudiants de la troisième promotion (2008-2010) de l’Institut de Recherche et de Formation pour le Développement Local (IRFODEL), à Ekpui. Au cours de l’accompagnement de cette sortie, un aspect particulier d’organisation communautaire dans ce village a retenu notre attention.

Ekpui est un village du Togo, situé dans la préfecture de Vo et dans le canton de Togoville. Il est distant de 45 Km de Lomé et compte environ cinq mille (5000) habitants, dont 90% sont autochtones, répartis en 7 quartiers. La population est extrêmement jeune (les moins de 18 ans constituent la frange importante de cette population).

L’environnement socioéconomique est caractérisé par l’existence de petites activités économiques, (petit commerce, agriculture de subsistance, petite pêche momentanée…), des groupes folkloriques qui animent occasionnellement (cérémonies funéraires et autres évènements), quelques équipements socio collectifs (un marché, un dispensaire, un collège, une école primaire publique et une école primaire catholique).

Il existe également un Comité Villageois de Développement (CVD), des commissions spécialisées qui œuvrent timidement et l’Union Générale d’Ekpui (UGEK). Certaines structures d’appui (FIDA, AGAIB-Maritime, UNICEF etc.) sont intervenues tant soi peu dans le développement du village.

Le territoire d’Ekpui est durement frappé par l’exode rural qui draine les forces vives vers la capitale du pays, les pays de la sous-région (surtout Ghana, Côte d’Ivoire, Nigéria et Gabon) et vers l’extérieur du continent africain à cause du manque d’emplois, d’activités économiques rentables et d’infrastructures nécessaires.

Les pouvoirs politiques nationaux sont défaillants dans le milieu comme dans la plupart des villages du pays. La seule réalisation effective de l’Etat dans ce village est la mise en place de l’école primaire publique.

Le contexte ainsi présenté montre l’inexistence d’une dynamique endogène pouvant enclencher un processus de développement local. Néanmoins, grâce à la volonté et la prise de conscience d’un noyau d’acteurs locaux, regroupés au sein de l’Union Générale d’Ekpui (U.G.EK), le territoire d’Ekpui a commencé à bénéficier des actions concrètes de développement dans certains domaines. Comment est donc née cette Union ? Et quelles sont ses réalisations jusqu’à présent ?

Ekpui, l’importance d’une union entre les acteurs

C’était en 1992 que les ressortissants d’Ekpui à Lomé ont formé l’association A.R.E.L (Association des Ressortissants d’Ekpui à Lomé), comme cadre de réflexion et d’action pour le développement de leur territoire. Leur première réalisation concrète fut une barque de vingt (20) places, pour le transport de personnes sur le lac Togo. Ce qui apportait de petits fonds pour réaliser d’autres activités. Cette association a inspiré les ressortissants d’Ekpui au Ghana, qui ont émis l’idée d’agrandir A.R.E.L pour en faire une association qui regroupe tous les ressortissants d’Ekpui se trouvant en tout lieu, dans le monde entier. Sur l’accord de tous, A.R.E.L est devenu U.G.EK et la période de la fête des Pâques est retenue pour les moments de retrouvailles et d’échange sur les questions de développement du milieu.

U.G.EK est organisée en bureau dont le poste de président est rotatif par pays d’accueil. Quant au poste de secrétariat, il est permanant et occupé à Lomé (Togo) ; les conseillers sont choisis parmi les personnes âgées qui vivent à Ekpui. La trésorerie et le commissariat au compte font l’objet de votes. Le bureau est renouvelé tous les 5 ans selon le principe arrêté. Les principales activités retenues sont les cotisations et la réalisation des actions prioritaires de développement planifiées.
Dans ses documents réglementaires, il est exigé de chaque ressortissant adulte vivant à l’extérieur d’Ekpui, une cotisation de deux mille francs CFA (2000 F) et pour les résidants à Ekpui, la somme de cinq cent francs CFA (500 F). On procède à un système de « vente de carte » qui permet de rassembler ces fonds à chaque fête de Pâques. Selon nos informations, il arrive à l’U.G.EK de réunir une somme qui environne un million de francs CFA par an (1 150 000, une année ; 985 000, une autre année… à titre d’exemple). Des mesures correctives sont établies pour pénaliser les personnes qui ne sont pas en règle avec la cotisation, et surtout avec une sanction à la mort de la personne.

Les quelques actions réalisées grâce à l’U.G.EK sont la construction du dispensaire du village, surtout par ceux qui vivent au Ghana, l’achat du terrain du collège, la construction du marché et le projet d’électrification du village en cours qui est prise en main par ces ressortissants résidant en Europe.

Comme toute œuvre humaine, le parcours de l’U.G.EK n’a pas été effectué sans difficultés. Après 6 ans d’existence, l’union a suspendu ses activités deux 2 ans durant à cause de problèmes de coordination. Après la reprise, les problèmes courants relèvent de la non cotisation par certains membres, du refus de se soumettre à la discipline de groupe, notamment en cas de sanctions, de l’incompréhension consécutive à la prise d’une décision et afin le problème financier qui limite les membres à satisfaire leur ambition pour un meilleur développement du village. Des assises et l’application des textes réglementaires tentent de venir à bout de ces difficultés.

Conclusion

L’expérience d’Ekpui traduit simplement la démarche des citoyens « qui ne veulent pas que l’avenir leur tombe sur la tête ». A travers cette union, les problèmes d’Ekpui sont pris en compte par la population locale et les ressources disponibles, sont planifiées et exploitées pour apporter le changement dans le milieu. Les voies et moyens sont en train d’être recherchés pour une contribution à la résolution des problèmes. La force qui réside dans cette coopération entre les fils et filles d’un même terroir est cette volonté et cette prise de conscience vis-à-vis des réalités du milieu, de l’inexistence d’un État providence et de l’atteinte d’un objectif de mise en valeur d’un territoire sous tous ses aspects. Les intérêts communs à défendre sont pris en compte.

Aucune richesse majeure n’est visible sur ce territoire, et en plus, la population active n’y réside pas faute d’importantes ressources à exploiter. Mais l’organisation et la planification ont permis à Ekpui de bénéficier des quelques réalisations qui aident la population dans le commerce, la santé, l’éducation et bientôt l’électrification. C’est un pas vers une autonomisation des acteurs privés et un début d’une dynamique porteuse de changement pour un mieux-être de cette population. Cette association administre également la preuve contraire d’une caricature d’un milieu rural pauvre qui ne peut rien faire sans l’apport extérieur.

Malgré l’effort de l’U.G.EK, il existe évidement toujours des problèmes liés au développement d’Ekpui et qui nécessitent plus de réflexion et de planification, dans toute la mesure où le développement local reste un processus itératif, donc qui s’inscrit dans la durée et repose sur la notion de long terme. Si l’U.G.EK poursuit son chemin et renforce ses actions avec l’appui d’autres partenaires externes, on peut espérer qu’Ekpui décolle complètement.

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