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Développement local et décentralisation au Togo : quels effets ?

Les chantiers jeunes au Togo

, par IRFODEL , YAO ADJARO Justin

Dans un contexte marqué par la mondialisation des échanges, la mobilité géographique et le développement des moyens de communication, les jeunes, où qu’ils vivent, éprouvent de plus en plus l’envie de bouger, de voyager, de découvrir le monde. Dans une très grande majorité de pays, cette soif de découverte rencontre aujourd’hui la volonté de pouvoirs publics et d’acteurs économiques d’inciter fortement les jeunes à « s’ouvrir à l’international » pour des raisons diverses et variées : lutter contre le racisme, renforcer la citoyenneté locale, favoriser le mieux vivre ensemble, ou encore soutenir l’intégration culturelle et économique régionale.

En France et plus généralement dans les pays du Nord, « S’ouvrir à l’international » est désormais présenté comme une valeur positive unanimement reconnue. Elle se décline par la mise en œuvre de dispositifs et d’actions en faveur de la jeunesse : éducation à la citoyenneté internationale dans les écoles ; aide à la mobilité professionnelle, appui aux initiatives de solidarité internationale.

Le Togo quant à lui, attire un nombre croissant de jeunes étrangers désireux d’y séjourner pour quelques semaines dans le cadre de « camps chantiers ».

Mais en quoi consiste la pratique des « camps chantiers » de jeunes au Togo ? Qu’est-ce qui motive alors le choix de ces jeunes pour partir à l’étranger ? Comment les structures d’accueil s’y prennent dans la mise en œuvre des camps chantiers ?

Qu’est-ce qu’un camp chantier ?

1) Présentation : quoi ? qui ? où ? comment ?
Le camp chantier se traduit par la rencontre d’un groupe de volontaires (généralement des jeunes entre 20 et 30 ans) provenant de différents pays (comme France, Belgique, Allemagne, Suisse, Hollande,..) qui travaillent ensemble sur un projet de développement, pour une période allant de 1 à 6 semaines.

Cette expérience de vivre et travailler collectivement crée une conscience de différence culturelle, un contact avec la population locale et un sentiment de solidarité concrète.
Les chantiers ne concernent pas uniquement les participants, ils touchent aussi les populations locales, avec lesquelles le projet est co-organisé afin d’assurer la pérennisation des activités initiées par les camps chantiers.

En bref, c’est un cadre de rencontre interculturelle, un outil de solidarité entre les peuples, des vacances utiles et un moyen pour participer au développement local.

Généralement le groupe est composé de jeunes nationaux (membre de l’association organisatrice du camp), des expatriés (bénévoles étrangers participants au camp) et des locaux (bénéficiaires des actions du camp chantier).

Au Togo les camps chantiers ont généralement lieu en milieu rural. La zone par excellence de réalisation de camp chantier est la région des plateaux située à environ 120 km de la capitale grâce à son paysage verdâtre et son climat doux qu’il présente en été. Il faut aussi souligner que les sites touristiques les plus attractifs du Togo à savoir, les cascades, le pic d’Agou, les châteaux, les forêts, le centre artisanal, etc. y sont présents. Cette zone et surtout la ville de Kpalimé abritent 80% des chantiers organisés chaque année. Ceci explique d’ailleurs la forte présence du « YOVO », c’est-à-dire le blanc et la forte représentativité des associations d’accueil dans cette localité. Néanmoins, d’autres milieux aussi abritent des camps chantiers à l’instar des banlieues de la capitale, des villes historiques du Togo (Agbodrafo, Togoville, etc.), de l’intérieur du pays spécialement au nord dans la ville de Kara, de Mango avec des sites comme la réserve de la Kéran, les Tata Temberma, la Faille d’Alédjo.

La mobilisation de bénévoles pour le chantier est une étape fondamentale dans la préparation du chantier. Le canal le plus utilisé reste et demeure les sites internet des associations. La grande majorité des jeunes trouvent leur association togolaise via une recherche basique sur Internet. Généralement, le choix du pays n’est pas prioritaire. Il s’avère que le Togo apparaît en tête de liste lors des recherches de chantiers jeunes. Les critères de choix d’associations cités par les volontaires sont les suivants :

  • Un site Internet clair, propre et bien fait ;
  • Une réponse mail rapide de la part du responsable de l’association ;
  • Un suivi de la part de l’association jusqu’au départ.

L’inscription se fait principalement par mail entre le bénévole et l’association après plusieurs correspondances. Certaines associations font signer des « conventions » de volontariat attestant que le jeune va venir participer à un camp chantier au sein de leur association.
Il arrive aussi que l’inscription se fasse directement sur le site internet de l’association en remplissant un formulaire disponible sur le site. Une fois l’inscription faite et le chantier confirmé les volontaires arrivent aux dates indiquées pour la réalisation du chantier.
Un accueil leur est réservé à l’arrivée à l’aéroport quelle que soit l’heure du vol par le premier responsable de l’association. Ensuite, ils passent une ou deux nuits à la capitale pour des formalités (inscription au consulat, échange de monnaie, payement des frais de participation, prise de contact avec certains membres de l’association, échange sur le projet à réaliser) avant le départ sur le lieu du chantier. Enfin, le groupe est conduit dans la localité retenue pour la réalisation du projet.

2) Une journée-type sur un camp chantier
La journée type sur un camp chantier jeune est subdivisée en trois grands temps.

  • Réveil-Ménage-Cuisine-Vaisselle-Corvée d’eau ;
  • Réalisation du projet ;
  • Animation-Echange-Débat.

D’autres activités sont annexées à ces programme comme, les journées d’intégration familiale pour permettre aux volontaires de partager la vie d’une famille dans la communauté, des ‘‘quartiers libres’’ pour permettre aux expatriés de faire leur propre immersion, et donc de trouver satisfaction à leur curiosité et enfin des sorties (excursions) pour leur permettre de découvrir d’autres zones, d’autres cultures et des sites touristiques. Toute cette organisation est sous la responsabilité d’un individu : l’animateur qui est le pilier de camp chantier mais l’exerce dans la cogestion et dans la coresponsabilité avec les autres participants. Un système de rapportage et d’évaluation journaliers est mis en place pour corriger les manquements, régler les conflits et s’assurer que l’on tend vers les objectifs fixés.

Au terme du chantier, l’heure est au bilan !!! Chaque bénévole fait un bilan général qu’il remet à la structure d’accueil avant son départ. C’est surtout pour avoir leur sentiment sur l’organisation et la gestion du camp. L’animateur est tenu de faire le rapport final du camp et de justifier l’utilisation des fonds à la structure ainsi qu’aux bénévoles. L’association doit s’assurer de l’appropriation du projet par les locaux et faire des missions de suivi plus tard pour se rendre contre des avancés.

Les motivations
Les motivations pour la participation de chaque partie prenante sont diverses. Pour les nationaux, il s’agit de contribuer au développement de leur localité, de créer de l’emploi, de passer des vacances utiles. Pour les bénévoles c’est faire de ‘‘l’humanitaire’’, aider ou soutenir des actions de développement, découvrir d’autres cultures, faire des échanges et enfin pour les locaux c’est d’être acteur du développement de leur propre localité afin de s’approprier des outils, des infrastructures et équipements mis à leur disposition.

Les camps chantiers visent alors des enjeux :

  • Sociaux : par la découverte des conditions de vie d’une communauté ;
  • Politiques : par la découverte des règles de vie structurant une communauté et l’organisation du pouvoir local, l’enclavement de certaines localités ;
  • Économiques : par la découverte de l’état de pauvreté de certaine population, la mobilisation des fonds du nord, la question du pouvoir d’achat ;
  • Culturels : par la perception des croyances, les traditions, les valeurs morales des différents groupes.

La société civile (ex : les structures d’accueil) est alors demandeuse de cette « main d’œuvre » motivée pour mener à bien des micro-projets qui ne coûtent pas beaucoup. Très souvent, ces bénévoles financent leur séjour à hauteur de 200 à 300 euros pour participer aux activités. C’est pour eux un moment d’échange solidaire, une découverte culturelle en contrepartie de leur participation financière, matérielle et technique.

Les difficultés rencontrées sur un camp chantier jeune
Les difficultés rencontrées sur le chantier portent sur la langue, la sécurité, l’hygiène, les différences culturelles, le vécu quotidien et sont généralement à l’origine des conflits qui naissent sur le camp.

S’agissant de la langue, il faut dire que les locaux (les jeunes des localités concernés) et les nationaux (membre des associations) sont habitués à leur langue maternelle (la langue locale), et la parle régulièrement entre eux et en présence des expatriés. Ces derniers sont frustrés et décident à leur tour de ne communiquer qu’avec les leurs ce qui créé alors des sous groupes que l’animateur doit gérer. Il faut aussi remarquer que les nationaux arrivent à dire difficilement « s’il te plait »’’ en demandant quelque chose, ce que les expatriés n’admettent pas. Mais il faut comprendre que ce n’est nullement un ordre mais que c’est une traduction directe du « donne-moi » dans sa langue.

Parlant de la sécurité, il s’agit des sorties non contrôlées, des promenades sans pièces, des visites de lieux interdits surtout à des heures non désirables, de l’abus des zemidjans (taxi-moto), l’insécurité alimentaire, de faire connaissance avec n’importe qui, de prise de drogue proscrite dans le règlement intérieur.

En ce qui concerne l’hygiène, c’est essentiellement les douches (à seau, à ciel ouvert) et les toilettes (latrine, WC sans chasse d’eau) proposées et leurs usages par les participants qui causent problèmes. Au-delà c’est la confusion dans l’utilisation des objets de vaisselle et de ménage qui est à soulever surtout par les expatriés car cela ne relève pas de leur habitude.

Du vécu quotidien, il faut dire que c’est la mauvaise planification, le démarrage des activités avec du retard, la gestion de vie en groupe qui sont récurrents.
Enfin les différences culturelles sont appréhendées à travers une mauvaise interprétation des signes, la capacité d’adaptation des participants, et surtout la communication.

Conclusion
Une meilleure valorisation de ce potentiel d’échanges entre les jeunes Français et la jeunesse togolaise constitue un enjeu important pour l’avenir des relations franco-togolaises, s’inscrivant dans la démarche de promotion du volontariat soutenu par le Secrétaire d’État à la Coopération et à la Francophonie, qui s’est concrétisée par la création d’une nouvelle organisation dénommée « France Volontaires » dont une antenne est présente au Togo. Cette plate forme associative crée, appuie et accompagne les structures d’accueil dans le renforcement de capacités, l’orientation et renseigne les bénévoles sur les structures d’accueil à travers le programme démarche-qualité-vie. Quels sont alors les effets des actions de cette plate forme associative sur la pratique des camps chantiers jeunes au Togo ?

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