Géopolitique de l’Asie du Sud-Est : héritage historique, enjeux politiques et combats populaires pour les droits

Introduction

, par ESSF , ROUSSET Pierre

Situé à l’est de l’Inde, au sud de la Chine et au nord de l’Australie, le Sud-Est asiatique est constitué d’une péninsule et d’un ensemble d’archipels qui s’étirent jusqu’à nos antipodes. Il est cet « angle de l’Asie » qui trace une ligne de démarcation entre les pays riverains du seul Pacifique, ou sinon du seul océan Indien – et qui constitue une charnière entre les deux puissants pôles civilisationnels chinois et indiens.

Les frontières d’une région internationale sont toujours discutables en l’absence d’une barrière physique majeure (comme l’océan Atlantique à l’ouest de l’Eurasie et du continent africain). Le terme même d’Asie du Sud-Est n’a pas toujours été utilisé. Il peut être compris fort différemment selon le point de vue : géographie physique ou humaine, histoire, politique, voire selon les besoins « fonctionnels » – ainsi, pendant la Seconde Guerre mondiale le commandement allié SEAC établit au Ceylan (Sri Lanka), ne couvrait pas les Philippines et une grande partie de l’Indonésie. Aujourd’hui encore, l’Association internationale du transport aérien (IATA) a sa propre définition, qui inclut l’île de Guam, le Kazakhstan, les régions administratives spéciales de la Chine…

Moins encore que dans bien d’autres régions du monde, en Asie du Sud-Est les espaces géographiques, historiques, culturels ou politiques ne se superposent pas « naturellement » les uns sur les autres. En conséquence, une très grande diversité est la première de ses caractéristiques.

Il est cependant possible de traiter dans ce dossier cette région comme un ensemble qui n’est réductible ni au « monde indien » ni au « monde chinois ». Elle a une histoire propre et sa situation géographique originale se transcrit jusque dans la géopolitique moderne et contemporaine – à savoir dans les grands conflits postérieurs à la Seconde Guerre mondiale (le Sud-est asiatique devenant une ligne de front très disputée) et, aujourd’hui, dans la rivalité entre grandes puissances (Chine et États-Unis) qui assignent notamment au contrôle des détroits maritimes un rôle stratégique essentiel.

Carte de l’Asie du Sud Est @CIA World Factbook converted in SVG via wikicommons

L’Asie du Sud-Est tel qu’abordé dans ce dossier comprend donc sur le continent une péninsule composée de la Birmanie (Myanmar), du Vietnam, du Laos, du Cambodge, de la Thaïlande et de Singapour.

Un État, la Malaisie, est à cheval sur le détroit de Malacca, un versant sur le continent, un autre sur l’archipel indonésien dans l’île de Bornéo : le Sarawak et Sabah. Pour rendre compte de cette spécificité, des chercheurs préfèrent utiliser le nom de Malaysia pour désigner l’ensemble de la fédération malaise, et réserver le terme plus traditionnel de Malaisie à sa seule composante péninsulaire.

Enfin, dans sa partie insulaire, on compte les Philippines, l’Indonésie, Brunei et le Timor oriental (Timor Leste). On peut ajouter à cette liste la Papouasie-Nouvelle-Guinée, généralement exclue de l’Asie du Sud-Est, mais qui est située sur la même île que la Papouasie occidentale sous contrôle indonésien.

L’Asie du Sud-Est n’est pas un « fourre-tout » que l’on rangerait les « restes », après un partage entre Asies du Sud et de l’Est. Elle a une histoire propre, bien que cette histoire a produit une diversité exceptionnelle. Ainsi, cet ensemble, dont la population est équivalente à celle de l’Europe, n’a pas de centre. L’Indonésie, avec ses 260 millions d’habitants, n’occupe en rien une place équivalente à celle de l’Inde ou de la Chine dans leurs régions respectives. Dans ces conditions, la diversité est aussi hétérogénéité, qui limite considérablement toute capacité à peser collectivement sur l’évolution de la situation internationale.

Deux considérations ont guidé la préparation de ce dossier :

  • Prendre pleinement en compte la diversité de l’Asie du Sud-Est pour éviter les généralisations simplificatrices : souvent contrastée, l’évolution de cette région est en effet une école de complexité. C’est en particulier l’objet de la première partie, historique.
  • Afin de renforcer les solidarités associatives entre l’Europe et l’Asie, revenir sur l’expérience des combats populaires dans le Sud-est asiatique, leurs dynamismes, aussi bien que les difficultés auxquelles ils ont dû faire face ; et présenter l’actualité des luttes en cours pour les droits sociaux, sociétaux et démocratiques.

En conséquence, ce dossier n’est pas organisé selon un plan « classique », à savoir essentiellement par pays, mais selon un plan plus thématique permettant, dans le cadre régional, de mettre directement en vis-à-vis des situations et des expériences différentes.

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