Côte d’Ivoire : un pays en reconstruction

Introduction

Un pays marqué par une profonde crise économique et des années de guerre civile

, par BIOFORCE

A la fin des années 1980, après des années de prospérité, la Côte d’Ivoire fait face à de graves difficultés économiques qui ont poussé l’État ivoirien dans les programmes d’ajustements structurels des institutions de Bretton Woods. Cette crise économique, accompagnée d’une augmentation du chômage et d’une baisse du niveau de vie, a provoqué l’émergence de conflits inter-ethniques entre autochtones et immigrés qui se disputent l’exploitation de la terre.

Ces conflits restent contenus par la main de fer du « Père de la Nation ivoirienne », Félix Houphouët-Boigny, président de la Côte d’Ivoire depuis 1963. Mais la guerre de succession qui suit la mort du chef d’État ivoirien en 1993 fait ressurgir ces tensions. Elles sont utilisées par les prétendants au pouvoir, à l’image du concept d’« ivoirité » mis au point par Henri Konan Bédié qui a profondément divisé les Ivoiriens.

De 1990 à 2011, la Côte d’Ivoire a vécu une longue période d’instabilité politique. En mars 2007, après cinq années de conflit fratricide, le président ivoirien Laurent Gbagbo et Guillaume Soro, le chef politique des Forces Nouvelles, ex-rebelles, ont fini par se mettre d’accord sur les modalités du retour à la paix. Nommé Premier ministre, Guillaume Soro concrétise ainsi la difficile intégration des rebelles au gouvernement et rouvre le débat sur les problèmes incontournables qui ont alimenté le conflit entamé depuis le 19 septembre 2002. Pour autant, les questions clés à l’origine de la crise ivoirienne ne sont pas réglées notamment celle de « l’ivoirité » toujours au cœur des conflits et de l’élection présidentielle de mai 2010.

Dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002, le gouvernement ivoirien de Laurent Gbagbo connaît une tentative de coup d’État manquée qui provoque la scission du pays en deux zones bien distinctes. Cette crise ne se termine qu’en 2011, après les violences postélectorales.

En 2002 les mutins, menés par Guillaume Soro, font main basse sur la deuxième ville du pays, Bouaké, et la capitale du nord du pays : Korhogo. Leur revendication principale est le départ de Laurent Gbagbo mais surtout la fin de l’idéologie xénophobe d’ivoirité qui s’est développée à des fins électoralistes et économiques. Ce concept vise à marginaliser socialement les populations vivant en Côte d’Ivoire mais ayant des origines extérieures.

En 2003, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et la France sont autorisées par le Conseil de sécurité des Nations Unies à déployer des troupes pour faire respecter les accords de Kleber, signés en janvier 2003 par les rebelles du Nord et les différents partis politiques ivoiriens. Cet accord stipule entre autres le maintien au pouvoir de Laurent Gbagbo, une révision de la Constitution et la formation d’un gouvernement de réconciliation nationale. En 2004, cette force est remplacée par l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI) qui s’est retirée du pays le 30 juin 2017. Malgré la présence de ces forces internationales, une culture de l’impunité prend place au sein des différentes instances de pouvoir ivoiriennes, notamment au sein de l’armée, perçue par une grande part de la population comme au-dessus des lois. Les différentes mutineries militaires continuent encore aujourd’hui, de nombreux militaires s’étant sentis instrumentalisés durant les nombreuses années de conflit puis abandonnés après 2011. En effet, le gouvernement n’a pas respecté ses promesses d’indemnisation et les anciens commandants de ces mutins ont pu accéder à des responsabilités en restant dans leurs casernes. Le départ des Casques bleus et le nombre important de mutineries ont montré au gouvernement qu’il était nécessaire de renforcer le dossier de professionnalisation du volet militaire.

Le conflit électoral de 2010-2011

Des milliers d’Ivoirien.nes ont utilisé ce passage frontalier vers le Libéria pour échapper aux violents combats en Côte d’Ivoire. Photos prise le 16 mars 2011, par DFID - UK Department for International Development (CC BY 2.0)

Elu président en 2000 pour un mandat de 5 ans, Laurent Gbagbo repousse la tenue d’un nouveau scrutin présidentiel tant que les rebelles occupant la moitié nord du pays ne sont pas désarmés et que l’État ivoirien ne retrouve pas sa souveraineté au centre, au nord et à l’ouest du pays contrôlés par les rebelles pro-Ouattara ; pourtant ces élections se doivent d’être le point culminant d’un laborieux processus de paix, entamé après la rébellion de septembre 2002.

Des élections sont tout de même organisées en 2010, le président Laurent Gbagbo étant sûr de sa réélection. La communauté internationale, dont la France, ne souhaite pas la réélection du président sortant et soutient le candidat Alassane Ouattara.

Le premier tour des élections donne l’avantage à Laurent Gbagbo mais après le second tour du 28 novembre 2010 la Commission électorale indépendante (CEI) n’arrive pas à se mettre d’accord sur les résultats à annoncer. Le président de la CEI proclame finalement des résultats provisoires, hors du délai de trois jours imparti par la loi électorale et proclame Alassane Ouattara vainqueur avec une avance de 376 000 voix. Toute la communauté internationale dont l’ONU, l’Union africaine, les États-Unis et la France, valide ce résultat que conteste Laurent Gbagbo qui ne pliera que sous la contrainte des armes. À partir du 3 décembre 2010, la Côte d’Ivoire connaît durant quatre mois et demi, deux présidents : le président élu, Alassane Ouattara, et le président autoproclamé, Laurent Gbagbo, validé par le Conseil constitutionnel.

Une guerre civile prend place entre les forces fidèles au président sortant Laurent Gbagbo et les combattants de l’ex-rébellion des Forces nouvelles (FN) qui soutiennent le vainqueur de l’élection, Alassane Ouattara. Jusqu’au 31 mars 2011, Laurent Gbagbo s’accroche au pouvoir à Abidjan, où Alassane Ouattara vit retranché à l’hôtel du Golf, sous la protection de Casques bleus. Le conflit fait rage jusqu’au 11 avril 2011, date de l’arrestation de Laurent Gbagbo et de son épouse Simone. Le président sortant demande « l’arrêt des armes ».

Ce conflit armé a fait plus de 3 000 morts, des centaines de milliers de déplacés, a dévasté et profondément bouleversé le pays.

Le président Alassane Ouattara hérite, en mai 2011, d’un pays socialement divisé et dont l’économie est dévastée par les épisodes successifs de cette longue crise. Sa priorité est de mettre en place des actions de réconciliation et de justice pour enrayer l’héritage de ces années de conflit meurtrier et de redresser l’économie du pays.

Photo : Anouk Delafortrie

La Commission dialogue, vérité et réconciliation (CDVR), créée en mai 2011 mais imaginée par le président Ouattara avant le conflit de 2011, a longtemps paru non crédible au peuple. En effet, celle-ci est dirigée de 2011 à 2014 par l’ancien Premier ministre Charles Konan Banny, peu à l’écoute de la société civile, et fonctionne par ordonnances présidentielles donc avec un manque d’indépendance. Cette Commission a pour mandat d’auditionner les victimes des crises politiques depuis 1990, de rechercher la vérité et d’entamer des dialogues pour la paix. La CDVR a auditionné 70 000 victimes, bourreaux et témoins mais les résultats de cette concertation déplaisant au gouvernement sont très peu diffusés. Le gouvernement a expurgé des parties du rapport final de la CDVR sorti en 2014, notamment celles dévoilant les opinions du clan Gbagbo sur les élections de novembre 2010 et celles montrant les responsabilités du clan Ouattara sur les violences postélectorales.

Pour Alassane Ouattara : une réconciliation par l’économie 

Pour le gouvernement d’Alassane Ouattara, le développement économique et social est le moteur de la pacification du pays. La croissance économique a donc été mise au cœur de la stratégie gouvernementale. Le nouveau président a réussi à relancer la croissance économique et à réformer, avec succès, le secteur du cacao, dont la Côte d’Ivoire est le premier producteur mondial.

Des investisseurs sont attirés par le marché ivoirien grâce au dynamisme économique du pays et, notamment, aux discours du gouvernement, présentant la Côte d’Ivoire comme un pays émergent et non comme un pays en sortie de crise.

Mais il existe de nombreuses inégalités entre les régions ivoiriennes, le centre de gravité économique reste Abidjan, alors que les ressources naturelles des zones rurales sont sous-exploitées, du fait d’un réseau électrique peu fiable, d’infrastructures non développées et d’une logistique limitée.
Les succès économiques ne doivent pas masquer la réalité, le pays reste fragile et instable, les tensions communautaires et les fractures économiques et sociales sont toujours existantes.

Une réconciliation encore en cours

Bien que le référendum constitutionnel de novembre 2016 et les élections législatives de décembre 2016 se soient passés sans heurts, 2017 a été marquée par de nombreux soulèvements de militaires, de fortes tensions sociales portées par des revendications non satisfaites depuis des décennies et une non redistribution des bénéfices de la croissance économique. Le gouvernement ivoirien n’a guère progressé concernant le respect des droits humains, héritage de plus d’une décennie de violences politiques. De plus, les suites du conflit électoral de 2010-2011 montrent l’impunité qui gangrène le pouvoir ivoirien, les abus présumés commis par des commandants qui soutenaient l’actuel président Alassane Ouattara n’étant toujours pas jugés.

Faute de réconciliation nationale, d’un manque de résolution des problèmes fonciers et des conflits intercommunautaires sous-jacents, le contexte politique ivoirien n’a pas d’avenir serein.