Guide de survie des aventures sur Internet

Des outils alternatifs en ligne

Fiche n°7 du Guide de survie des aventures sur Internet

, par CECIL, LDH, ritimo

Une part conséquente de nos communications sociales est désormais réalisée en ligne : courriels, réseaux sociaux, outils de travail collaboratif ou de transmission d’informations... C’est un marché en développement rapide qui a attiré de nombreux acteurs. Les services proposés sont en apparence gratuits, mais ils ont en fait un cout indirect, car ils tracent une partie importante des activités des individus et exploitent ensuite leurs données à des fins commerciales, sans grand respect pour la vie privée. Parfois ces données sont aussi récupérées par des services gouvernementaux à des fins de surveillance et de répression.

Désormais la majorité des personnes ont recours à des services informatiques (ou « outils » : logiciels de bureautique...) situés à distance (et non plus sur leurs ordinateurs personnels) où sont aussi stockées leurs données.
Si parfois un logiciel doit être installé pour communiquer avec l’outil, souvent un simple navigateur suffit. On parle de cloud computing, en français d’« informatique en nuage ». Ces services sont alors fournis par des prestataires.

7.1 Le « cloud computing »

7.1.1 Les avantages

  • Il n’y a, souvent, pas besoin d’installer, de configurer, de mettre à jour l’outil ;
  • les données sont stockées sur un serveur extérieur, limitant les risques de perte de son propre fait ;
  • le service est accessible par Internet à partir des différents appareils (ordiphone, ordinateur, tablette...).

De plus, ces services sont bien souvent gratuits. Mais pour rappel (fiche 5) : « Si un service commercial est gratuit, vous êtes le produit  ! »

7.1.2 Les inconvénients

Les données sont généralement exploitées à des fins de traçage publicitaire, d’établissement de profils de consommation et l’individu participe ainsi à créer de la valeur pour l’entreprise sans pourtant être rémunéré pour cela  ! Par exemple, Google utilise les retranscriptions de Captcha pour confirmer son analyse des numéros des bâtiments.

L’expression «  informatique dans les nuages  » est trompeuse, le «  nuage  » est en réalité l’ordinateur de quelqu’un·e d’autre. Les datacenter qui stockent les données appartiennent à des entreprises peut-être moins attachées au respect de la vie privée que leurs utilisat·ices.

L’informatique en nuage comporte donc de sérieux risques pour une personne :

  • de perte de contrôle sur ses outils, par exemple avec l’impossibilité de les adapter à ses besoins ;
  • de dépendance à un prestataire extérieur ;
  • de ne pas toujours pouvoir récupérer ses données pour les réutiliser dans un service concurrent ;
  • en cas de défaillance du prestataire ;
  • enfin, l’exploitation de grandes quantités de données donne du pouvoir à certaines grandes sociétés.

Pour lutter contre ces risques, ce guide recommande quelques outils aux pratiques responsables qui sont d’excellents substituts à d’autres pourtant plus populaires.

Ainsi, dans la suite de cette fiche sont présentées des alternatives à de nombreux outils utilisables sur Internet, complétées par la fiche 8, dédiée à la gestion des courriels et la fiche 9, dédiée aux réseaux sociaux alternatifs.

7.2 Les outils alternatifs de travail collaboratif

Des outils ont été créés pour travailler collaborativement à distance. Il s’agit de logiciels de bureautique (édition de texte, tableur...), mais aussi d’outils plus spécifiques permettant de fixer un rendez-vous, sauvegarder des articles, discuter en ligne, etc.

Encore une fois, les grands acteurs d’Internet profitent de ces nouveaux usages pour obtenir un maximum d’informations personnelles sur les utilisat·ices et établir des profils commerciaux. Pour limiter ce traçage et ces atteintes à la vie privée, des solutions libres ont été créées que ce guide recommande.

7.2.1 La dégooglisation d’Internet : un projet de Framasoft

L’association Framasoft, évoquée fiche 2, est particulièrement active sur cette question et cherche à développer l’usage par tou·tes (et notamment du public francophone) d’outils fiables pour le travail collaboratif.

Elle a ainsi réalisé une campagne « Dégooglisons Internet » montrant que la mise à disposition de services en ligne plus respectueux des libertés était possible, mettant notamment à disposition  :

  • Framadate, basé sur le logiciel libre Studs qui est un outil de sondage permettant notamment de se mettre d’accord sur une date de réunion ou sur un choix en général. Il s’agit d’un parfait remplacement à «  Doodle  » qui trace lui les données personnelles de ses utilisateurs et propose de la publicité ;
  • Framaforms, s’appuyant sur Yakforms, qui permet de réaliser facilement des questionnaires accessibles en ligne et de collecter les résultats ;
  • Framapad, basé sur Etherpad, un logiciel d’écriture collaborative de texte extrêmement performant qui permet de travailler simultanément sur le même texte ;
  • Framacalc, basé sur Ethercalc, un logiciel de tableur collaboratif.

Ces services permettent d’éviter d’utiliser Google Docs pour de nombreux usages.

7.2.2 Relayée par les CHATONS et d’autres services alternatifs

L’association Framasoft n’est, heureusement, pas la seule à offrir des services à distance plus respectueux.

Après avoir hébergé de nombreux autres services, l’association Framasoft a accompagné d’autres collectifs pour offrir ces services de façon plus décentralisée et avec, possiblement, des rapports de proximité plus forts entre les personnes et les gestionnaires. Cela a donné naissance aux Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires, les CHATONS (chatons.org).

Ainsi, de nombreuses structures (associations, entreprises, collectifs...) proposent des services en ligne plus respectueux des libertés. Ces structures sont très nombreuses, certaines existent en dehors du projet CHATONS et il est impossibles de toutes les citer ici.

Ce guide a choisi d’en présenter arbitrairement quelques unes, à chaque fois autour d’une offre d’un service particulier – sachant que souvent les structures offrent plusieurs services.

  • L’association Tetaneutral.net hébedrop.infini.frrge un service de conversation en ligne via le logiciel Jitsi qui permet d’assurer des visios et audio-conférences. Pour y accéder : Jitsi.videodulib.re. Il s’agit d’une alternative valable à Zoom, Skype ou Hangouts (Google) garantissant la sécurité et la protection des conversations de ses utilisat·rices.
  • L’association bretonne INFINI offre un service gratuit de partage temporaire de fichiers drop.infini.fr, basé sur le logiciel Lufi, pour éviter de devoir recourir à un éditeur commercial où le respect de la vie privée et des données n’est pas garanti.
  • Zaclys offre à bas prix (10€ par an) un service d’hébergement synchronisé de fichiers, s’appuyant sur le logiciel libre Nextcloud, qui constitue une excellente alternative aux services de Dropbox.
  • La coopérative d’hébergement Ouvaton.org propose, en dehors des services d’hébergement à ses sociétaires, des services accessibles à tou·tes comme ouvaton.link qui s’appuie sur le logiciel Yourls et qui est un raccourcisseur de liens.
  • De nombreux autres services existent : partage d’images basé sur le logiciel Lutim, chez l’association TeDomum.net, Memo.ouvaton.coop, gestion de notes, de contacts, etc.

Il est pertinent d’explorer les services existants au travers du site chatons.org, pour regarder si, par exemple, une association ou une entreprise proche de soi ou de ses valeurs sortirait du lot pour avoir une relation de confiance avec elle. C’est aussi l’occasion de découvrir les autres services existants  !

  • Citons également Openstreetmap. Une cartographie éthique élaborée de façon collaborative et mise à la disposition de tou·tes, librement et gratuitement. Openstreetmap est une alternative à promouvoir face à Googlemaps ou autres services commerciaux d’itinéraires (Mappy, ViaMichelin...). Si elle nécessite un tout petit peu de temps de prise en main et a encore quelques rares limites par rapport à ses équivalents commerciaux, ses potentialités sont bien plus grandes du fait des possibilités de contributions. Il est possible d’ajouter des informations et des calques personnels qui se superposeront à la carte. Il ne faut pas hésiter à l’utiliser voire à en devenir contribut·rice : cela bénéficiera à tout le monde  !