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Économie solidaire

« L’économie solidaire peut être définie comme l’ensemble des activités de production, d’échange, d’épargne et de consommation contribuant à la démocratisation de l’économie à partir d’engagements citoyens [1] ». Ainsi, « Contrairement à l’économie marchande dont le but est la recherche de profit et l’accumulation de capitaux, l’économie solidaire place l’homme au centre de ses préoccupations et actions [2] ».

Définition développée

« Pour Jean-Louis Laville, L’économie solidaire se caractérise par un ensemble des activités contribuant à la démocratisation de l’économie à partir d’engagements citoyens. Cette perspective a pour particularité d’aborder ces activités, non pas uniquement par leur statut (associatif, coopératif, mutualiste...) mais par leur double dimension, économique et politique, leur conférant leur originalité.
Les activités d’économie solidaire se créent à partir d’initiatives associant les parties prenantes (usagers, travailleurs, volontaires, producteurs, consommateurs, habitants, collectivités locales), et rappelle qu’on ne peut se contenter de situer sa spécificité par les statuts. Elle ne se construit pas à partir d’un modèle conceptuel mais sur la base d’initiatives concrètes et d’expérimentations, elle cherche à se développer à partir de constructions horizontales (réseau, échange, mutualisation) plutôt que sur des constructions verticales (fédération, regroupement par délégation de représentation). Ainsi elle expérimente d’autres modes d’organisation démocratiques et participatifs.
L’économie solidaire combine la réciprocité, le marché, la redistribution dans un cadre légal fondé sur la liberté d’adhésion, la non lucrativité individuelle (excédents non redistribués par rémunération du capital apporté) et l’égalité en fonction des besoins réels : recherche d’une hybridation des ressources (marchande, non marchande, non monétaire). L’économie solidaire n’est pas une économie de réparation, elle renouvelle le débat public en matière économique et sociale. Apparus à la fin des années 60, les réseaux de l’économie solidaire sont à l’origine d’une myriade d’initiatives ayant pour finalité l’utilité sociale et la satisfaction de nouveaux besoins.
Une logique intégrale :
L’économie solidaire favorise la coexistence d’une pluralité de logiques :
- une logique économique
- une logique d’utilité sociale et/ou sociétale
- une logique territoriale
Les principes d’action :
- un projet de proximité : au service d’un territoire...
- un caractère participatif et collectif
- une réciprocité et une hybridation des ressources
- une finalité sociétale
- une gouvernance démocratique et participative
Les champs par lesquels elle peut se décliner :
- Entreprendre autrement : les coopératives, les services de proximité...
- Financer autrement : la finance solidaire...
- Consommer autrement : la consommation responsable
- Échanger et participer autrement : les Systèmes d’échange locaux, l’Agriculture soutenue par la communauté (en France : AMAP...) [3] ».

Historique de la définition et de sa diffusion

« L’économie solidaire est née progressivement, au cours des dernières décennies du XXème siècle, d’une volonté de retour à l’un des principes fondateurs de l’économie sociale : la solidarité. Dans le contexte d’une nouvelle crise économique et culturelle, qui affecte la société salariale, elle est le fruit des mouvements issus de la contre culture des années 1960 : la culture autogestionnaire, le développement des communautés rurales, la lutte antimilitariste, le mouvement d’émancipation des femmes. Elle propose des réponses à la crise du plein emploi qui organisait jusqu’alors l’intégration sociale.
L’économie solidaire repose donc, comme l’économie sociale, sur la volonté de placer l’homme au cœur de l’économie, mais elle met davantage l’accent sur la réduction des inégalités, et se définit plutôt par ses finalités (insertion, lien social, produire autrement) que par ses statuts ou son mode de gestion.
« L’économie solidaire, c’est un mouvement qui regroupe des milliers d’initiatives locales (...) pour produire, consommer, employer, épargner et décider autrement. Produisant à la fois de la valeur ajoutée marchande et de la valeur sociale (...) C’est une économie de proximité en pleine expansion, dont les emplois ne peuvent être délocalisés [4] ».
Les ambitions de l’économie solidaire sont donc à la fois sociales (éradiquer la précarité par la création d’emplois de proximité, créer du lien), économiques (mise en œuvre d’une économie plurielle, hybride) et politique (proposer une troisième voix crédible inscrite dans le mouvement altermondialiste). Cette autre approche de l’économie prend sens dans une dynamique de projet, qui se développe à partir d’un territoire : le contexte et l’impact local sont essentiels. […]
On assiste ainsi à la mise en place d’initiatives citoyennes, en réponses alternatives au développement du capitalisme : crèches parentales, épargnes citoyennes, promotion des circuits courts, entreprises adaptées aux personnes handicapées, logement des exclus, éducation populaire, aide aux personnes, accès aux loisirs pour les plus démunis, recyclage, protection de l’environnement, régies de quartier... [5] ».

Ainsi, le concept d’économie solidaire apparaît dans les années 1980 afin de pallier aux effets sociaux dévastateurs de la crise, au désengagement progressif de l’État sous l’effet de l’idéologie néolibérale, et de la montée de l’individualisme qui en résulte. Progressivement, l’économie solidaire a inclus de plus larges préoccupations, comme le commerce équitable ou la prise en compte de l’environnement et des critères du développement durable.
De très nombreuses organisations de l’économie solidaire ont adopté les statuts de l’économie sociale (coopérative, fondations ou associations), raison pour laquelle on parle aujourd’hui davantage et de manière plus englobante, d’économie sociale et solidaire.
Enfin, constituée en réseaux, pouvant aller du niveau local jusqu’à l’international, les acteurs de l’économie solidaire sont aujourd’hui partie prenante de la réflexion sur une mondialisation autre que purement marchande, une meilleure gouvernance mondiale, voire pour une partie d’entre eux, sur l’altermondialisation.

Utilisations et citations

Selon Jean François Draperi, « Le terme d’économie solidaire renvoie à deux définitions distinctes. En premier lieu, dans de nombreux pays, et en particulier ceux d’Amérique latine, l’économie solidaire a le même sens que l’économie sociale française. Paul Singer, secrétaire d’État à l’Économie solidaire du Brésil, définit ainsi l’économie solidaire brésilienne et internationale en référence aux approches européennes de l’économie sociale  : Charles Gide pour la France, William King pour le Royaume-Uni, Friedrich Wilhelm Raiffeisen pour l’Allemagne et l’expérience de Mondragón pour l’Espagne. En Amérique latine, l’économie solidaire inclut les associations villageoises de même que le commerce équitable, qui est pour l’essentiel organisé à partir de coopératives agricoles. Cette approche qui identifie assez précisément l’économie solidaire à l’économie sociale au sens large peut être nommée « approche politique de l’économie solidaire » dans la mesure où elle est largement partagée par les représentants politiques de l’économie solidaire dans le monde. Cette définition connaît également un écho dans les universités latino-américaines et dans des universités européennes (en Allemagne, par exemple).
Un second sens a été proposé en France au cours des années 1980 à partir de la définition du tiers secteur construite par Jacques Delors à la fin des années 1970, alors qu’il dirigeait le Centre de recherche travail et société de l’université de Paris-Dauphine. Dans un contexte marqué par la crise économique et le chômage, l’économie solidaire désigne originellement les expériences de solidarité menées auprès des populations en situation d’exclusion  : régies de quartier, associations intermédiaires, soit les acteurs de l’insertion par l’activité économique. Au cours des années 1990, cette conception s’est élargie à un ensemble diversifié de pratiques économiques qui ont pour but commun de renforcer le lien social, spécialement dans le secteur des services à la personne ou le crédit solidaire.
Cette approche socio-économique développée en France par Bernard Eme et Jean-Louis Laville reprend la théorie de l’Allemand Adalbert Evers, connue sous le nom de «  welfare triangle  » et qui propose de mettre en relation les trois pôles en fonction desquels s’organisent les activités économiques  : le marché (market), la redistribution (State) et la réciprocité (private households), définis antérieurement par l’économiste Karl Polanyi. L’économie solidaire est l’«  intermediate area  » d’Evers, qui se caractérise par l’hybridation des ressources des trois pôles. En 2004, Bernard Eme a précisé que l’hybridation des ressources pouvait générer une dépendance, en particulier vis-à-vis de l’Etat, et une possibilité d’instrumentalisation de sa part.
Cette définition se distingue de la précédente en ce qu’elle s’appuie non sur les statuts juridiques, mais sur l’origine des ressources et sur la production de lien social. Elle peut donc tout à la fois intégrer dans son champ des entreprises de statuts divers et exclure des entreprises d’économie sociale. Sa mesure est, par définition, complexe. […]
Cette seconde approche, plus strictement française, peut être nommée « approche universitaire de l’économie solidaire » dans la mesure où elle émane de travaux universitaires et qu’elle trouve l’écho le plus large au sein des universités. Elle se reconnaît dans le Mouvement pour l’économie solidaire (MES) créé en 2002 (qui a remplacé l’Inter-réseau de l’économie solidaire créé quant à lui en 1997). En France, elle est relayée par des collectivités locales et territoriales réunies au sein du Réseau des territoires pour l’économie solidaire (RTES).
Mal identifiée, cette dualité des définitions de l’économie solidaire n’est pas sans avoir un impact au niveau des pratiques : dans certains lieux et réseaux, l’économie solidaire inspirée par la définition universitaire tient à affirmer sa différence d’avec l’économie sociale. Cependant, dans de nombreux secteurs d’activité et territoires, on n’observe pas d’opposition de principe entre l’économie sociale et l’économie solidaire. Il existe au contraire une volonté partagée d’aboutir à une conception commune, qui s’exprime à travers l’expression d’« économie sociale et solidaire ». Bien que restant encore à définir précisément, le terme d’économie sociale et solidaire est retenu aussi bien par de grandes entreprises de l’économie sociale (comme le Crédit coopératif) que par plusieurs chambres régionales de l’économie sociale… et solidaire (Cress) [6] ».

« Difficile à définir de manière concise, parce qu’embrassant un vaste domaine d’actions, l’économie solidaire doit être pour autant distinguée « de l’économie caritative teintée de philanthropie bienveillante, de l’économie d’insertion quand elle tend à n’être qu’une transition vers le marchand, de l’économie informelle qui n’assure que la survie des acteurs [7] ».

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