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Migrations : face à la politique de la haine, la solidarité internationale de proximité

Introduction

, par Basta ! , CHAPELLE Sophie

Ce dossier, réalisé entre mars 2017 et janvier 2018, a été coordonné par des journalistes de Basta ! (www.bastamag.net), un média indépendant centré sur l’actualité économique, sociale, environnementale et démocratique. Il rassemble 10 articles qui analysent les obstacles rencontrés en Europe par les exilés – certains migrants ne s’en sortant pas vivants –, et témoignent des conditions indignes de détention. Ce dossier relate également les solidarités qui s’expriment, à travers des reportages à la frontière franco-italienne, sur la route des Balkans, au cœur du milieu rural français ou à Grande-Synthe. S’appuyant sur l’exemple de centaines de municipalités qui, de l’Europe aux États-Unis, s’opposent à leurs gouvernements pour mieux accueillir les migrants, ce dossier s’achève par l’esquisse de solutions pour mettre en œuvre une autre politique migratoire, fondée sur la solidarité et le respect.

Frontière fermée. Photo de Matthew Peoples

Trois reportages constituent la première partie du dossier. Le premier article s’attache aux morts qui s’accumulent à la frontière franco-italienne. Pour tenter – vainement – de dissuader les migrants de passer, rien ne leur est facilité par les autorités. Contraints à marcher de longues heures aux bords de routes dangereuses, à pratiquer des sentiers escarpés, à manger, boire et dormir au bord des rivières, certains migrants n’en sortent pas vivants. Officiellement, 14 sont morts à la frontière franco-italienne depuis septembre 2016. Et la liste, qui pourrait être encore plus lourde, continue de s’allonger.

Le deuxième reportage relate l’errance de dizaines de milliers de réfugiés le long de la « route des Balkans », de la Grèce à la Croatie. Certains continuent à arriver de Turquie, d’autres sont renvoyés d’Autriche ou brutalisés par des milices xénophobes en Hongrie ou Bulgarie. Beaucoup tournent en rond depuis des mois, d’une frontière fermée à l’autre.

Direction Lesbos pour le troisième reportage où des milliers de migrants sont retenus dans des conditions indignes. Réfugiés afghans ou syriens, opposants iraniens ou congolais, ils sont sans information sur leur devenir. Mais poussés à bout, les migrants ne se laissent pas faire : grèves de la faim, sit-in, occupation d’une place, malgré la brutale répression policière… Leurs actions se sont multipliées ces derniers mois pour alerter sur le sort qui leur est réservé par l’Europe à ses portes.

Retour en France. Dans un entretien, Rozenn Le Berre, ancienne éducatrice pour l’Aide sociale à l’enfance, raconte les coulisses de la protection des enfants isolés en France, qui s’accommode mal de l’arbitraire de la politique migratoire. Auteure du livre De rêves et de papiers, 547 jours avec les mineurs isolés étrangers, elle explique : « A 18 ans moins un jour on est un enfant à protéger, à 18 ans plus un jour on est un étranger à expulser ».

Réduire la distance, échanger par écrit, se rencontrer, peut-il permettre une meilleure compréhension et éviter l’exclusion et la mise au ban des plus démunis ? Olivier Favier, intervenant en milieu scolaire, livre ensuite son récit d’une expérience à travers laquelle des lycéens du Pas-de-Calais ont correspondu avec un jeune migrant, arrivé seul en France au péril de sa vie, avant de le rencontrer autour d’un atelier de théâtre. Un témoignage sensible, qui démontre l’utilité d’une telle démarche éducative et artistique pour rapprocher des univers – en apparence – très éloignés.

Malgré une pression politique, policière et judiciaire croissante, des habitants viennent spontanément en aide à des migrants. C’est le cas dans la vallée de la Roya, à la fois cul de sac et point de passage de l’Italie vers la France, où des dizaines de migrants se perdent chaque jour sur les routes et les chemins de montagne. Organisés au sein de l’association Roya Citoyenne, ces habitants risquent la prison pour avoir aidé les migrants.

Cette solidarité est aussi à l’œuvre dans d’autres lieux moins médiatisés. C’est le cas de Valfleury, un village à proximité de Saint-Etienne, où la haine et les clichés ont été submergés par une vague de solidarité avec les migrants. Plus de 220 bénévoles, bien coordonnés par un collectif d’habitants, proposent leur aide sous des formes très variées.
Certaines communes tentent également de se constituer en véritables contre-pouvoirs face aux politiques indignes et xénophobes. De l’Europe aux États-Unis, focus sur ces « villes sanctuaires » ou « villes refuges ».

Dans le Nord de la France, Grande-Synthe est l’une des rares villes qui accueillent des centaines de migrants dignement. Malgré 30 % de sa population active au chômage et un tiers de foyers vivant en dessous du seuil de pauvreté, c’est aussi là que se mènent des politiques écologiques et sociales ambitieuses.

Le dernier article de ce dossier étudie des solutions pour mettre en œuvre une autre politique migratoire, fondée sur la solidarité et le respect. Utilisation des fonds européens, nouvelle répartition des demandeurs d’asile, visas humanitaires ou droit à la migration économique : autant d’idées qui envisagent l’Europe autrement qu’entourée d’un mur de fils barbelés.

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