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La Méditerranée poussée à se mettre au vert, pollutions et solutions

Les îles méditerranéennes, réservoirs de biodiversité à préserver

, par 15-38 Méditerranée , CHARBONNIER Coline

La Méditerranée est riche de centaines d’îlots souvent méconnus, et héberge d’innombrables espèces végétales et animales. Or, ces territoires exposés directement aux multiples pollutions de la mer nécessitent une veille et une protection particulière.

@Louis-Marie Préau-Initiative PIM (Petites îles en Méditerranée)

Poser le pied là où nul autre n’a foulé la terre avant soi. La scène se passe à quelques milles marins de Marseille, Tunis ou Barcelone. Ces nouveaux explorateurs sont les membres d’une initiative mise en place par le Conservatoire du littoral français. Ils sont en charge de l’initiative PIM pour la gestion et de la protection des « Petites îles de Méditerranée ». Lancé en 2005, le PIM vise notamment à améliorer et actualiser les informations dont les scientifiques et les gestionnaires des sites disposent sur ces territoires. Car protéger passe d’abord par une meilleure connaissance de ces milieux naturels. Mer la plus fréquentée du globe, la Méditerranée renferme encore des joyaux méconnus. Il existe plus de 15 000 petites îles et îlots, dont 1 200 sur la partie occidentale. Isolées du continent, elles ont souvent été protégées de la pression humaine. Certaines, considérées comme des points stratégiques militaires ont été épargnées des constructions.

Ces territoires sont des endroits protégés de fait. « Ils abritent des reliquats d’écosystème méditerranéen avant la pression anthropique et la révolution industrielle », explique Mathieu Thévenet, chargé de mission International au Conservatoire du littoral. La faune et la flore isolées du continent ont été préservées et se sont même parfois affranchies de leurs semblables continentales, donnant lieu à l’apparition d’espèces endémiques : «  ces îles sont productrices de biodiversité », précise-t-il. Les « petites » îles sont des territoires hors de l’eau avec au moins une plante à floraison annuelle ou à feuillage persistant et ce jusqu’à 1 000 hectares. Au-delà de quoi, les îlots sont souvent habités et aménagés, créant des compartiments dans les habitats naturels ; « c’est un choix du conseil scientifique de s’intéresser à des espaces sauvages », ajoute Mathieu Thévenet.

Des territoires protégés riches d’une grande biodiversité

Ces milieux sont méconnus, « alors qu’ils ont toujours été là, à notre portée », explique le chercheur. Peu décrits dans la littérature scientifique, la première étape du plan de conservation consiste souvent à dresser un diagnostic grâce à l’exploration de l’île par des botanistes, des spécialistes des reptiles, des milieux marins ; spécialités et nationalités sont mélangées au sein des équipes du PIM. Des équipes pas difficiles à recruter : « Il y a un aspect romantique à notre quête, admet Mathieu Thévenet, cela permet de mobiliser plus facilement. » Une fois le premier recueil de données effectué, une cartographie est construite. Après cette première phase, le but est de transmettre des moyens d’action aux États en charge des îlots et petites îles. Des documents qui réunissent des plans de gestion concernant la pêche, les oiseaux, les zones touristiques, etc. Le tourisme n’est pas interdit. Il donne l’opportunité de faire connaître la biodiversité de ces territoires et de sensibiliser aux besoins de protection des espaces : « Si un promoteur immobilier obscur souhaite s’implanter, personne ne s’en émouvra si cette richesse est cachée. Faire découvrir ces îles c’est aussi inciter la population à les protéger », complète Mathieu Thévenet.

Les équipe du PIM en réunion de travail @Louis-Marie Préau-Initiative PIM

Les petites îles, de par leur taille, sont des laboratoires idéaux pour suivre l’impact des changements globaux sur la biodiversité. L’initiative rassemble aujourd’hui des centaines d’experts, gestionnaires de site et gardes du littoral, naturalistes, institutionnels et ONGs. Ces territoires protégés par une relative inaccessibilité sont souvent le dernier refuge d’une nature dégradée sur le reste du littoral. Mais la moindre perturbation peut provoquer des réactions immédiates sur leurs écosystèmes simplifiés. Une fragilité qui rend vulnérable mais qui est aussi un atout ; un temps de réponse rapide permet aux scientifiques de tester des méthodes et des outils innovants réplicables sur d’autres territoires.

Au large du massif des Calanques à Marseille, les îles de l’archipel de Riou sont des espaces de refuge pour de nombreuses espèces animales et végétales. On y recense près de 275 espèces dont 20 sont protégées. C’est là que l’initiative du PIM est née. Aux portes d’une agglomération de plus d’un million d’habitants, des espèces rares au nord de la Méditerranée ont pourtant trouvé refuge. Véritables laboratoires vivants, les petites îles abritent un patrimoine génétique hérité de millions d’années d’évolution. Rapportée à leurs faibles superficies, la contribution des îles à la biodiversité mondiale est très importante.

Puffin cendré @Louis-Marie Préau-Initiative PIM

Les îles du Riou abritent notamment les Puffins et Yelkouans, des oiseaux marins très sensibles au dérangement, emblématiques de la Méditerranée. Le territoire insulaire est pour eux un refuge où pondre un unique œuf par an. Cousins de l’albatros, ils voyagent énormément. Ces espèces peuvent être des indicateurs de pollution. En quelques heures, ils vont se ravitailler dans le bassin des grands ports, à Marseille ou Barcelone par exemple, et « accumulent alors un maximum de pollutions », raconte Mathieu Thévenet. Un programme de protection de ces espèces prévoit des prélèvements de sang et de plumes chez ces oiseaux afin de doser les matériaux lourds et les polluants dans ces organismes. Réceptacles de toutes nos pollutions par leur alimentation, ils sont situés en bout de chaine alimentaire, comme l’être humain.

Les îles aux avant-postes de nos pollutions

Face à la pollution de la mer, venues des terres bordant le littoral, mais aussi du trafic maritime, ces îles et leur biodiversité sont en effet menacées. Peu habitées, elles sont pourtant sous influence de l’activité humaine du fait notamment de l’augmentation du nombre de bateaux individuels mais aussi de centres de plongée. Les invasions biologiques ont également des effets dévastateurs sur les écosystèmes des îles. Espèces animales et végétales, virus et bactéries exotiques sont parmi les premières causes d’extinction d’espèces endémiques insulaires. Sans compétiteurs ni prédateurs, profitant des niches écologiques sur ces espaces restreints, elles prolifèrent au détriment des espèces indigènes qui s’y étaient installées et adaptées, à l’abri des perturbations. L’humain est alors vecteur de danger, mais il est également la seule source de protection grâce à la prévention et à un suivi permanent.

De taille plus importante, à l’est de la Méditerranée, Chypre est également fragilisée par sa position insulaire. Comme l’explique Charalampos Theopemptou, professeur à la faculté d’Environnement de Limassol et ancien commissaire à l’environnement, l’île reçoit les pollutions venues de différents pays. « Toutes les villes côtières d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient n’ont pas les stations d’épuration et beaucoup de ces pays rejettent des déchets primitifs dont la plupart finissent dans la mer. En outre, la Turquie, qui est seulement à environ 80 kilomètres au nord de l’île, décharge encore toutes sortes de déchets dans la mer », précise-t-il. Le pays vient tout juste d’initier une politique de gestion des déchets dangereux. Mais les effets sont encore limités. Destination touristique prisée et considérée comme plus sûre que ces proches voisins, l’île a vu sa fréquentation augmenter de 8 % en 2016. « Le tourisme représente plus de la moitié de l’économie des îles avec plus de 3 millions de touristes chaque année. Cela exerce beaucoup de pression sur les ressources. » Cet afflux se traduit notamment par un accroissement des déchets alors même que l’île ne recycle encore que 19 % de ces détritus. « À Chypre, nous avons un problème spécifique concernant le maintien de la haute qualité d’eau de baignade », ajoute Charalampos Theopemptou.

Outre ces déchets venus de la terre, la pollution est aussi issue des navires qui croisent au large de l’île. « Alors que la plupart des pays appliquent la Convention internationale de l’OMI pour la prévention de la pollution par les navires – MARPOL, beaucoup de petits et vieux cargos dans la zone n’ont pas adhéré à la convention. En conséquence, nous voyons parfois apparaître sur nos côtes nord et ouest des ordures ménagères de toutes sortes, des plastiques transparents, souvent utilisés pour couvrir la cargaison sur les bateaux ouverts », détaille l’ancien commissaire. Des navires qui ne respectent pas les règles et règlements leur imposant de déverser leurs eaux usées brutes ou déchets de cuisine à quai, généralement pour éviter de payer des frais. A Limassol, la baignade est parfois interdite du fait de ces rejets et des conséquences sur la santé qu’ils engendrent ; démangeaisons et brûlures aux yeux principalement. Le maire de la ville en appelle régulièrement à la responsabilité du gouvernement chypriote pour organiser une surveillance maritime efficace.

Scinque chalcides ocellatus tiligugu @Louis-Marie Préau-Initiative PIM

Une problématique bien réelle, d’autant que l’île est un refuge pour une partie de la faune méditerranéenne. Naturels ou artificiels, les récifs côtiers de Chypre abritent une grande variété d’espèces de poissons, de coraux, de poulpes, de moules, d’oursins et d’anémones de mer, ou encore de tortues de mer dont la protection des lieux de ponte a permis d’accroître la population. Chypre héberge en effet plus de 30 % des nids de tortues vertes et près de 20 % des caouannes en Méditerranée. Ces deux espèces sont en danger selon l’IUCN (International Union for Conservation of Nature) principalement par l’effet du tourisme mais aussi de la pêche intensive. « Il est devenu évident que nous sommes arrivés à un point où nous devons surveiller toutes ces activités de plus près et augmenter les pénalités pour préserver notre île », conclut Charalampos Theopemptou.

Agir pour préserver ces milieux naturels

Sur les îles de Marseille, la protection des espèces et des milieux passe par la mise en place d’actions de régulation des espèces envahissantes tant végétales qu’animales. Des opérations dites « de génie écologique » sont menées. Par exemple, la prolifération de Goéland peut avoir des effets sur la flore. Le Conservatoire-Etudes des Ecosystèmes de Provence Alpes du Sud (CEEP) a donc mis en place depuis 2006 des opérations de stérilisation des pontes dans les secteurs des îles de l’archipel riches en espèces végétales protégées.

Astragale - Frioul – Marseille - Crédit : Louis-Marie Préau-Initiative PIM

Cette action, renouvelée chaque année, permet de freiner le processus de dégradation et d’appauvrissement de la flore en limitant les apports en matière organique par la suppression de la phase d’élevage des poussins. Durant la phase de nourrissage des poussins, les apports en matière organique et en nitrates sont très importants. Plusieurs dizaines de tonnes par an de déchets provenant des décharges sont ramenées par les goélands. La présence d’une importante population de Lapin de Garenne est également à l’origine d’importantes perturbations sur les espèces insulaires. Elle peut, en effet, entraîner une destruction des nids de Puffin cendré. Des terriers artificiels ont donc été installés sur certaines colonies d’oiseaux afin de proposer des nids de substitution lorsque les terriers étaient détruits.

Enfin, des espèces végétales envahissantes (Figuiers de Barbarie, Luzerne arborescente…) se développent au détriment de la flore originelle et contribuent à la diminution de la biodiversité floristique. Il faut donc prévenir de nouvelles introductions et contrôler ou limiter les espèces déjà établies sur les espaces sensibles. Le CEEP organise régulièrement des opérations de protection sur les différentes îles. Un travail de fourmis, qu’il faut sans cesse renouveler. Au large de Marseille, comme sur les côtes chypriotes, des programmes sont menés pour protéger la biodiversité méditerranéenne particulière à ces îles. Il est parfois difficile de les financer, comme en témoigne l’une des personnes interrogées, car les îles ne sont pas en haut des listes des priorités des gouvernants. Pourtant, face au réchauffement climatique et à l’élévation du niveau de la mer, les îles sont en première ligne, et les îles sableuses plates seront les premières à disparaître. Sentinelles de ces changements, ces territoires permettent d’observer les évolutions climatiques globales, dont elles pâtiront les premières.

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