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Baloutchistan : Région pakistanaise insoumise

Le Baloutchistan, un carrefour stratégique

, par CIIP

A cheval sur trois pays (Afghanistan, Iran et Pakistan) le Baloutchistan est un pivot géographique. Région frontalière porte d’entrée vers l’Iran et vers l’Afghanistan avec la région de Kandahar, elle comprend la majeure partie du littoral pakistanais, ouvrant l’accès aux ressources halieutiques ainsi qu’à l’entrée du stratégique détroit d’Ormuz où transite environ 20% du trafic mondial de tankers. C’est donc une zone d’échanges et de trafics…

Son sous-sol est particulièrement riche en ressources naturelles : or, cuivre - avec l’un des plus grands gisements de cuivre potentiel au monde (mine de Saindak à Reko Dik) -, chromite, magnésite, gypse, manganèse, zinc, fer, granite, marbre, amiante… mais aussi et surtout du gaz.
Sa position géographique en fait un axe de choix pour les routes énergétiques : projets de gazoducs TAPI - Turkménistan, Afghanistan, Pakistan et Inde - dont l’ouverture est prévue en 2019 ; gazoduc IP, reliant l’Iran au Pakistan.

En outre, le Pakistan a installé de nombreuses bases militaires dans des zones stratégiques, souvent riches en ressources naturelles et a procédé fin mai 1998 à des essais nucléaires dans le district de Chagai. Ces essais ont dévasté l’environnement, contaminé les eaux et provoqué des maladies mentales et physiques parmi la population (source UNPO).

Le Baloutchistan constitue donc un enjeu économique et sécuritaire majeur pour le Pakistan, que le conflit en Afghanistan n’a fait qu’exacerber. Cependant, si la région regorge de ressources naturelles, les habitants baloutches, sont en grande partie paupérisés [1]. Le taux de pauvreté y est le plus élevé du pays (plus de sept habitants sur dix) de même que le taux d’analphabétisme. En raison de son faible poids démographique, le Baloutchistan n’est représenté que quelques députés au Parlement [2].

Le port de Gwadar, situé à l’ouest de la côte du Baloutchistan, est un ultime sujet de conflit entre la province et le gouvernement central. Il revêt une importance stratégique, autant pour le Pakistan que pour les pays avoisinants. En effet, il permet un débouché alternatif à l’Iran pour les hydrocarbures d’Asie centrale et surtout leur passage entre le Moyen-Orient et la Chine. Celle-ci est le principal bailleur de fonds pour la création d’un port en eaux profondes accueillant des bateaux jusqu’à 25 000 tonnes (première phase achevée en mars 2007) et dont l’exploitation a été reprise par la compagnie para-étatique chinoise China Overseas Port Holding Company en 2013, avec un bail d’une quarantaine d’années.
Avril 2015 voit le lancement du China–Pakistan Economic Corridor (CPEC) qui fait entrer le développement de Gwadar dans une nouvelle dimension, titanesque [3] ! Le CPEC, au cœur de la stratégie chinoise d’une nouvelle "route de la soie", est également un projet majeur pour le Pakistan qui a cristallisé les espoirs de développement et de désenclavement de la province du Baloutchistan, espoirs vite anéantis. Les populations locales n’ont été ni consultées dans la prise de décisions ni employées sur les chantiers (sauf une centaine de travailleurs journaliers). Aucun projet de développement d’infrastructures n’a accompagné sa mise en service (école, hôpital, ou établissement de formation). De plus, environ la moitié des 100 000 habitants de Gwadar sont impactés par les travaux d’extension du port (expulsions, spéculation immobilière, relocalisation du port de pêche). Les Baloutches ont donc le sentiment d’être une nouvelle fois exclus des projets réalisés dans leur région, au bénéfice d’Islamabad avec la complicité de la Chine, perçue comme un nouveau colonisateur.
Le port est donc la cible de fréquents sabotages et de plusieurs dégradations sur les infrastructures auxquels s’ajoutent les agressions dont sont victimes des Chinois, notamment à Quetta et Gwadar.

Notes

[1Source : Entre Iran et Pakistan, une région à risque : le Balouchistan
BOUNAT, Ulrich, - PARIS : INSTITUT DE RELATIONS INTERNATIONALES ET STRATEGIQUES (IRIS), 2018/01, 22 P

[2Source : Le Pakistan en 100 questions BOQUERAT, Gilles - PARIS : TALLANDIER, 2018, 356 P.

[3Les chiffres dépassent les superlatifs selon Ulrich Bounat, op. cit.

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