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Dossier Mouvements citoyens africains : un espoir pour tout un continent

Au Burkina Faso : "Le Balai citoyen"

, par CIIP

Le Balai Citoyen, nom inventé par deux musiciens SamsK le Jah et Smockey, est né officiellement le 25 août 2013, fruit d’un processus commencé en 2010 en opposition au régime de Blaise Compaoré. Porté par de jeunes journalistes, artistes, étudiants et cadres du public et du privé, l’objectif était la mobilisation de la population, en particulier la jeunesse, pour obtenir le départ de Compaoré, "Blaise Dégage", ainsi que des améliorations immédiates de la vie quotidienne.

Le Balai citoyen a été actif au moment de la transition et dans la mobilisation qui a fait échouer le coup d’État réactionnaire du général Diendéré. Il a refusé de participer au gouvernement de transition, même s’il a appelé l’armée à favoriser le processus démocratique. Bien que se revendiquant de la non-violence, il a jugé l’épreuve de force incontournable.

Auparavant, les autres combats du Balai ont été la solidarité avec des manifestants arrêtés lors d’un hommage à Sankara ou de la commémoration de l’assassinat du journaliste Norbert Zongo, ainsi que la lutte pour l’amélioration des services publics.
Dans le nouveau régime élu en 2015, le Balai se pose en gardien vigilant de la moralité publique, appelant les citoyens à aller voter et surveillant le bon déroulement des élections. Il s’est aujourd’hui recentré sur des actions locales dans les quartiers de la capitale et les localités de provinces, en particulier pour aider à l’émergence d’un nouveau type de citoyen.

Les idées du Balai

Le balai brandi par les militant-e-s symbolise la nécessité de "faire le ménage au Burkina Faso" et que ce ménage doit être fait par les citoyens eux-mêmes. C’est un balai africain fait de brindilles assemblées pour démontrer qu’un citoyen isolé ne peut rien faire mais que des citoyens rassemblés peuvent nettoyer beaucoup "d’ordures". Le Balai se définit comme un mouvement politique, sans pour autant être un parti exerçant des mandats électifs, ni soutenant tel ou tel candidat.

Le mouvement se revendique fortement de la figure de Thomas Sankara, "le premier cibal" (cibal : de "citoyen balayeur", militant du Balai Citoyen), essentiellement sur des positions morales. Il s’inspire aussi d’autres leaders africains (Nelson Mandela, Nkrumah, Lumumba, Cheih Anta Diop...), de pacifistes (Gandhi , Martin Luther King) ou d’artistes engagés (Bob Marley, Alpha Blondy, Tiken Jah Fakoly…) et de Malcolm X. A sa création, face au régime Compaoré, le Balai a deux mots d’ordre : désobéissance civile et boycott du vote de l’Assemblée Nationale.

Parallèlement le Balai œuvre à l’émergence du "nouveau type de Burkinabé" voulant promouvoir une conscience citoyenne, pour contrôler l’action des élus et des pouvoirs publics, mais aussi impulser des actions d’amélioration ou d’entretien de l’environnement par les citoyens eux-mêmes et d’assistance sociale. Ces nouveaux citoyens en participant largement doivent changer la société, avec et au service de tous et toutes.

Enfin le Balai entretient des liens avec les autres mouvements citoyens africains, sans se placer pour autant dans un esprit de dépendance par rapport à Y’en a marre, son prédécesseur. Des rencontres se multiplient, ainsi une feuille de route commune à de nombreux mouvements africains et européens a été signée à Ouagadougou en juin 2015. Il s’agissait de développer la solidarité entre eux, mais aussi de favoriser la création de foyers de jeunesse résistante partout en Afrique. C’est ce que Sams’K Le Jah et Didier Awadi appellent "l’internationale des fouteurs de merde".

L’organisation du mouvement

La diffusion des idées du mouvement passe essentiellement par la parole, s’adressant à tou.te.s quel que soit le niveau d’alphabétisation : les messages sont relayés par des artistes musiciens, lors de concerts qui sont autant de meetings, par des animateurs de l’audiovisuel, mais aussi directement dans les quartiers et localités par les cibal-e-s. Les réseaux sociaux ont aussi joué un rôle crucial, en particulier lors des deux insurrections.

"S’organiser c’est gagner" déclare volontiers Smockey. Le Balai est donc fortement structuré de façon hiérarchique : la majorité des décisions est prise au sommet puis répercutée à la base, qui a toutefois une latitude pour enclencher des initiatives locales. L’organisation de base est le "club cibal", réunissant les membres par similitudes d’activités, professionnelles ou autres, et par quartiers, mais il y a aussi des web clubs ; les clubs sont regroupés en une quinzaine de "points focaux", eux-mêmes supervisés par cinq coordinations régionales dont les membres sont nommés attentivement par la coordination nationale afin d’éviter les infiltrations, des partis politiques en particulier. Une assemblée générale se réunit une fois par an et élit les membres de la direction nationale. En plus des cibal-e-s le mouvement fait appel à des "sages". A l’étranger des "ambassades cibals" accueillent les membres du Balai en France, à Bruxelles, aux USA, à Montréal, en Libye...

Le Balai se finance par les contributions des membres, la vente de t-shirts à l’effigie du mouvement, des dons, à l’exclusion de ceux des partis politiques ; par ailleurs les membres apportent des contributions en nature en mettant à disposition du matériel ou en ne prenant pas de cachet lors des concerts. Deux subventions, suisse et suédoise, ont été versées pour une action "je vote, je reste", visant à surveiller le bon déroulement d’un scrutin clef pour la transition, toutefois le Balai reste toujours très vigilant sur la provenance des fonds pour garantir son indépendance.

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