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Dossier Introduction

Quarante ans de lutte du peuple sahraoui

, par CIIP

Le Sahara occidental, appelé Sahara Marocain au Maroc, est un territoire de 266 000 km² du nord-ouest de l’Afrique, bordé par le Maroc au nord, l’Algérie au nord-est, la Mauritanie à l’est et au sud, tandis que sa côte ouest donne sur l’océan Atlantique.

Vaste territoire désertique mais disposant de riches gisements à ciel ouvert de phosphates et dont la façade maritime au large des Canaries possède un fort potentiel halieutique, cette ancienne colonie espagnole n’a toujours pas trouvé de statut définitif sur le plan juridique, plus de quarante ans après le départ des Espagnols en 1975. Le Sahara occidental est effectivement en proie à un conflit reflétant à la fois la lutte d’une partie des Sahraouis pour leur indépendance et la rivalité hégémonique de l’Algérie et du Maroc dans cette région.

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Femmes Sahraouies
2ème marche internationale contre le mur qui divise le Sahara occidental. Photo : Western Sahara, 20 mai 2005.

Dès 1973 est fondé le Frente Popular de Liberación de Saguía el Hamra y Río de Oro (Frelisario aujourd’hui Front Polisario), mouvement qui revendique l’indépendance totale du Sahara occidental. Mais déjà du temps de la colonisation espagnole le Maroc (indépendante depuis 1956).avait des visées sur ce territoire. Lorsque l’Espagne annonce en 1974 son intention d’organiser un référendum d’autodétermination au Sahara occidental, le Maroc saisit la Cour Internationale de Justice qui reconnaît ses liens historiques avec le Sahara mais ne s’oppose pas au projet de referendum. Le roi Hassan II organise alors en novembre 1975 une "Marche verte pacifique" à laquelle il appelle à participer 350 000 Marocains munis d’un Coran et d’un drapeau, encadrés par 20 000 militaires des FAR (Forces Armées Royales) pour "prendre possession" du territoire à décoloniser. L’Espagne négocie alors avec le Maroc et la Mauritanie les accords de Madrid, signés le 14 novembre 1975, qui attribuent deux tiers du territoire au Maroc et le tiers sud à la Mauritanie. Ce que conteste aussitôt l’Algérie qui soutient militairement, financièrement et diplomatiquement le Front Polisario.

Jusqu’en 1991, le Sahara occidental voit s’affronter militairement les Sahraouis, les Marocains et les Mauritaniens (la Mauritanie se retirera de conflit en 1979). Plus d’un millier de civils sahraouis sont tués. Les Forces armées et la gendarmerie marocaines sont responsables de l’enlèvement et de la disparition de plus d’un millier de civils et de bombardements au napalm et au phosphore blanc des Sahraouis fuyant vers l’Algérie. Plus de 2000 militaires marocains sont aussi fait prisonniers.

Finalement, les pressions de la CEE (Communauté économique européenne) et de l’Occident en général permettent d’arriver à un cessez-le-feu (septembre 1991) et au principe d’un référendum d’autodétermination prévu pour 1992. Mais la tenue de ce référendum est repoussée d’année en année. Le principal obstacle est l’identification des électeurs pouvant participer au référendum. Le Polisario souhaite limiter l’inscription aux résidents identifiés lors du recensement de 1974 et à leurs descendants, ce qui favoriserait un résultat pro indépendance. Le Maroc souhaite que les Sahraouis installés au Maroc, ainsi que les Marocains installés au Sahara occidental, puissent également se prononcer, ce qui favoriserait un résultat pro intégration.

Depuis les années 1980, le territoire est coupé en deux par un "mur" de plus de 2500 km construit par l’armée marocaine pour geler les opérations militaires sahraouies et interdire toute communication entre la partie "utile" proche de la côte atlantique et le reste du territoire. Ce mur de sable entouré de barbelés et de mines est une parade décisive à la stratégie de guérilla du Polisario et il change radicalement le cours du conflit. Le Polisario se trouve rejeté à l’extérieur du mur et dans l’impossibilité de mener des incursions significatives à l’intérieur du territoire contrôlé par l’armée marocaine. Celle-ci bénéficie d’une excellente position défensive mais le coût du mur et de la force de surveillance grève le budget du Maroc, malgré l’aide de l’Arabie saoudite et des États-unis. De plus, le Maroc a massivement investi dans les infrastructures et la mise en valeur du territoire qu’il contrôle de manière à rendre sa présence irréversible. D’autre part, les Sahraouis ralliés à sa cause font l’objet d’un traitement de faveur comme résidents au Maroc et deviennent par là les soutiers de la politique marocaine.

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Mur des sables
Western Sahara, Muro desde el aire, 18 juin 2005

En revanche le Maroc continue à réprimer violemment les manifestations en faveur de l’autodétermination malgré la présence de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO) et les tentatives successives de règlement du conflit par l’intermédiaire de l’ONU.

Depuis plus de 35 ans, le Maroc refuse le référendum et exploite les ressources naturelles du Sahara occidental. Il contrôle et administre environ 80 % du territoire, tandis que le Front Polisario en contrôle 20 %. Sous contrôle de l’armée et de l’administration marocaines, l’ouest du pays est largement habité par des Marocains devenus plus nombreux que les Sahraouis. L’Est, territoire dit libéré, est contrôlé par le Front Polisario et plus de 160 000 Sahraouis sont réfugiés dans cinq grands camps dans la région de Tindouf en Algérie.

Malgré une situation critique, le peuple sahraoui ne cesse de montrer sa détermination comme le prouvent les manifestations pacifistes indépendantistes, fréquentes depuis 2005 dans les villes du Sahara occupé mais aussi dans les villes du sud du Maroc.

En novembre 2010, l’évacuation du camp de protestation de Gdeim Izik, installé par les Sahraouis à quelques kilomètres d’El-Ayoun (capitale sahraouie occupée) et la violente répression marocaine qui s’en est suivie ont suscité l’indignation de la communauté internationale. Depuis cette date, la résistance sahraouie est passée à une nouvelle étape et les manifestations se multiplient sur tout le territoire (manifestations, grèves des salariés, grèves de la faim des prisonniers politiques…). En réponse, on assiste à une escalade de la répression et des violences policières et militaires, ainsi qu’à des attaques par certains colons marocains sur les civils sahraouis et leurs biens.

Plusieurs rapports accablants (Human Right Watch, Centre de recherche du Congrès américain…) dénonçant les exactions commises contre les Sahraouis ainsi que les mesures coercitives à l’endroit des organisations internationales des droits de l’Homme et les médias qui traitent de cette question, ont conduit le département d’État états-unien et le Parlement européen à condamner, pour la première fois, les violences dans les territoires occupés du Sahara occidental.

Un autre revers à la politique d’occupation marocaine a été infligé par le Parlement européen, à travers son refus, le 14 décembre 2011, de prolonger l’accord de pêche avec le Maroc, du fait qu’il englobe les eaux territoriales du Sahara occidental.
Le Comité de l’Organisation des Nations Unies contre la torture s’est lui aussi "déclaré préoccupé par la situation au Sahara occidental" et la résolution 1979 adoptée le 27 avril 2011 par le Conseil de sécurité des Nations Unies, renouvelant le mandat de la Mission de maintien de la paix de l’ONU au Sahara occidental (MINURSO, reconduite d’année en année… depuis 20 ans), contenait des termes plus explicites que les années précédentes sur la question des droits humains, sans toutefois élargir le mandat de la MINURSO pour y inclure la tâche de superviser la situation en la matière. De plus, le projet même du référendum a disparu de la résolution remplacé par la recherche d’une "solution politique juste, durable et mutuellement acceptable"… Depuis longtemps déjà, aux yeux des Sahraouis, qu’ils vivent dans les campements de réfugiés ou bien dans les territoires occupés, cette mission a perdu beaucoup de son sens et de sa crédibilité. Par ailleurs, bien que l’ONU ait déclaré que toute nouvelle exploration pétrolière serait illégale sauf si elle a lieu conformément aux souhaits de la population du territoire, les autorités marocaines ont attribué des licences d’exploration à plusieurs compagnies étrangères (Kosmos Energy, Cairn Energy et San Leon Energy) qui n’ont fait aucun effort pour obtenir le consentement du peuple sahraoui.

Pour la France, le Sahara Occidental fait partie intégrante du Maroc. Depuis 1975, les gouvernements qui se sont succédé n’ont jamais caché leur opposition à un Etat sahraoui indépendant car l’émergence d’un Etat sahraoui indépendant est perçue comme un facteur de déstabilisation du Royaume chérifien, au sein duquel la France a de grands intérêts, politiques, économiques, militaires et culturels. En 2007 la proposition du Maroc pour l’autonomie est soutenue par la France, les Etats Unis et l’Espagne. Depuis, le Maroc affirme qu’il ne négociera rien de plus que sa propre proposition, en mettant en avant le soutien de la France et des Etats Unis dans sa démarche.

L’Union Africaine est un autre terrain des luttes diplomatiques autour du Sahara occidental : le Maroc avait quitté l’UA en 1984 pour protester contre la reconnaissance par cette institution de la République Arabe Sahraouie Démocratique (RASD). Mais constatant que son absence avait laissé le champ libre au Polisario en Afrique, le Maroc s’est efforcé depuis 2010, de reconstruire son espace stratégique auprès des gouvernements africains (notamment sous influence française) si bien que le 30 janvier 2017 lors du sommet de l’UA à Addis Abeba, les chefs d’Etat africains ont accepté le retour du Maroc comme 55ème état de l’UA. Cette décision va permettre au Maroc de contester le soutien que l’UA apportait au Polisario et même de manoeuvrer pour en faire exclure la RASD. Mais Mohamed Salem Ould Salek, le ministre des affaires étrangères de la RASD, y voit pour les Sahraouis une victoire diplomatique très importante : "Concrètement, le Maroc a accepté sans conditions les principes et les objectifs contenus dans l’acte constitutif de l’Union Africaine, et c’est pour cela que nous avons accepté qu’il intègre l’UA. Le Maroc a fait pression pendant des années pour en expulser la RASD, mais il n’a pas réussi. Maintenant nous allons veiller à ce qu’il respecte ses engagements [1]".

Au Maroc même, l’année 2017 est marquée par la poursuite des pratiques répressives, tant au Sahara occidental que dans le Rif contre le mouvement social "El Hirak" [2]. Il faut signaler la reprise du procès dit de Gdeim Izik, le camp créé par des Sahraouis près d’El Aîoun détruit par la police marocaine en 2010. A l’issue d’un premier procès organisé en 2013 devant un tribunal militaire, les 25 accusés Sahraouis avaient été condamnés à des peines allant de 20 ans de réclusion à la perpétuité, sur la base d’aveux extorqués sous la torture. Suite aux protestations internationales, le procès a été porté devant une juridiction civile qui a maintenu les condamnations. C’est devant la cour d’appel de Salé qu’il a repris en décembre 2016, puis été reporté à plusieurs reprises en janvier 2017, en mars et en juillet, pour aboutir encore à des condamnations très lourdes et non fondées, entre deux ans et la perpétuité d’emprisonnement.

Tensions géostratégiques, rivalités algéro-marocaines, données démographiques en évolution -le Royaume marocain encourage la venue de ses ressortissants dans le but de modifier l’identité sahraouie-, revendications autonomistes ou indépendantistes, violations répétées des droits humains à l’encontre des Sahraouis par les autorités marocaines rendent la situation de plus en plus complexe et laissent difficilement présager de l’avenir de cette région.

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