La quête du Congo pour la liberté continue

Bahati Ntama Jacques et Beth Tuckey

 

Ce texte, publié originellement en anglais par Foreign Policy in Focus, a été traduit par Naïde Sefraoui, traductrice bénévole pour rinoceros.

 

Le Congo a longtemps été le centre de l’exploitation des ressources. C’est dans ce pays d’Afrique centrale que la première vague de colonisation en Afrique, qui a commencé à partir du milieu des années 1880, a été la plus prononcée. Le Roi de Belgique, Léopold, brutalisa la population dans sa recherche de caoutchouc et de richesses, laissant un héritage d’exploitation des ressources naturelles par les Européens blancs dans le cœur de l’Afrique.

Aujourd’hui, alors que le pays fête le cinquantième anniversaire de son indépendance, le Congo continue d’être une source de richesse pour le monde entier, tandis que le peuple congolais vit majoritairement dans la pauvreté. Comme de nombreux pays africains, la République Démocratique du Congo (RDC) subit une nouvelle ère de néo-colonialisme, où les ressources naturelles n’appartiennent pas à ceux qui vivent sur le territoire concerné, mais à ceux qui détiennent le pouvoir et l’accès aux marchés mondiaux. La poursuite d’une véritable indépendance et d’une libération totale du Congo continuera tant que les nations étrangères ne cesseront pas leurs politiques d’exploitation.

Une histoire de violence

Lorsque Patrice Lumumba commença à mener la campagne pour l’indépendance au début des années 1960, l’espoir était grand qu’enfin le peuple congolais allait profiter des ressources de ses terres, que le pays allait sortir de la pauvreté et entrer dans une ère de prospérité. Au lieu de cela, trois mois après être devenu le premier Premier Ministre élu démocratiquement du Congo, Lumumba fut renversé par un coup d’État, et quatre mois plus tard, il fut tué dans un complot orchestré par le gouvernement belge avec la complicité des États-Unis. Mobutu Sese Seko, un adversaire résolu du communisme, prit le pouvoir par un coup d’État soutenu par la CIA. Il est devenu l’un des dictateurs les plus sanglants d’Afrique et a conduit le Congo- qu’il appelait Zaïre- à la ruine.

En 1996, le Rwanda et l’Ouganda envahirent le Congo et forcèrent Mobutu à l’exil, et un nouveau chef, Laurent Kabila, accéda au pouvoir. Depuis lors, l’Est du Congo est embourbé dans les conflits, envahi par des groupes rebelles et des milices gouvernementales qui cherchent chacun de leur côté à contrôler les immenses richesses du Congo. On estime qu’entre 1998 et 2007, 5,4 millions de personnes sont mortes en République Démocratique du Congo, en conséquence directe ou indirecte du conflit. Dans le même laps de temps, le monde est devenu dépendant des minéraux comme le tungstène, l’étain et le coltan, utilisés dans l’électronique et les armes sophistiquées, et qui proviennent principalement du Congo. L’Ouest a toujours aimé le Congo pour ses ressources, jamais pour son peuple, ce qui explique l’absence de tout véritable intérêt pour le renforcement de l’État congolais.

Le manque de transparence et de régulation de l’industrie minière au Congo rend presque impossible d’empêcher la vente de minerais facteurs du conflit, les « conflict minerals », pour fabriquer des produits électroniques. Bien que de nombreuses entreprises aient manifesté leur disposition à divulguer les informations relatives à leur chaîne d’approvisionnement, le traçage des minéraux provenant de la zone de conflit dans l’Est du Congo, demeure un défi majeur.

Lors de la 110e session du Congrès des États-Unis, Jim McDermott, représentant démocrate de l’État de Washington, proposa un Conflict Minerals Trade Act « pour améliorer la transparence et réduire le commerce des minerais en cause », et le sénateur Samuel Brownback (Républicain, Caroline du Sud) introduit le pendant de cette législation au Sénat dans le but « d’exiger une divulgation annuelle à la Securities and Exchange Commission de toute activité impliquant la colombo-tantalite, la cassitérite et la wolframite en provenance de la République Démocratique du Congo ». Ce même mois de mai, Brownback a fait inclure un amendement similaire au Restoring American Financial Stability Act de 2010, la grande loi de réforme financière récemment adoptée sous l’impulsion de l’administration Obama. Si l’on peut saluer ce pas admirable franchi compte tenu du traditionnel manque d’attention du gouvernement des États-Unis envers le Congo, une telle législation ne constitue qu’une petite partie du changement de perspective politique plus global qui serait nécessaire pour s’attaquer au problème de la colonisation économique de la République Démocratique du Congo.

Les États-Unis : une partie du problème ?

Les États-Unis peuvent faire bien davantage afin de promouvoir une véritable sécurité et une véritable prospérité au Congo. Toutefois, à maintes reprises, les États-Unis ont montré qu’ils faisaient partie du problème plutôt que de la solution. En 2008, les États-Unis faisaient partie du groupe d’États qui a négocié une intégration prématurée et précipitée d’anciennes forces du groupe rebelle soutenu par le Rwanda, le Conseil National pour la Défense du Peuple (CNDP), dans l’armée nationale congolaise. Ces troupes rwandaises, partie intégrante de l’armée nationale, représentent aujourd’hui une grave menace à une paix durable dans l’Est du Congo.

Pendant ce temps, les relations américano-rwandaises continuent d’être très problématiques pour la paix et la stabilité du Congo. De 2000 à 2009, les États-Unis ont fourni 1,034 milliard de dollars au Rwanda alors que son gouvernement occupait de vastes zones du territoire congolais et en pillait les ressources. Même si Washington fait valoir qu’elle n’a jamais voulu soutenir l’invasion rwandaise au Congo, l’aide financière américaine a peut-être aidé le gouvernement rwandais à gonfler son budget pour mener cette guerre meurtrière.

En tant que sénateur, Barack Obama a présenté une loi, finalement promulguée en 2006 par le Président George W. Bush, qui exige que le Secrétaire d’État des États-Unis (équivalent du Ministre des affaires étrangères, poste actuellement occupé par Hillary Clinton) « retire à un pays étranger l’assistance mise à disposition en vertu de la loi de 1961 sur l’assistance étrangère … en dehors de l’aide humanitaire, de maintien de la paix et d’assistance à la lutte contre le terrorisme, si le Secrétaire juge que le gouvernement de ce pays étranger prend des mesures visant à déstabiliser la RDC ».

Ironie du sort, ce ne sont pas les États-Unis, qui ont pris ce genre de mesures. La Suède et les Pays-Bas, après avoir examiné les preuves de l’implication du Rwanda dans le conflit au Congo, rendues publiques dans un rapport de 2008 d’un panel d’experts de l’ONU, ont menacé de suspendre leur aide financière au Rwanda. Cette action, qui a attiré l’attention internationale sur la question, obligeait le gouvernement rwandais qu’il rende des comptes en exigeant le retrait immédiat de ses troupes du Congo. Au lieu de se plier à cette décision, les États-Unis ont participé la tentative mal conçue et infructueuse de transformation des anciennes forces du CNDP dans l’armée congolaise. Jusqu’à présent, l’Administration Obama ne montre aucun signe de mise en œuvre de la législation que le sénateur Obama avait travaillé si dur à promouvoir. La clé de la relation des États-Unis avec le Rwanda est l’accès aux ressources du Congo.

Le Congo au cœur

L’ensemble des gouvernements doit édicter des lois strictes contre l’importation des produits qui alimentent les conflits, qui font travailler des enfants ou qui encouragent d’une manière ou d’une autre les violations des droits humains en Afrique. Les entreprises devraient également être contraintes à payer des amendes et des réparations aux communautés qu’elles ont négativement affecté dans le cadre de leurs activités.

En même temps, et de manière tout aussi importante, les gouvernements doivent travailler à intégrer l’Afrique dans l’économie mondiale d’une manière qui favorise la sécurité humaine. Bien que le coltan et le tungstène aggravent le conflit mortel dans l’Est du Congo, ils apportent aussi aux populations locales des emplois et des sources de revenus. Le gouvernement congolais, avec le soutien de la communauté internationale, devrait veiller à ce que les populations locales récoltent les bénéfices réels de leur travail, ce qui exige qu’une attention rigoureuse soit donnée aux droits des travailleurs. En ce sens, le Congo et le monde extérieur pourraient s’associer pour faire avancer la souveraineté sur les ressources et l’appropriation locale.

Le Congo est le cœur de l’Afrique. Pourtant, ce cœur, après cinquante ans d’indépendance politique, ne bat toujours pas de lui-même, pas plus qu’il n’assure la santé des autres pays africains. Lumumba avait déclaré, mémorablement, que « les hommes libres et libérés de tous les coins du monde se trouveraient toujours aux côtés des Congolais ». La libération du Congo - qui demeure un des éléments clés de la libération de toute l’Afrique - exige que les gens des pays qui tirent profit de la richesse du Congo soient solidaires avec ceux qui la possède de droit. Cela signifie avant tout agir en tant que citoyens et à inciter les gouvernements à élaborer des stratégies plus responsables à l’égard de l’Afrique centrale et l’exploitation de ses ressources naturelles.

Bahati Ntama Jacques est analyste de la politique nationale congolaise. Beth Tuckey, ancien Directeur Adjoint au réseau Afrique Foi et Justice et actuellement en stage de direction avec Africa Action à Washington D.C.

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