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Expulsions, séparations des familles, pertes des droits acquis, et retours

, par Desinformémonos , SANCHEZ SOLER Marta

Depuis le début de la campagne électorale de l’actuel président Trump, les migrants sans-papiers résidant aux États-Unis ont vécu des heures de désarroi et d’angoisse en écoutant les discours qui leur étaient consacrés et qui les qualifiaient de criminels, violeurs, terroristes et de responsables de la violence dans le pays. La criminalisation des migrants et des réfugiés dans les discours de Trump a généré un climat d’agression propice à une vague d’attaques contre la communauté de migrants et de réfugiés, qui se retrouve dans des conditions d’extrême vulnérabilité et de danger.

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Coucher du soleil à la Maison Blanche, 2 janvier 2017. Crédits : Ted Eytan

Cette situation qui règne dans la communauté latino-américaine mais aussi musulmane, a peu à peu empiré au rythme des décrets que Trump a signés et qui confirment leur peur de devoir faire face à une expulsion sommaire.
La Patrouille des Frontières des États-Unis a arrêté 43 254 sans-papiers en décembre 2016 (soit 17% de plus que l’année précédente), 47 211 en novembre (augmentation de 44%) et 46 182 en octobre (soit 41% de plus).

Pour le seul mois de janvier 2017, durant la période de passation de pouvoir entre les présidents Barack Obama et Donald Trump, 31 575 immigrés sans-papiers ont été arrêtés à la frontière avec le Mexique. Ce chiffre est le plus élevé de ces cinq dernières années pour un mois de janvier et constitue une augmentation de 32% par rapport à la même période de 2016, lorsque les sans-papiers arrêtés étaient au nombre de 23 758.

En plus des arrestations, la Patrouille des Frontières a refusé le retour au pays de 10 899 personnes.

Durant les 40 premiers jours de son gouvernement (du 20 janvier au 28 février), l’administration Trump a expulsé 17 926 Mexicains parmi lesquels il s’est avéré que seulement 5,3% d’entre eux possédaient un casier judiciaire pour kidnapping, détention d’armes ou trafic de drogue. Les 94,7% restants n’avaient commis que des infractions mineures qui, pour leur grande majorité, étaient des infractions routières et des violations aux dispositions migratoires. Et ce sont eux les Bad Boys de Trump.

La politique migratoire de ce régime a redonné du pouvoir aux forces de sécurité du Service de l’immigration et des douanes (Immigration and Customs Enforcement - ICE), et à son unité sœur, l’Agence de protection des douanes et frontières (Customs and Border Protection - CBP) qui sont les deux services de police les plus importants des États-Unis et qui disposent de pouvoirs absolus pour faire appliquer les lois de contrôle des frontières et migratoires. Tous deux peuvent mener des arrestations arbitraires, placer des postes de contrôle dans des villes ou entrer dans une propriété privée sans mandat de perquisition, et ne tiennent pas compte des mécanismes de responsabilisation, ce qui a permis que des homicides perpétrés par des agents des frontières restent dans une totale impunité, et de laisser les mains libres à ceux enclins à l’abus de pouvoir. De récents commentaires de responsables de ces forces policières font référence à leur satisfaction car “enfin on les laisse faire leur travail librement sans les restrictions imposées précédemment”.

L’ICE représente plus de 20 000 employés, répartis dans 400 bureaux aux États-Unis et dans 46 pays à l’étranger, et l’administration Trump a demandé d’en embaucher 10 000 de plus. John F. Kelly, le Secrétaire d’État à la Sécurité Intérieure, a déclaré : « Le Président Trump a été clair en affirmant que la mission cruciale du Département de la Sécurité Intérieure (D.H.S.) est de protéger la nation ». «  Il n’y a pas de plus grande vocation que de servir et protéger notre nation » et il a ajouté, « une mission que les hommes et les femmes de l’ICE réalisent avec professionnalisme et courage chaque jour ».

Une opération type est très remarquée, elle implique des équipes d’au moins cinq membres qui se lèvent à l’aube pour procéder à des arrestations avant que les gens ne sortent travailler ; une fois identifiés, ils les arrêtent et leurs passent les menottes. Les agents arrivent armés de pistolets semi-automatiques et vêtus de gilets pare-balles noirs, frappant à leurs portes et en s’annonçant comme « police ». Souvent, les enfants se réveillent et voient comment leurs parents sont appréhendés.

Les arrestations et les expulsions qui s’en suivent se font au hasard. Les passants sont arrêtés s’ils sont soupçonnés d’être sans-papiers, même s’ils n’ont commis aucun crime. Ils les arrêtent lorsqu’ils conduisent leurs enfants à l’école, se rendent au marché, à l’église, à leur travail et dans tout autre lieu.

Dès leur arrestation, ils sont isolés et perdent tout contact avec leurs familles. Lorsqu’ils sont expulsés, ils partent sans rien de plus que ce qu’ils portaient sur eux au moment de leur arrestation. On rapporte que certains sont expulsés en pyjama, sans argent, ni papiers d’identité.

Les personnes expulsées que nous avons rencontrées témoignent d’un profond sentiment d’impuissance, de dépression et de confusion, particulièrement celles qui n’ont déjà plus de liens familiaux ni d’appartenance à une communauté pour les soutenir dans leur lieu d’origine.

Le coût des expulsions est très élevé en termes humains mais aussi en termes économiques. Les familles sont séparées et doivent chercher de nouvelles solutions pour survivre. Si la personne expulsée est la mère, les jeunes enfants sont généralement envoyés chez des parents ou chez des amis à elle, les adolescents et les plus âgés ne trouvant aucun intérêt à aller dans un Mexique qu’ils ne connaissent pas et dont ils parlent à moitié la langue, et ils restent aux États-Unis.

Un exemple des malheurs qu’entraînent l’arrestation et les expulsions est celui d’une mère qui a été arrêtée et envoyée dans un centre de rétention migratoire. Au bout de six mois de détention, elle a été accusée d’abandon d’enfants mineurs, a perdu l’autorité parentale et sa petite fille a été placée sous la garde des Services Sociaux de l’état. De nombreux parents dont les enfants sont sous la garde du Service Social Américain, après leur expulsion, n’ont aucun moyen de savoir où se trouvent leurs enfants.

À ce jour, il y a près de 500 000 enfants mineurs nés aux États-Unis, enfants d’expulsés, inscrits dans le système scolaire mexicain où ils sont confrontés à de nombreux défis : s’adapter à un programme scolaire étranger, essayer de comprendre ce que les professeurs leur enseignent sans maîtriser l’espagnol ni avoir une idée des contenus, subir le harcèlement constant de leurs camarades de classe. Cela, ajouté à l’absence de programme de réinsertion et au manque de capacité des adultes à se battre contre ce traumatisme qu’ils partagent avec leurs enfants, fait que cette jeunesse passe par une situation difficile de confusion et de dépression qui aura certainement des conséquences pour son avenir.

D’autre part, les pertes économiques induites par les expulsions sont gigantesques. Beaucoup perdent leurs maisons dont l’hypothèque n’est plus remboursée, et ils perdent tous leurs droits acquis par année de travail et la fiscalité malgré la très importante contribution qu’ils apportent à l’économie, que ce soit celle du Mexique que celle des États-Unis.

La population d’origine mexicaine aux États-Unis représente près de 36 millions d’individus, parmi lesquels 24,5 millions sont issus de la deuxième et de la troisième génération, alors que 11 millions sont nés au Mexique, 5,8 millions sont sans-papiers et le reste a déjà réglé sa situation migratoire. Près de 70% de la population de sans-papiers sont arrivés il y a plus de 10 ans. On a calculé que les 25 millions de travailleurs migrants mexicains de la première et deuxième génération contribuent à 8% du produit intérieur brut des États-Unis.

L’Administration de la Sécurité Sociale (SSA) estime que les travailleurs illégaux ont versé près de 100 milliards de dollars au Fonds Fiduciaire de la Sécurité Sociale de 2004 à 2014. Cependant, comme ces personnes sont aux États-Unis sans-papiers, il est peu probable qu’elles puissent bénéficier de leurs contributions.

Les travailleurs illégaux versent près de 13 milliards de dollars par an en impôts pour la sécurité sociale et ils n’obtiennent environ que 1 milliard de dollars de remboursements, laissant au Fonds une contribution nette de 12 milliards de dollars, d’après les chiffres fournis par l’actuel chef de la SSA, qui estime que 7 millions des personnes sans-papiers travaillent actuellement aux États-Unis.

Tandis qu’au Mexique, les transferts de fonds expédiés ont atteint un total de 26 970 millions de dollars en 2016 (chiffres de la Banque du Mexique). L’État du Michoacan est celui qui dépend le plus de ces revenus, puisque les transferts de fonds sont équivalents à 9,9% de son PIB. Pour l’État de Guerrero, ce chiffre est de 7,8% et celui d’Oaxaca de 7,4%. Globalement, ils sont équivalents à 2,3% du PIB national, le plus important pourcentage en six ans.

Ces transferts de fonds que les migrants envoient pour que leurs familles survivent constituent un véritable « impôt sur la pauvreté », qui d’un côté, soulage la situation des familles et évite des explosions sociales, et d’un autre côté limite les possibilités des migrants de prospérer aux États-Unis en réduisant leurs maigres revenus de 10% en moyenne de ce qui est estimé que les migrants destinent à leurs envois au Mexique, en plus, les contributions directes des transferts de fonds des migrants au Trésor via la TVA à la consommation sur le marché intérieur, qui d’après la Banque du Mexique totalisent 5 milliards de dollars.

Cependant, dans le budget approuvé pour cette année par le Mexique (PEF-2017), seulement 0,0000001% du PIB est destiné à la protection des communautés de migrants et de leurs familles.

La comparaison entre le budget fédéral et cet « impôt sur la pauvreté » démontre clairement que les règles les plus élémentaires de compensation fiscale ne sont ni appliquées ni prises en considération.

Le budget consacré à la défense des migrants reflète la négligence du gouvernement mexicain envers ses ressortissants vivant à l’étranger qui déclarent sans cesse n’être importants et qualifiés de « héros » que lorsque le gouvernement comptabilise le montant des transferts de fonds envoyés, mais celui-ci n’est jamais présent pour défendre leurs droits ni faire face à leurs multiples besoins. Cependant, face à l’intensité des insultes et des menaces du nouveau président des États-Unis, les autorités mexicaines se sont senties obligées de les défendre à travers une véritable avalanche de déclarations où sont proposées de nombreuses stratégies pour répondre à la crise des migrants mexicains aux États-Unis, des migrants de retour et des expulsés.

Indépendamment de l’infinité de propositions d’aide qui ne se traduisent qu’en bonnes intentions ou seulement en rhétorique politiquement correcte, la réalité est qu’il sera très difficile pour le gouvernement du Mexique d’avoir la capacité d’influer sur la défense particulière de chacun des mexicains lésés.
Le budget fédéral du pays a été soumis à d’importantes coupes, particulièrement dans les domaines sociaux, essentiellement à cause de la baisse des ressources provenant de l’activité pétrolière qui a été transférée au secteur privé, au ralentissement de la croissance économique et cette tendance se maintient à la baisse. L’horizon à court terme semble montrer que la capacité de manœuvre du gouvernement mexicain sera gravement limitée en particulier face aux négociations en suspens du Traité de Libre-Échange qui, même s’il a frappé dramatiquement la microéconomie, a concentré la richesse dans quelques mains en favorisant l’augmentation des inégalités, a détruit la production agricole mexicaine et a expulsé du pays 3 millions de paysans mexicains, et n’a été efficace que pour consolider les indicateurs macroéconomiques qui, à présent, semblent être menacés par les intentions du Président Trump.

En attendant, les migrants mexicains aux États-Unis sont en train d’être expulsés au rythme de près de 800 personnes chaque jour, avant même que l’application des nouvelles dispositions migratoires n’ait eu le temps de se consolider, alors que les mesures d’aide, à ce jour, continuent de rester de bonnes intentions.

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