De la nécessité d’apprendre sur la diversité des genres

, par OpenDemocracy , STROOP Chrissy

La diversité
Crédit : James Molnar (CC BY 2.0)

Initialement publié en anglais sur OpenDemocracy, cet article a été écrit par une femme transgenre étasunienne en réaction à un article sur la communauté transgenre du Cachemire sous administration indienne.
En préambule, l’autrice résume en quelques lignes ce dernier article qui se concentre sur le rôle culturel de longue date que les femmes transgenres du Cachemire ont joué (et jouent encore) en tant qu’entremetteuses et artistes de mariage, ainsi que sur le harcèlement et la marginalisation qu’elles subissent, en commençant par leur propre famille.

En lisant cet article sur la communauté transgenre du Cachemire, j’ai été frappée de voir comment, même dans une culture généralement stricte et patriarcale, un espace reconnu – aussi marginal soit-il – a été créé pour permettre l’expression de la non-conformité de genre.

Cela m’a fait réfléchir à ma connaissance limitée, en tant que femme trans étasunienne, quant au vaste spectre humain des expériences historiques et contemporaines de la diversité des genres. Je suis désormais déterminée à en apprendre davantage en 2022. J’aimerais que les principaux médias étasuniens et britanniques s’engagent à faire de même : cela pourrait contribuer à une représentation plus juste et plus humaine des personnes trans et de leurs préoccupations.

Malheureusement, il est plus probable que même la BBC [1] continue d’écarter le problème avec des craintes fallacieuses de type des "centaines de genres qui n’ont pas de définitions légales". Les caricatures racistes à l’égard des approches non occidentales de la non-conformité du genre se poursuivront, comme par exemple de la notion de personnes "bispirituelles" [2] que l’on trouve dans de nombreuses sociétés autochtones étasuniennes, dans lesquelles ces personnes sont souvent des membres vénéré·es de leurs communautés.

Si le rejet instinctif de ce qui n’est pas familier est le chemin le plus facile vers le sectarisme et la discrimination, reconnaître que nous ne savons pas ce que nous ne savons pas est le meilleur moyen pour apprendre à faire mieux pour les personnes dont les expériences sont en dehors de notre champ d’action.

Ce point est important lorsqu’il s’agit de décolonisation. L’Empire britannique a imposé les rôles genrés et les mœurs sexuelles de l’époque victorienne (et les anxiétés qui en découlent) aux colonies qu’il occupait et administrait. Par exemple, la loi indienne interdisant les rapports sexuels entre personnes homosexuelles – qui a finalement été annulée [3] en 2018 – était une loi coloniale, uniquement inscrite dans les textes de loi en raison de la domination britannique.

Comme l’a montré [4] de manière convaincante l’ancienne camarade d’OpenDemocracy Arya Karijo, une personne transféminine kényane, la domination coloniale britannique a également œuvré pour éradiquer et effacer une variété d’identités de genres en Afrique. Bien sûr, les différents types d’identités trans et non binaires qui ont existé – et existent encore – dans le monde ont connu différents degrés d’acceptation, allant de la révérence à la marginalisation sévère.

Il serait erroné de toutes les mettre dans le même panier. Ou pour la communauté queer occidentale de se les approprier. Ou pour les Occidentales·aux de dicter des voies spécifiques de décolonisation en matière de genres et de sexualités dans les anciennes colonies.

L’existence même de cette diversité de genres révèle que l’argument religieux de droite selon lequel la défense des droits LGBTQ sont des "importations occidentales" est bien une manipulation. Depuis une dizaine d’années, certains chefs religieux [5] et politicien·nes ougandais·es, encouragé·es par des missionnaires occidentales·aux [6], avancent cet argument en prônant la peine de mort pour "homosexualité aggravée". Ces dernières années, la Russie de Poutine [7], de plus en plus autoritaire et christiano-centrée, a également été une source majeure de désinformation sur la nature prétendument "occidentale" des identités LGBTQ, nourrissant des courants "gauchistes" occidentaux – notamment le très visible contingent britannique de "féministes" radicales trans-exclusives (TERF) – pour déguiser leur haine anti-trans en critique "anti-bourgeoise" et "anti-colonialiste".

En fait, c’est tout le contraire. Les TERF sont des féministes blanches qui font preuve d’une mentalité impériale dans leur volonté d’effacer et de supprimer ceux et celles qui se situent en dehors des lignes de la binarité du genre. L’accueil chaleureux réservé aux TERF dans la presse britannique est sûrement l’une des raisons pour lesquelles, en septembre dernier, le Conseil de l’Europe [8] a annoncé qu’il "condamnait les attaques conséquentes et souvent virulentes contre les droits des personnes LGBTI qui se produisent depuis plusieurs années dans, entre autres, la Hongrie, la Pologne, la Fédération de Russie, la Turquie et le Royaume-Uni".

Nous vivons une période où la démocratie est en crise, où les réactions politiques se multiplient et où les droits humains sont bafoués. Dans ce climat, les personnes non-conformes à la binarité du genre sont de manière disproportionnée la cible de violences. Il est honteux que de nombreuses personnes qui s’identifient comme de gauche, ainsi que les principaux médias de sociétés prétendument démocratiques, jettent de l’huile sur le feu au lieu d’œuvrer à la protection et à l’inclusion de la population transgenre dans le cadre de la quête générale d’émancipation et d’égalité.

Selon le suivi effectué par Transrespect vs. Transphobia Worldwide [9], l’année 2021 a été marquée par un nombre record de 375 meurtres de personnes transgenres – un chiffre très sûrement en-deça de la réalité, car nombre de ces meurtres ne sont pas signalés comme des crimes haineux.

Cela me semble être une bonne raison pour les personnes attachées à la démocratie et aux droits humains de prendre la résolution d’en apprendre davantage sur la diversité historique et contemporaine des genres à travers le monde au cours de la nouvelle année.

Voir l’article original en anglais sur le site d’OpenDemocracy