L’économie verte soulage, mais ne soigne pas

Par Danilo Valladares

, par Inter Press Service (IPS)

Cet article à initialement été publié en portugais, et il a été traduit par Anapaula Maia, traductrice bénévole pour rinoceros

Les spécialistes de la région ont alerté que les pays de l’Amérique Centrale ne trouveront pas, dans ce que l’on appelle l’économie verte, des réponses concrètes aux questions concernant la pauvreté et les catastrophes naturelles tant que le modèle de développement basé sur la production et la consommation excessive est en vigueur.

Germán Rodríguez, coordinateur du Réseau National de Formation et Recherche Environnementale [1] au Guatemala a dit à l’IPS que tout effort destiné à protéger l’environnement et les ressources naturelles est « bon » mais qu’il a « ses réserves » à propos de l’économie verte.

Le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) a défini l’économie verte comme un système d’activités concernant la production, la distribution, la consommation de biens et services qui crée une amélioration du bien-être humain à long terme sans exposer les générations futures aux risques environnementaux et à une pénurie écologique définitive.
"Structurellement, il n’y a pas de changements réels car elle est encore régie par un modèle économique qui privilégie un mode de production" même si "elle représente un chemin vers une économie plus en harmonie avec l’environnement" affirme Rodríguez. Selon lui, changer le modèle de développement actuel "sera quelque chose de très complexe" et afin de l’obtenir "il faudra commencer par un changement d’attitude de la part des consommateurs" pour harmoniser leur attitude et la production avec la nature.

"Si le consommateur arrête d’acheter un produit, le producteur ne pourra plus le vendre", affirme Rodríguez. Dans ce cas, il considère que la promotion de l’éducation environnementale à travers les différentes structures du Ministère de l’Education et des universités est très importante, ainsi que les réglementations gouvernementales afin que les entreprises soient responsables pour les déchets qu’elles produisent.
La thématique environnementale s’est transformée en un sujet inévitable pour l’Amérique Centrale qui compte 43 millions d’habitants, notamment parce que cette région est l’une de celles qui souffre le plus des phénomènes climatiques extrêmes, bien que sa participation dans la contamination globale soit minime. L’étude "L’économie du changement climatique en Amérique Latine et au Caraïbes 2009", réalisée par la Commission Economique pour l’Amérique Latine et les Caraïbes (CEPALC) montre que la région rejette moins de 0,5% du total des émissions de gaz à effet de serre au niveau mondial.

Paradoxalement, une sécheresse en 2009 et les cyclones Mitch en 1998, Stan en 2005 et Agatha en 2010, attribués au changement climatique, ont laissé des centaines de milliers de victimes et causé de sévères dommages à l’infrastructure et à l’agriculture de la région, surtout au Nicaragua, au Honduras, au Salvador et au Guatemala. Ces catastrophes naturelles ne font qu’aggraver la pauvreté qui touche à peu prés la moitié de la population de l’Amérique Centrale, laquelle n’a pas encore réussi à s’en remettre.
"L’année dernière nous avons eu une croissance du PIB de 2,8%, mais les phénomènes hydrométéorologiques ont représenté un impact de 2,3% sur cette performance. Alors, de quelle croissance économique parlons-nous si nous ne prenons pas en compte les variables environnementales ?" demande Rodríguez.

Ricardo Navarro, membre de l’organisation non gouvernementale CESTA [2], et Les Amis de la Terre du Salvador, ont dit à l’IPS que "tant que le modèle de production et de consommation n’est pas remis en cause, les résultats de l’économie verte seront peu perceptibles. Bien que l’impact sur la nature se réduise avec l’économie verte pour chaque dollar produit ou consommé, face à l’augmentation de la production et de la consommation toute amélioration disparaît".

Selon Navarro, il faut construire un nouveau système politico-économique fondé sur une relation harmonieuse avec la nature. "Cela signifie produire et consommer dans les limites que la nature permet, tant au niveau de l’utilisation des ressources qu’au niveau du dépôt des déchets, tout en satisfaisant les droits humains fondamentaux".

Afin d’atténuer leurs impacts environnementaux, les pays de l’Amérique Centrale ont adhéré à des actions dans différents champs de production. En matière d’énergie, par exemple, le Costa Rica a réussi à produire plus de 80% de son énergie à partir de sources renouvelables. Son voisin, le Nicaragua, espère que 90% de son énergie soit également produite à partir de sources renouvelables d’ici 2016, tandis que le Guatemala envisage de faire de même d’ici 2022 e le pari est de 99% de l’énergie générée, selon les Ministères de l’Energie et des Mines de ces deux pays. Toutefois, les environnementalistes sont sceptiques en ce qui concerne ces décisions car même si ces objectifs sont atteints par ces efforts, on serait encore loin de parvenir à une économie verte.

"Les gouvernements de la région débattent entre implanter des politiques de développement et, dans le même temps, protéger les ressources naturelles", mais ils sont au milieu de grands intérêts privés, "lesquels à la fin, gagnent la partie et empêchent une économie verte d’exister", affirme Eddie Gallegos, membre de l’Association des Municipalités Intégrées par le Bassin et les Territoires de la Lagune de Apoio [3] au Nicaragua. Gallegos défend un changement des habitudes de consommation de façon à ce que : "si l’on quatre paires de chaussures, c’est l’occasion de nous demander si nous avons vraiment besoin de toutes ces paires. La clé est de diminuer la consommation de ceux qui achètent beaucoup et réduire la croissance de la population", a-t-il dit à l’IPS.

L’économiste guatémaltèque Fernando Carrera a dit à l’IPS que tant le développement durable que la reproduction économique sont très importants. Cependant, "la Chine montre qu’utiliser tous les moyens sans se préoccuper de la pauvreté et de l’environnement afin que l’économie se développe, a contaminé tout le pays et le reste du monde, de manière que les restrictions à caractère environnemental sont de plus en plus préoccupantes", a-t-il expliqué. Ainsi, Carrera pense qu’il est possible de dépasser le capitalisme, « même si pour le moment les êtres humains ne savent pas encore comment le remplacer par quelque chose de plus efficace ».

Lire l’article en portugais sur IPS

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