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Deux idées reçues sur le nucléaire

, par Agenda de la Solidarité Internationale

« Grâce à l’armement nucléaire, puisque nous sommes nés par erreur, peut-être mourrons-nous par erreur. » Coluche.

Idée 1 : C’est une énergie très peu polluante

Le nucléaire est souvent présenté comme une énergie « propre » car c’est une énergie qui émet moins de gaz à effet de serre que la combustion de pétrole, de gaz ou de charbon.
Pourtant, à toutes ses étapes, la filière nucléaire produit des volumes de CO2 non négligeables : extraction minière, enrichissement de l’uranium, fabrication, transport et retraitement des combustibles, construction et démantèlement des réacteurs nucléaires...
De plus, la filière nucléaire nécessite de recourir à des centrales thermiques à flamme lors des pointes de consommation, car contrairement à d’autres technologies, le nucléaire ne permet pas de récupérer la chaleur dégagée lors de la production d’électricité : il faut donc produire de l’énergie supplémentaire pour les besoins en chaleur.
Non seulement le nucléaire rejette du CO2, mais il présente des risques et il est une source de pollution. Pour produire de l’électricité, l’industrie nucléaire génère une multitude de substances radioactives à chaque étape de la filière. En France, ces déchets radioactifs sont en théorie recyclés à 10 % mais une enquête a montré qu’ils ne l’étaient en réalité qu’à 1,5 % [1] et ces déchets sont dangereux pendant des milliers voire des millions d’années Les pouvoirs publics prévoient d’enfouir les déchets radioactifs dans les sols, de façon définitive, en grande profondeur. Mais rien ne peut garantir la stabilité des roches sur la durée et la radioactivité remontera inévitablement à la surface en contaminant les eaux, les sols, l’air sur de très vastes territoires.
Il n’existe donc aujourd’hui aucune solution pour gérer les déchets nucléaires. La filière nucléaire pollue d’ores et déjà les eaux et les sols, notamment lors de l’extraction minière de l’uranium et parce que tous les réacteurs nucléaires rejettent de la radioactivité dans l’air et dans l’eau. Ces pollutions créent de véritables problèmes de santé publique. Une étude scientifique allemande a mis en évidence un surcroît de 117 % des leucémies infantiles jusqu’à 5 km de certaines centrales [2].
Il est indispensable de réduire et même de prévoir à terme la suppression du nucléaire et de développer des énergies de remplacement, notamment les énergies renouvelables aux effets secondaires moins dangereux pour l’homme et pour l’environnement.

Idée 2 : Les énergies renouvelables ne sont pas assez développées pour se passer du nucléaire

Centrales nucléaires / éoliennes, Montélimar, France, 2014. Photo Photogreuhphies cc by-nc-nd

Au niveau mondial, le nucléaire fournit à peine 2 % de l’énergie totale consommée (environ 16 % en France). Il ne représente plus que 10,8 % de l’électricité produite, en fort déclin depuis son pic historique à 17,6 % en 1996 [3]. Même la Chine, qui a pourtant le plus grand nombre de réacteurs nucléaires en chantier, produit depuis 2012 plus d’électricité éolienne que d’électricité nucléaire.
C’est bien la preuve qu’il est possible de faire des choix en matière énergétique qui réduisent notre dépendance au nucléaire, voire permettent de se passer d’énergie nucléaire. Ce sont des choix politiques qui sont déjà menés par certains pays.
Le recours aux énergies renouvelables (énergies solaire, hydraulique, éolienne, géothermie ou biomasse) est aussi l’option la plus durable car le nucléaire - à l’instar des énergies fossiles - n’est pas inépuisable. De plus, les énergies renouvelables produisent beaucoup plus que le nucléaire. En 2013, elles fournissaient près d’un cinquième de la consommation d’énergie du monde.
Plusieurs scénarios scientifiques montrent que les énergies renouvelables pourraient assurer 100% de nos besoins en énergie. Exemple : la démarche « négaWatt », qui encourage la sobriété énergétique dans nos usages individuels et collectifs, l’efficacité énergétique dans nos équipements et moyens de production et plus généralement, un recours aux énergies renouvelables.
En Allemagne, il suffirait d’équiper 10 % des surfaces construites (toits, murs des immeubles et bords des autoroutes) d’installations photovoltaïques4 pour répondre aux besoins en électricité du pays.
Le Danemark est quant à lui le premier pays au monde à avoir adopté une politique énergétique de réduction drastique de sa consommation énergétique qui doit lui permettre de couvrir 50 % de ses besoins énergétiques en 2030 et 100 % en 2050.
Différents scénarios scientifiques ont montré comment les énergies renouvelables pourraient assurer 100% de nos besoins en énergie. Ils ne doivent plus être ignorés et l’opinion publique doit savoir que des alternatives au système énergétique basé sur le nucléaire et les énergies fossiles existent, qu’elles sont déjà mises en œuvre et doivent être développées.

Que peut-on faire ?

* S’informer sur les différents scénarios de sortie du nucléaire pour pouvoir ensuite faire pression sur les décideurs
www.sortirdunucleaire.org/scenarios

* Pratiquer à son échelle l’efficacité énergétique, en réalisant dans son habitat des économies d’électricité (éteindre les appareils en veille, isoler et ne pas surchauffer son logement, abandonner le chauffage électrique...)

* Agir contre le nucléaire en rejoignant le réseau Sortir du nucléaire, en participant à ses actions, en se mobilisant sur le terrain
www.sortirdunucleaire.org/A-vous-d-agir

Notes

[1Déchets, le cauchemar du nucléaire, Eric Guéret, Laure Noualhat.

[2Office fédéral allemand de protection contre les radiations (Bundesamt für Strahlenschutz) / Université de Mayence, 2007.

[3Source : Sortir du nucléaire n°67, novembre 2015.

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