Burundi : conflits ethniques et violations des droits humains

2018 : bilan de trois ans de crise et de répression

, par Forum Réfugiés-Cosi

Trois ans après le début de la répression, des bilans très lourds

Dans un climat de tensions extrêmes et de répressions de toutes contestations, le président Nkurunziza, préoccupé par son maintien au pouvoir, laisse le pays s’enfoncer dans le chaos. Entre avril 2015 et le 6 mai 2018, la ligue burundaise des droits de l’homme « ITEKA » a recensé 1 710 meurtres, 486 cas de disparitions forcées, 558 victimes de torture et 8 561 arrestations arbitraires, majoritairement liés à la crise politique et à la répression du régime [1]. 430 000 Burundais ont fui les violences du régime de Pierre Nkurunziza depuis avril 2015 [2].
Dans un rapport paru en septembre 2017, la Commission d’enquête de l’ONU sur le Burundi, créée en 2016, s’appuie sur des témoignages faisant état des « violations souvent d’une cruauté extrême, en particulier des exécutions extrajudiciaires, des arrestations et détentions arbitraires, des disparitions forcées, des actes de torture » [3]. L’ONU qualifie ces violences de « crimes contre l’humanité » car ils sont « commis dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique lancée contre une population civile et en connaissance de cette attaque » (article 7 du Statut de Rome).
Le rapport fait état de la brutalité des forces de l’ordre lors des manifestations politiques, utilisant des tirs à balles réelles. La répression des manifestations est caractérisée par un usage « disproportionné et souvent indiscriminé de la force létale par les corps de défense et de sécurité ». Le rapport parle d’exécutions de plusieurs membres d’une même famille, d’exécutions indiscriminées lors d’opérations dans des quartiers jugés d’opposition, de l’enlèvement et la disparition de blessés à l’hôpital, de l’exécution sommaire de nombreux détenus. Les principales victimes sont des jeunes hommes, opposants ou supposés opposants au régime. Mais les membres de la famille sont également visés [4].
L’association burundaise Forum pour la conscience et le développement (FOCODE) a pour sa part documenté 40 cas de disparitions qui montrent l’implication particulière des forces nationales : la police nationale, le service national de renseignement, la garde présidentielle ; l’armée est également citée dans les enlèvements des militaires ex-FAB (militaires majoritairement Tutsi provenant de l’ancienne armée burundaise). Des enlèvements ont été également attribués aux membres des Imbonerakure. Ils exigent ensuite de la famille une rançon pour libérer leur prisonnier ou rendre son cadavre [5].

Les Imbonerakure

Les violations signalées par différentes ONG sont commises en majorité par des membres du service national de renseignement, de la police et de l’armée mais également par la Ligue des jeunes du parti présidentiel : une milice appelée « les Imbonerakure ».
La Ligue des jeunes du parti présidentiel CNDD-FDD, les Imbonerakure, est le fer de lance du régime : formée militairement, elle est utilisée pour appliquer la politique autoritaire et répressive du régime, terroriser la population, la surveiller, la contrôler et diffuser l’idéologie du parti. Cette ligue agit en toute impunité, sous le contrôle de l’État, ou seule. Les Imbonerakure sont présents dans toutes les provinces du pays et font régner la loi de la terreur. Leur radicalisation idéologique est croissante ainsi que leur militarisation.
Le 27 juin 2018, la commission d’enquête de l’ONU sur le Burundi a accusé la milice des Imbonerakure d’être la principale responsable des exactions commises durant la récente campagne pour le référendum constitutionnel (mai 2018). « Les Imbonerakure quadrillent le pays, renseignent les instances étatiques sur la présence d’opposants réels ou supposés dans chaque localité et sur chaque colline, harcèlent, contrôlent et intimident la population. Ils mèneraient également des opérations de police hors du cadre prévu par la loi et procèdent à des campagnes de recrutement forcées au sein du parti au pouvoir ou dans leurs rangs, ces campagnes donnant lieu dans plusieurs cas à des actes de torture ou des mauvais traitements  » [6].

Une société civile toujours active malgré la censure

Malgré les répressions et les menaces, la société civile est toujours active, au Burundi ou en exil, notamment pour porter à la connaissance de tous les exactions commises par le gouvernement, dénoncer le manque de dialogue et réclamer la médiation par les institutions internationales. C’est le cas des plateformes et ONG, par exemple la FOCODE qui signale les assassinats et les disparitions, ou encore le FORSC (Forum pour le renforcement de la société civile) qui dénonce le “terrorisme d’État” et publie régulièrement des articles et des rapports décrivant la situation de crise, les problèmes dans l’éducation, la démission des professeurs, l’abandon scolaire, la hausse des prix des médicaments, la crise des agriculteurs, des taxes illégales [7]

La presse est également menacée et l’offre médiatique au Burundi a diminué ces dernières années. Une quinzaine de radios privées a disparu après la tentative de coup d’État de 2015. L’Union burundaise des journalistes (UBJ), qui avait attiré l’attention sur la répression des médias dans le pays, a été interdite en octobre 2016. Selon reporters sans frontières (RSF), le Burundi figure à la 159e place sur 179 pays dans le classement mondial de la liberté de la presse 2018. Selon l’ONG Freedom House, des journalistes ont été arrêtés ou certains sont portés disparus. Ces menaces et le harcèlement subi favorisent l’autocensure mais également l’exploitation des réseaux sociaux pour continuer à informer, bien que les connexions à internet soient limitées aux zones urbaines [8]. Ainsi, Iwacu, l’un des derniers médias libre au Burundi, continue à publier des informations indépendantes et fiables en contournant la censure grâce aux réseaux sociaux [9].

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