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Deux idées reçues sur la finance

, par Agenda de la Solidarité Internationale

« Le secret est une religion dans le monde de la finance. Confidentialité et opacité sont en effet les deux mamelles de l’évasion fiscale. » Xavier Harel, journaliste français, La grande évasion : Le vrai scandale des paradis fiscaux.

Manifestation de « faux patrons » du CAC 40 dans le cadre de la campagne « Hold Up International » menée par Oxfam France et le CCFD-Terre Solidaire, Paris, janvier 2009. © Vincent Vidal / Oxfam

Idée 1 : L’austérité est nécessaire puisqu’elle permet d’enrayer la dette

Depuis la crise économique et financière de 2007, les dettes publiques des pays de la zone euro se sont envolées. L’austérité, c’est-à-dire la diminution des dépenses gouvernementales, a été mise en avant – par les gouvernements européens et par la troïka (alliance de la Banque centrale européenne, de la Commission européenne et du Fonds monétaire international) – comme le moyen de réduire la dette et revenir sur le chemin de la croissance. Concrètement, l’austérité a consisté à geler ou baisser les salaires et les pensions, à couper dans les budgets de l’éducation et de la santé, à multiplier les privatisations, etc.
Après plusieurs années de ce « traitement », les États commencent à douter de l’efficacité des politiques d’austérité. Elles n’ont pas fait revenir la croissance et ont, au contraire, ralenti l’activité économique. Elles n’ont pas davantage réussi à limiter les déficits publics. En effet, la dette publique a plus augmenté dans les pays qui ont appliqué les recettes de rigueur budgétaire. En Grèce, elle a explosé, pour passer de 136% du PIB début 2012 à 170% du PIB en 2015. En Espagne, elle est passée de 73% à 99% du PIB sur la même période. Et au Portugal, de 112% à 130% du PIB en un an1. Loin de se résoudre, les crises se sont aggravées, avec de graves conséquences sociales comme l’augmentation de l’extrême pauvreté et l’explosion des inégalités.
Les populations des pays du Sud connaissent très bien les dégâts engendrés par l’austérité. Dans les années 80, des dizaines de pays se sont déclarés incapables de rembourser leur dette publique. Le Fonds Monétaire International (FMI) a accepté de leur prêter de l’argent à condition qu’ils procèdent à des plans d’ajustement structurel (plans d’austérité) : gel des salaires, licenciements dans la fonction publique, privatisations... Ces nombreuses mesures néolibérales n’ont pas eu les effets escomptés (réduction des dettes, contribution positive au développement de ces pays) et ont aggravé les inégalités. Loin de résoudre les crises, l’austérité contribue à les aggraver. Les sociétés civiles en ont pris conscience et maintenant certains gouvernements également.

Idée 2 : Il n’est pas possible de lutter contre les paradis fiscaux

Les paradis fiscaux sont des territoires qui offrent la possibilité à des personnes ou des entreprises d’échapper à l’impôt, dans le plus grand secret et la plus grande opacité. Ils sont également un endroit plébiscité par les acteurs de l’économie criminelle (trafics d’armes et financement de guerres privées, argent de la prostitution et du trafic d’êtres humains, édition et mise en circulation de fausse monnaie, trafic de drogue, etc.).
De nombreuses multinationales placent leur argent dans ces territoires. On compte aujourd’hui 72 paradis fiscaux dans le monde, 150 000 sociétés offshores (entreprise localisée dans les paradis fiscaux, qui n’a pas obligation de dépôt des comptes et qui ne paie pas ou très peu d’impôts). Actuellement, 50 % du commerce mondial transite par les paradis fiscaux... Ce sont en premier les budgets des États qui pâtissent de cette évasion fiscale massive et les contribuables qui sont sollicités pour la compenser en partie.
En avril 2016, un consortium international de journalistes d’investigation révèle que des milliers d’anonymes ainsi que de nombreux chefs d’État, des milliardaires, des célébrités ont dissimulé leur fortune dans les paradis fiscaux. Cette affaire des Panama Papers a encore prouvé à quel point l’évasion et la fraude fiscales étaient des pratiques répandues. Pourtant, le fait que de tels scandales soient révélés incite à l’optimisme : les Panama Papers ont provoqué l’ouverture de nombreuses enquêtes dans le monde et conduit le Premier ministre islandais et un ministre espagnol à la démission. Côté législation internationale, c’est l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) qui pilote une réorganisation du système fiscal international pour le rendre moins opaque et plus juste, en déjouant notamment les stratégies des multinationales pour échapper à l’impôt. La commission européenne a également présenté début 2016 un programme de lutte contre l’optimisation fiscale des multinationales.
Avec la multiplication de scandales autour des paradis fiscaux, l’activité des banques pourrait être - à l’avenir - beaucoup plus surveillée et des sanctions pourraient être prononcées contre celles accusées de fraude fiscale ainsi que contre les grandes fortunes et les multinationales qui ont recours aux pratiques d’évasion fiscale. La pression citoyenne doit se poursuivre pour exiger une autre fiscalité internationale. N’oublions pas que l’argent détenu dans les paradis fiscaux correspond à 4 fois le montant nécessaire pour éradiquer la faim dans le monde2 !

Que peut-on faire ?

S’impliquer dans des campagnes et des actions pour mettre fin aux paradis fiscaux et réclamer une justice fiscale
www.stopparadisfiscaux.fr
www.globaltaxjustice.org
www.oxfam.org/fr/campagnes/egalite/une-semaine-daction-pour-la-justice-fiscale

Interpeller les élus français et européens pour obtenir la transparence fiscale, dévoiler les pratiques d’évasion et réformer la finance internationale

S’informer et agir avec le CADTM, le Comité pour l’abolition des dettes illégitimes
http://cadtm.org/Francais

Rejoindre les campagnes qui régulièrement disent « stop » à l’austérité au niveau national, européen, international.

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