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Dossier La lutte pour la survie et la justice climatique en Afrique du Nord

Le défi pour l’Équateur : Les droits de la Terre-Mère ou bien la poursuite de la colonisation de la Nature

, par ACOSTA Alberto

L’accumulation du matériel, c’est-à-dire la compilation mécanique et interminable des biens, est considérée comme du progrès, mais elle n’a aucun avenir. Si nous voulons empêcher l’effondrement de la capacité d’absorption et de la résilience de la Terre, nous devons arrêter de voir les écosystèmes comme étant seulement des ressources pour la croissance économique ou comme simplement des objets pour les politiques de développement. Bien évidemment, il faut admettre que l’humanité existe en communauté, voire en relation avec les autres êtres humains et en tant que partie prenante de la Nature, sans entrer dans un rapport de domination.

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Le Président équatorien, Rafael Correa, levant sa main recouverte de pétrole pour montrer la pollution dans l’Amazone.

Ceci nous amène à accepter que la Nature, en tant que construction sociale, doit faire l’objet d’une réinterprétation et d’une révision complète si nous ne voulons pas compromettre la vie humaine sur la planète. Toute réflexion doit commencer par la reconnaissance que l’humanité ne peut exister en dehors de la Nature et que cette dernière a des limites biophysiques.

Une relation complexe avec la Nature

Le capitalisme tente d’élargir les marges de manœuvre en commercialisant de plus en plus la Nature. Les marchés de carbone et les services environnementaux sont des exemples de l’expansion la plus récente dans l’objectif d’entretenir l’accumulation du capital. L’air, le climat et même la Terre sont en train d’être colonisés, transformés en marchandises et privatisés. Que le serpent continue de se dévorer la queue en mettant en danger sa propre vie et l’existence de l’humanité ne semble plus avoir d’importance.

Cet exercice néolibéral extrême transforme les capacités de la Terre-Mère en affaires commerciales. L’atmosphère est de plus en plus transformée en une nouvelle marchandise, conçue, réglementée et gérée par les mêmes acteurs qui sont responsables de la crise écologique du climat et qui reçoivent aujourd’hui des subventions gouvernementales, en guise de récompense. Rappelons que ce processus de privatisation du climat a été initié durant l’ère néolibérale et soutenu par la Banque mondiale, l’Organisation mondiale du commerce et les traités complémentaires. Bref, ces instruments de ce qu’on appelle "l’économie verte" n’empêchent pas la destruction de la Nature.

L’Amérique latine comme un grand exportateur de la Nature

On raconte que l’explorateur allemand Alexander Von Humboldt, séduit par la géographie, la flore et la faune de l’Équateur, voyait ses habitants comme des mendiants assis sur un sac plein d’or. En quelque sorte, Alexander Von Humboldt a confirmé la poursuite de la colonisation de la nature dans l’ère postcoloniale.

Notre continent, comme l’Afrique et l’Asie, a été intégré au marché mondial en tant que fournisseur de ressources primaires, il y a plus de 500 ans. De cette région provenaient l’or, l’argent et les pierres précieuses qui ont financé l’expansion de l’Empire espagnol et l’émergence du capitalisme en Europe centrale. Depuis, ces territoires américains, particulièrement ceux du Sud, ont assumé une position de soumis et de subordonnés dans le contexte international, en se spécialisant dans l’extraction des ressources naturelles pour le marché mondial.

Bien que nous sachions qu’il est impossible de continuer sur l’actuelle voie prédatrice, l’esprit de domination reste à être surmonté. L’illusion d’un extractivisme puissant, exprimé par la métaphore de Humboldt, persiste. Afin de défendre la loi minière, qui était inconstitutionnelle, le Président équatorien a utilisé cette même métaphore en 2009 : "Nous ne reviendrons pas sur la loi minière car un développement responsable du secteur minier est essentiel au progrès du pays. Nous ne pouvons pas nous asseoir comme des mendiants sur un sac d’or".

Défendre les droits de la Nature en Équateur

Au niveau mondial, l’Équateur est un pays pionnier dans la reconnaissance des droits de la Nature et la promotion de cette notion comme une réponse majeure à l’actuelle crise de civilisation. Pourtant, en dépit des développements constitutionnels de 2008, plusieurs lois soutenues par le gouvernement se trouvent en contradiction avec les principes constitutionnels dans le domaine des droits environnementaux, et particulièrement les droits de la Nature.

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Le Parc national de Yasuni en Equateur.

Il convient toutefois de souligner la confirmation d’un premier système judiciaire pour la Nature aux Galápagos ainsi que l’acceptation d’une action constitutionnelle pour la protection des droits, inspirée par les droits de la Nature, contre le gouvernement provincial de Loja en 2011, pour avoir pollué la rivière Vilcabamba.

Il ne serait pas facile de cristalliser les transformations des droits de la Terre-Mère en Équateur, malgré les dispositions constitutionnelles, et nous savons aussi que leur reconnaissance serait encore plus complexe à l’échelle mondiale. Les droits de la Nature touchent aux privilèges des cercles du pouvoir, qui mettraient tout en œuvre afin d’interrompre ce processus de reconnaissance des droits de la Nature. Pourtant, il nous appartient d’envisager une civilisation en dehors de l’interminable exploitation capitaliste de la Nature.

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