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Dossier Introduction

Luttes populaires autour des problématiques énergétiques et urbaines en Inde

, par Intercultural Resources

L’ensemble de ce dossier a été traduit de l’anglais vers le français par plusieurs membres de l’équipe de traducteurs bénévoles de Ritimo. Le dossier original est en ligne ici : People’s struggles on Urban and Energy related issues.

L’article de présentation du dossier ci-dessous à été traduite par Pierre Bourgeois, également traducteur bénévole pour Ritimo.

Introduction

Le dossier Luttes populaires autour des problématiques énergétiques et urbaines en Inde constitue la suite du dossier Les luttes populaires en Inde publié pour la première fois en 2011. Ce dossier comprend 15 articles traitant des vastes mouvements sociaux en Inde qui luttent contre les problèmes énergétiques et urbains. Les articles de ce dossier sont basés sur les luttes, dans le cadre de divers contextes et processus régionaux, émanant des contestations du programme de développement de l’État. Certains de ces mouvements sont l’expression des voix discordantes qui reflètent la négligence de l’État en matière de sécurité sociale et économique élémentaire.

Il se produit en Inde une urbanisation rapide qui se manifeste à la fois par l’expansion des villes actuelles, ainsi que par l’apparition de nouveaux centres urbains autour de ceux qui existent déjà. Cette croissance urbaine effrénée, en grande partie générée par les politiques et les ressources financières gouvernementales, à causé de graves problèmes et soulevé de nombreuses questions liées à la durabilité de tels procédés de développement, et à l’inaction du gouvernement face aux problèmes d’augmentation du chômage chez les jeunes citadins, l’incapacité de contrôler l’exode massif vers les villes, et l’explosion du nombre de bidonvilles, entres autres Tout ceci soulève également des inquiétudes concernant les moyens de subsistance, la santé, la sécurité alimentaire, l’approvisionnement en eau, les services sanitaires, la gestion des déchets solides, etc.

Les politiques néolibérales inaugurées au cours des années 90 auxquelles s’ajoute le retrait de l’État des programmes d’assistance publique ainsi que l’introduction de la privatisation des services essentiels, ont mené à une transformation substantielle de la gouvernance urbaine. De nouvelles formes de partenariat public/privé sont explorées pour fournir les services essentiels aux citoyens. Le rôle de plus en plus grand du secteur privé a provoqué un fort mécontentement et a conduit à la détérioration des services fournis. Il en a résulté une crise urbaine qui se distingue par des infrastructures inadéquates, des irrégularités financières qui ne font qu’augmenter l’écart entre les groupes de revenus, un écart de plus en plus grand entre les riches et les pauvres, et des divisions sociales abruptes qui entraînent de nombreuses protestations contre l’État afin de réclamer une planification urbaine cohérente, décisive et vigoureuse.

Les mouvements sociaux urbains dont il est question dans ce dossier sont le fait de citadins qui remettent en cause ces développements et qui expriment leurs inquiétudes par diverses formes d’action contre les politiques de l’État.

Cette poussée du développement a provoqué une demande croissante en énergie, particulièrement dans le domaine de la consommation d’électricité. Puisqu’il s’en suit un épuisement des ressources naturelles, une destruction de l’environnement et des moyens de subsistance — notamment pour les communautés tribales vivant autour de ressources naturelles comme le charbon, l’uranium, etc. —, le gouvernement s’est engagé sur la voie du nucléaire afin de ralentir la demande sans cesse croissante en énergie.

Le nucléaire représente la quatrième source d’énergie en Inde après l’énergie thermique, l’énergie hydroélectrique et celle qui provient d’autres sources renouvelables. Au cours des dernières décennies, l’Inde a manifesté un grand enthousiasme pour la construction d’un grand nombre de centrales nucléaires dans le but de réduire sa dépendance aux combustibles fossiles, et de se tourner vers des formes d’énergie « plus propres ». L’Inde envisage de produire plus de 25 % de son énergie au moyen du nucléaire. Cet ambitieux projet d’expansion de cette source d’énergie a soulevé plusieurs questions au sujet des énormes coûts impliqués, des questions de sécurité, de la peur croissante de la prolifération nucléaire, et de la menace qu’elle représente pour la population de l’Inde et de tout le sud de l’Asie. De grandes manifestations, au cours desquelles la sécurité de tels projets est mise en cause, se produisent depuis longtemps sur presque tous les nouveaux sites nucléaires

Présentation des articles

Dans cette édition spéciale sur les luttes populaires en Inde, nous présentons un groupe d’articles traitant des mouvements sociaux urbains et des luttes en lien avec l’énergie. Il réunit 15 articles de plusieurs auteurs qui décrivent et font l’analyse des protestations suite à la mise en place de politiques de l’État et de ses agences dans tout le pays. Ces articles font tous état de la même préoccupation face au besoin de redéfinir les relations entre l’État, les citoyens, les investissements et l’environnement.

L’article Le statut des marchands ambulants à New Delhi, par Sadafut Tauhid raconte la lutte des marchands ambulants à New Delhi et leur stratégies pour contrer les agences de l’État en sauvegardant leur droit à la vie et à un moyen d’existence. L’article montre l’ironie des politiques de l’État ainsi que les luttes réelles des marchands, et comment ils supportent tout le poids du harcèlement et des mauvais traitements infligés par la police.

La monopolisation des ressources urbaines : le cas du Club de golf d’Hyderabad, par Vasundhara Jairath, révèle les magouilles entourant la construction d’un Club de golf à utilisation publique dans la ville de Hyderabad dans l’Andhra Pradesh, un état du sud de l’Inde. L’article expose l’incroyable niveau de corruption et la mauvaise appropriation des ressources, tout comme l’usage détourné des politiques gouvernementales. Il relate par ailleurs comment le gouvernement d’Andhra Pradesh a délibérément mal interprété le terme "utilité publique" afin de faire en sorte d’en faire profité un groupe privé, le Hyderabad Golf Association (HGA).

Dans la ville d’Ahmedabad située dans la partie ouest de l’Inde, la récupération manuelle des déchets est très répandue,et son éradication n’est pas facile en dépit des mesures constitutionnelles qui l’interdisent. Les Balmikis, qui s’adonnent à cette pratique des plus dégradante, ont combattu sur plusieurs fronts pour obtenir une hausse de leur statut économique et social, ainsi que leur reconnaissance par la société. L’article Les Intouchables : les luttes des travailleurs Dalits, par PT George, traite spécifiquement de certains des problèmes auxquels font face les travailleurs Dalits du service des égouts de la ville d’Ahmedabad, et comment leurs luttes ont forcé une intervention judiciaire qui a mené à des changements de politique qui ont aidé à protéger les droits des travailleurs d’égouts ainsi qu’à améliorer leur statut social.

L’article Assauts antisyndicalistes d’un géant de la construction automobile : la lutte des ouvriers de Maruti Suzuki, par Rakhi Sehgal, raconte la lutte des travailleurs de la Maruti Suzuki India Ltd. (MSIL), le plus grand fabriquant d’automobiles de l’Inde, où la privatisation et le désinvestissement ont miné les droits des travailleurs. Cet article lève le voile sur la longue lutte des travailleurs de Maruti et montre comment l’entreprise a systématiquement écrasé les syndicats et conspiré avec le gouvernement pour brimer les droits des travailleurs et leur mouvement.

Toujours sur le sujet de la lutte des travailleurs dans l’industrie, un autre article raconte les histoires crève-cœurs de la lutte des ouvriers de l’agate dans la ville de Khambat (ou Cambey) dans l’état du Gujarat, situé dans la partie ouest de l’Inde. Cet article, Le tueur silencieux : les travailleurs de l’agate de Khambhat combattent la silicose, de PT George, se concentre sur la façon dont des milliers de travailleurs de l’agate sont victimes de cette maladie mortelle qu’est la silicose — une des plus anciennes maladies professionnelles qu’ait connue l’humanité. Cette histoire révèle l’apathie de l’État lorsqu’il s’agit d’apporter un aide adéquate aux malheureuses victimes de la silicose.

Un important nombre de travailleurs saisonniers dans la capitale New Delhi tirent un pousse-pousse à vélo pour gagner de l’argent rapidement et pour venir en aide à leurs familles restées dans leurs villages. Plusieurs de ces travailleurs saisonniers, qui proviennent des états voisins de New Delhi, migrent vers les villes en raison du manque d’emplois dans le village. L’article, La lutte des tireurs de pousse-pousse de New Delhi pour survivre, par PT George, révèle certains des problèmes et des défis auxquels les tireurs de pousse-pousse sont confrontés quotidiennement alors qu’ils doivent faire ce travail pas très prestigieux, pour subvenir à leurs besoins.

Au cours des 50 dernières années, le secteur de la construction a connu un grand essor dans les villes importantes comme New Delhi, Mumbai, Chennai et Bangalore. La croissance de l’emploi dans ce domaine a été impressionnante et on considère cette industrie comme l’une des plus importantes pour le développement national en Asie. Cependant, si l’on fait une analyse critique du secteur de la construction, on constate qu’il y existe des problèmes graves en ce qui concerne les conditions de travail, les modes d’embauche, la migration et les cycles d’exploitation. L’article Travail informel et dynamiques du secteur de la construction en Inde, de Praveen Verma, lève le voile sur les mythes du redressement des « irrégularités », mais avec des moyens différents, ainsi que la présence d’une importante main-d’œuvre captive sur les grands sites, faisant souvent partie du secteur public, qui est semble-t-il davantage légal, contrôlé et normalisé.

L’industrie indienne de l’externalisation des procédés commerciaux est souvent présentée comme un exemple de ce qu’un pays peut accomplir avec des marchés libres. L’article Organiser les salariés du secteur de la sous-traitance (BPO) en Inde, par Tarun Kanti Bose, démystifie l’utilisation faite par les centres d’appel des avantages comparatifs du pays, particulièrement en ce qui concerne sa main-d’œuvre anglophone à bon marché. L’article sur le secteur BPO cherche à révéler plusieurs affirmations communément acceptées faites par l’industrie du BPO, et expose l’exploitation et l’incertitude qui se cachent sous la surface de cette industrie.

L’accès à l’eau a largement été reconnu comme un droit fondamental et les Nations Unies ont même déclaré que « le droit à une eau potable, salubre et propre, ainsi qu’à des installations sanitaires, est essentiel à la jouissance de la vie et à l’exercice de tous les droits humains ». La Constitution indienne garantit également à tous les citoyens le droit fondamental à l’égalité, à la vie et à la liberté individuelle, et plusieurs cours ont établi que le droit à l’eau fait partie de la garantie constitutionnelle du droit à la vie.

La ville New Delhi, qui a une longue histoire de gestion de l’eau, fait maintenant face à une grave pénurie. Avec une rivière morte, qui était une source importante d’eau potable, et une gouvernance de cette ressource qui empêche les citoyens les plus vulnérables d’avoir accès à l’eau, la majorité des 18 millions de résidents de cette ville doivent faire la queue pour obtenir de l’eau fournie par le gouvernement ou des réservoirs privés, car l’approvisionnement par l’aqueduc est soit tari ou non disponible. L’article Les mouvements de l’eau à Delhi, par Tarini Manchanda, porte sur les mobilisations des populations pour l’accès à l’eau au sein de la capitale.

La récente panne électrique générale en Inde est considérée comme la plus importante de l’histoire de ce pays. Dans les jours qui ont suivi, il y a eu un débat intense sur les réformes de l’énergie en Inde, et, comme il fallait s’y attendre, des demandes pour davantage de des réformes. Environ 12 ans plus tôt, l’Inde avait vu naître la plus importante grève des travailleurs du secteur de l’énergie au sujet des réformes énergétiques. Grève historique des employés de l’électricité dans l’Uttar Pradesh, écrit par Rakhi Sehgal, raconte la saga des réformes énergétiques qui ont commencé au début des années 90, et des manifestations des travailleurs de l’énergie pour s’opposer à la privatisation. En dépit de la privatisation de la production et de la distribution de l’électricité, la situation ne s’est pas beaucoup améliorée. La grève des travailleurs du secteur de l’électricité de l’U.P. constitue une bataille légendaire contre la privatisation et l’acquisition des avoirs publics par les entreprises, au nom de la compétitivité et d’une amélioration de la gouvernance

Dans le Nagaland, un état du nord-est, depuis trente ans, la communauté de Lotha Naga livre un combat contre la Oil and Natural Gas Corporation Ltd (ONGC), une puissante entreprise du secteur public, dans le but de récupérer ses droits sur les ressources de la communauté. L’article Les droits des communautés sur les ressources : la lutte des Lotha Naga contre ONGC, de Susana Baria, révèle comment la puissante ONGC a violé les droits de la population de Nagaland pour ce qui est du contrôle et l’exploitation de leurs ressources naturelles. Dans cet article, l’auteure a également réussi à percer le mystère entourant la complicité entre les gouvernements du Nagaland et de l’Inde, dans le but de violer les droits collectifs ancestraux des populations autochtones. Cette lutte met en lumière les tentatives de la ONGC pour corrompre moralement et financièrement les membres de la communauté afin de faire taire leurs revendications au sujet des ressources pétrolières, puisqu’elles freinaient les plans de l’entreprise.

L’article Centrale nucléaire de Kudankulam : le cœur du désastre, par Tarun Kanti, relate que depuis le mois d’août 2011, l’Inde a connu des manifestations très répandues contre la mise en opération de la première de deux centrales de 1000 MW dans le cadre du Projet de centrale nucléaire de Kudankulam (KKNPP). Alors que des manifestations ont eu lieu à Kudankulam depuis le début du projet en 1988, la mise en opération imminente des réacteurs a déclenché, avec raison, une vague d’inquiétude au Tamil Nadu et à tout l epays, notamment suite à au l’incontrôlable et dévastateur accident à Fukushima,au Japon. Le Mouvement populaire contre le nucléaire (People’s Movement against Nuclear Energy – PMANE) a réalisé une critique complète du projet, sur des bases environnementales, économiques, humaines et sécuritaires. Cependant, les médias conventionnels et les décideurs continuent à n’y voir qu’un problème de relations publiques.

New Delhi, la capitale de l’Inde, avec sa population de plus de 17 millions d’habitants, sera bientôt exposée aux dangers du nucléaire. La Nuclear Power Corporation of India Ltd (NPCIL), qui est le bras armé du nucléaire au sein du gouvernement indien, en collaboration avec le gouvernement de l’état de l’Haryana, fait pression pour installer une énorme centrale dans la province de Fatehabad située à environ 160 km de New Delhi. L’article de Soumya Dutta, Menace nucléaire sur Delhi : lutte contre la proposition de centrale nucléaire à Gorakhpur, raconte le mouvement de protestation populaire sur le site lui-même. Le canton proposépour la centrale sera érigé sur des terrains acquis du village de Badopal (20 000 habitants) le long de la route principale qui mène à la ville de Fatehabad (plus de 60 000 habitants), ce qui viole les normes d’implantation de l’AERB (Atomic Energy Regulatory Board). En cas de fuite radioactive importante, ce projet mettrait sérieusement en danger la sécurité de centaines de milliers de personnes. Bien qu’au début certains villageois aient plutôt bien accueilli le projet, pensant qu’il ferait augmenter le prix de leurs terrains, ils s’y sont ensuite fortement opposé à travers une occupation permanente des lieux , face au mini-secrétariat de la ville de Fatehabad, à partir du 17 août 2010.

Le gouvernement indien prévoit la construction de la plus importante centrale nucléaire au monde à Jaitapur dans l’état occidental de Maharashtra. Le site est un endroit important pour la biodiversité et il présente une activité sismique considérable. Dans son article, Centrale nucléaire de Jaitapur : une nouvelle catastrophe à l’horizon, Tarun Kanti Bose décrit les effets dévastateurs de cette nouvelle centrale. Ce projet, non fondé, onéreux et dangereux, met en péril tant la santé de la population que le territoire, raison pour laquelle il est violemment contesté. Cet ensemble si important en termes de biodiversité que représente le merveilleux écosystème de Konkan, situé dans la région côtière du Maharashtra, en serait possiblement la première victime. La NPCIL (Nuclear Power Corporation of India Limited) prévoit de construire six centrales de 1650 MW dans cette région, autour du port de Jaitapur, dans la province de Maharashtra Ratnagiri. Le gouvernement indien a ignoré les manifestations et a décrété l’acquisition de 2300 acres de terrain en vertu de la loi sur l’acquisition des terres (Land Acquisition Act). Cette loi a été de plus en plus utilisée au profit d’entreprises privées et pour faire aboutir des projets qui mettent les populations en danger. En raison des constructions rapides qui se font à Jaitapur, des montagnes seront nivelées, des arbres déracinés, l’économie de l’horticulture et des pêches sera détruite, mettant ainsi en péril la survie de 40 000 personnes.

Les articles de ce deuxième dossier sur Les luttes populaires en Inde sont une tentative pour attirer l’attention critique des lecteurs sur les affirmations qui émanent de la situation du programme de développement et des luttes populaires qui en découlent pour contester la vision de l’État et de ses agences. Les mouvements sociaux dont il est question dans ce dossier mettent en lumière les luttes en cours tout comme leurs accomplissements. Ces articles sont écrits par des personnes de toutes conditions sociales, profondément impliquées dans des mouvements sociaux et des luttes populaires locales, et qui réalisent des travaux de recherche et écrivent sur ces questions. Ainsi, les auteurs font profiter de leurs expériences, de leurs grandes connaissances de leurs stratégies, ainsi que de leur volonté d’analyser ces questions sur cette base. De plus, plusieurs des luttes présentées ici l’ont été dans le contexte de l’économie politique mondiale et du système néolibéral contemporain. Pour des puissances économiques et politiques mondiales comme l’Inde et d’autres pays du sud et du sud-est de l’Asie, l’Amérique latine est devenue un terrain de chasse pour de la main-d’œuvre à bon marché, des matières premières et d’autres ressources naturelles qui peuvent facilement être exploitées grâce aux failles existantes dans les accords politiques et économiques internationaux. Ce dossier continue à refléter la diversité et la multiplicité des luttes contemporaines en Inde, tout en fournissant une base solide pour la contestation des politiques néolibérales de l’État et la destruction collatérale de la vie, de la nature et des ressources.

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