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Dossier Promotion des DESC dans le secteur de l’artisanat au Mali

La formation technique et professionnelle : un soubassement essentiel pour la mobilisation et la revendication des droits

, par TDHF

Depuis 1994, GUAMINA et TDHF participent activement au développement du secteur de la formation professionnelle. Un engagement qui s’est poursuivi dans le cadre du PAPDESC.

Entre 1994 et 2002, deux vastes programmes de formation technique et professionnelle furent mis en oeuvre par GUAMINA et TDHF. Leurs objectifs : contribuer à l’insertion socioprofessionnelle des jeunes en difficulté, sans emploi et participer à l’émergence de la petite entreprise artisanale par le développement d’une offre de formation accessible et adaptée aux besoins du secteur.
Leur bilan : 4 700 jeunes et 5 800 artisans formés et/ou mis à niveau dans leur métier respectif, renforcés en matière de gestion d’entreprises et appuyés dans la mise en place et le développement de leurs activités de production.

Outre ces formations, ces deux programmes contribuèrent également de manière significative au développement du dispositif national de la formation technique et professionnelle. Ce fut surtout le cas grâce à l’introduction dans ce dispositif de l’approche du tutorat dont GUAMINA fut, à l’échelle nationale, la principale instigatrice. (Voir la fiche de capitalisation n° 1)

Le PAPDESC, lancé dans la foulée de ces deux premiers programmes, opta pour une approche différente basée sur les droits, sur leur revendication et leur exigibilité. Il s’agissait dès lors moins d’organiser la formation des artisans que de les sensibiliser, les informer et les inciter à s’organiser pour revendiquer auprès de l’État le respect de leur droit à la formation, un droit que garantit l’article 6 du Pacte International relatif aux droits économiques, sociaux et culturels que le Mali a ratifié en 1974.
C’est cette vision qui guida GUAMINA et TDHF dans la conception, puis dans la mise en œuvre du PAPDESC et qui permit la mise en place, au sein du secteur de l’artisanat, des dynamiques et des mécanismes de mobilisation et de revendication présentés dans les fiches précédentes.

Pour autant, tout au long du PAPDESC, GUAMINA est restée directement engagée dans le secteur de la formation technique et professionnelle et a ainsi continué à appuyer, certes de manière plus limitée, l’organisation de ce type de formations.

Un choix stratégique que Madani Koumaré, chargé de programme au sein de l’organisation, explique en ces termes : « Malgré d’intéressantes évolutions ces dernières années, la demande en formation reste énorme et, pour les artisans, les enjeux sont très importants. Ces formations sont essentielles au développement de leurs activités et donc du revenu qu’ils en tirent… un revenu qui reste le plus souvent très limité. C’est pourquoi ils vivent encore, pour la plupart, dans des conditions difficiles. Ce sont des préoccupations auxquelles il est difficile de ne pas répondre. Et nous avons rapidement compris que l’appui que nous pouvions donner, c’était aussi une manière de stabiliser les artisans, d’améliorer leurs conditions de vie, ce qui est indispensable lorsqu’on essaye de les mobiliser autour de la défense de leurs droits. Comme on dit chez nous :» le sac vide ne tient guère droit” . Nous ne voulions pas être des marchands d’illusions en faisant de l’activisme béat autour des droits. L’articulation entre l’appui direct aux artisans et leur mobilisation autour des droits était en ce sens nécessaire. »

Cet engagement continu de GUAMINA dans le secteur de la formation se déclina sous différentes formes.

Un appui financier tout d’abord. Le Fonds d’appui à la formation professionnelle et à l’apprentissage (FAFPA), un fonds public créé en 1996, qui prend en charge 75 % des frais de formation, les 25 % restant étant à la charge des associations professionnelles, des montants qu’elles ne sont pas toujours en mesure d’assumer seules et que GUAMINA a dû parfois partiellement prendre en charge : ce qui a permis l’organisation d’une dizaine de formations techniques au profit d’environ 200 artisans.

Un appui en ingénierie ensuite. Dans le cadre du PAPDESC, GUAMINA a développé plusieurs modules relatifs aux DESC et aux techniques et stratégies de leur revendication et de leur exigibilité. Ces modules furent diffusés, partagés et intégrés de manière transversale dans les différentes formations techniques organisées avec l’appui du programme.

C’est un acquis sur lequel GUAMINA entend capitaliser à l’avenir, comme l’explique Madani Koumaré. « Les modules sur la gestion d’entreprise font maintenant partie intégrante des programmes de formation, ce n’était pas le cas avant. Pour les DESC, nous voulons faire la même chose ». Et d’ajouter : « Nous avons remis ces modules à l’Institut national de l’ingénierie de formation (ex : les Unités de Formation et d’Appui aux Entreprises), c’est une option que nous discutons directement avec eux »

Un appui organisationnel enfin. Dans la mise en œuvre du tutorat, la Cellule Opérationnelle pour la Formation Professionnelle et l’Apprentissage (COFPA) joue depuis 2003 un rôle tout à fait central. La COFPA a été créée par les deux principales structures de représentation des artisans (l’APCMM et la FNAM) qui, soucieuses de travailler de manière plus coordonnée, lui ont confié la responsabilité de l’organisation et du suivi de l’apprentissage dans les ateliers tout d’abord et dans les centres de formation ensuite.

Dès le lancement du PAPDESC, la COFPA fut impliquée et, en tant que partenaire stratégique, elle participa activement aux principales activités mises en œuvre. Après avoir été elle-même formée, elle eut notamment la charge de l’organisation et de l’animation des formations des artisans en matière de droits économiques, sociaux et culturels. M. Sidibé, assistant technique à la COFPA, s’en souvient : « Notre participation dans le PAPDESC nous a mis en confiance, nous avons pris conscience de notre rôle. Avant, la COFPA tergiversait, nous n’avions pas de cap. Mais les formations nous ont permis de voir clair, d’être sûrs de nous-mêmes pour interpeller les autorités au sujet de l’accès aux formations et aux financements publics. C’est notre mission fondamentale. Ils savent que nous connaissons nos droits et nous prennent au sérieux. La COFPA est aujourd’hui au cœur du dispositif de la formation, nous sommes devenus incontournables ».

Les formations techniques et professionnelles : un puissant outil de développement des petites entreprises artisanales au Mali. Témoignages.

Badiallo Camara est coiffeuse à Ségou, Aminata Coulibaly tient un atelier de couture à Bamako. Elles ont toutes deux participé aux formations techniques organisées dans le cadre du PAPDESC, un tournant pour chacune d’elles. Elles racontent…

Badiallo Camara - « Ça fait 20 ans que je suis coiffeuse. Je n’avais jamais suivi de formation, j’ai tout appris sur le tas, comme ça, au fur et à mesure. Mais il y a beaucoup de choses que je ne maîtrisais pas complètement, que je ne savais pas. Avec la formation, j’ai beaucoup appris. On a revu les techniques, comme le défrisage ou les mises en plis, ce sont des choses que nous faisions, mais pas toujours dans les règles de l’art. Même chose pour tous les produits que nous utilisons ici au salon : les shampoings, les démêlants, tout ça. On les utilisait, mais pas correctement, je ne savais pas que certains produits sont toxiques, qu’il faut prendre un tas de précautions quand on les utilise, il faut utiliser des gants, porter des cache-nez… avant, on ne faisait pas tout ça.

Pour l’accueil de la clientèle, ça a aussi été très utile, maintenant on reçoit mieux les clients, on fait tout pour les mettre à l’aise, c’est important pour attirer les clients et les fidéliser. Maintenant, les gens dans le quartier savent qu’ici on coiffe bien, on a vraiment une meilleure réputation… J’ai gagné beaucoup de clients comme ça. Et j’ai pu développer mon salon grâce à cela : j’ai pu faire des travaux, on a agrandi, j’ai acheté de nouveaux sièges de coiffure pour mettre les clients à l’aise, j’ai décoré, on a peint le salon en rose, vous voyez, ici c’est comme un salon moderne.

On est aussi plus nombreux maintenant à travailler ici, j’ai recruté deux nouvelles coiffeuses et on a quatre apprenti(e)s. Avec la formation, cela me permet de mieux les encadrer, de bien leur apprendre le métier. Je leur explique ce qu’on m’a appris là-bas, toutes les techniques, comment faire. Avec tout ça, comme on gagne mieux qu’avant, j’ai pu construire ma maison, elle est proche du salon. Vous savez ici, quand on peut construire sa propre maison, ça veut dire beaucoup… »

Aminata Coulibaly - « À 13 ans, j’ai quitté l’école, j’avais de mauvais résultats, alors j’ai préféré quitter. J’ai rejoint mon papa dans son atelier - il est tailleur - il m’a appris le métier. À 16 ans, l’association des couturiers est venue me voir pour me proposer la formation. Ça a duré trois ans.

Chaque semaine, je passais une journée au centre de formation, le reste du temps je restais ici à l’atelier. J’ai appris énormément de choses : les divisions de mesures par exemple, c’est très important pour un couturier. Aussi pour l’accueil des clients ou la gestion de l’affaire et certaines tendances ou des modèles que je ne connaissais pas. À l’atelier, on fait la pratique, mais on manque souvent de théorie.
Vraiment, cela a été très utile pour moi. Aussi, comme je restais quand même dans l’atelier, ça m’a permis de continuer à gagner un peu d’argent, je n’aurais pas pu être tout le temps au centre, ça aurait été difficile.

Finalement, j’ai reçu mon certificat de formation, c’est officiel : je ne suis plus une apprentie, je travaille à mon propre compte et avec ce que je gagne, je peux m’acheter des habits et d’autres choses, je peux aussi aider un peu mes parents quand ils en ont besoin, pour les dépenses de la famille. Je ne suis plus liée à quelqu’un, je suis autonome, je suis indépendante. Ça m’encourage à travailler et à développer mon atelier.

Mon objectif, c’est d’acheter de nouvelles machines, plus modernes, pour faire la broderie et proposer des nouveaux produits. J’ai déjà beaucoup d’idées, je dois encore économiser, mais à l’avenir, j’espère vraiment avoir un grand atelier avec des vitrines pour montrer les modèles que nous faisons, pour exposer les habits. J’espère aussi pouvoir me marier bientôt, je suis indépendante, c’est plus facile pour moi. »

Commentaires

Cet article fait partie du dossier publié, en juin 2014, par les associations Terre des Hommes France et Guamina, dans le cadre de la capitalisation de projet pour l’appui à la promotion des droits économiques, sociaux et culturels dans le secteur de l’artisanat au Mali. Le dossier a été réalisé et illustré par François Van Lierde, consultant et co-directeur de Local Voices ASBL.

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