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Dossier Promotion des DESC dans le secteur de l’artisanat au Mali

Les comités DESC et la revendication des droits : l’accès des artisans maliens aux marchés publics

, par TDHF

Les marchés publics : un outil essentiel pour la stabilisation et le développement des petites entreprises artisanales

« Depuis 2012, nous avons été confrontés à une double crise, politique et sécuritaire, le secteur a été très fortement ébranlé », explique Mamadou Traoré, président de la Chambre de Métiers du Mali.

« Pour la relance de l’économie et le développement des petites entreprises artisanales, il est essentiel qu’elles décrochent de nouveaux contrats de plus grande ampleur et notamment des marchés publics afin d’augmenter leur volume de production, leur trésorerie et leurs capacités d’investissement et de modernisation de l’outil de production. »

De fait, les petites entreprises artisanales maliennes dépendent, pour la plupart, d’une demande très locale, dispersée, souvent instable et fluctuante. Cela accroît leur vulnérabilité financière et limite - faute d’accès aux crédits et de capacité d’investissement - la compétitivité de leurs produits sur un marché de plus en plus concurrentiel. Dans ce contexte, sans être la panacée, un accès préférentiel aux marchés publics apparaît souvent comme l’une des mesures nécessaires au développement des petites entreprises artisanales.

Et sur ce point, des gestes politiques forts ont récemment été réalisés.
Mamadou Traoré poursuit : « Nous avons fait beaucoup de lobby, depuis de nombreuses années et la solution est venue, tout du moins en partie. En mars, le Président (de la République) a donné instruction au Premier ministre pour qu’il s’assure que l’administration se fournisse dorénavant auprès des artisans maliens pour tous ses besoins en matériel de bureaux, tables, chaises, etc. Maintenant, l’enjeu, c’est de répondre à la demande, c’est une chance, il faut la saisir… »

L’accès aux marchés publics est donc un enjeu crucial, un enjeu sur lequel le programme PAPDESC s’est également penché de manière spécifique, grâce notamment à l’intégration dans les formations « gestion et organisation des micro-entreprises » d’un module spécifique axé sur le fonctionnement et les modalités d’accès aux marchés publics pour les petits artisans.
Une formation à laquelle ont participé quelque 150 artisans, des hommes et des femmes installés à Bamako et dans les différentes régions ciblées par le PAPDESC.

Cheick Sidibé est l’un d’eux. Il est tailleur dans la commune II de Bamako, un métier qu’il exerce depuis plus de 15 ans. Ce n’est pourtant que ces dernières années, dans la foulée de cette formation, qu’il a décroché son premier marché public.
Il témoigne.

« Avant je ne connaissais pas les règles, les procédures, je ne savais pas comment faire pour obtenir ce genre de marchés. J’ai appris qu’il existe des marchés avec appels d’offre ouverts. Ce sont de gros marchés, mais actuellement, cela n’est pas vraiment à ma portée. Il faut laisser d’importantes cautions et quand tu perds, tu perds ta caution aussi, je ne peux pas me le permettre. Mais à la formation, on m’a aussi parlé des marchés de gré à gré conclus « à l’amiable » et cela m’a vraiment interpellé parce que j’ai compris que, moi aussi, je peux gagner ce genre de marchés, je l’ignorais complètement.

J’ai alors commencé à négocier avec des ministères, celui des Mines et celui de la Communication pour obtenir le marché des tenues de service, les uniformes pour les chauffeurs, les gardiens, les mécaniciens. J’ai fait une lettre d’offre de service, je leur ai fourni des échantillons et ça a fonctionné, ils m’ont envoyé des bons de commande.
Ça a commencé avec une trentaine de tenues, puis les commandes ont augmenté jusqu’à 100 tenues. Mais avec la crise, depuis 2012, c’est à l’arrêt. Mais, le mois passé, j’ai repris contact avec les ministères et avec des ONG aussi, je suis actuellement en négociation.

Cette formation m’a fait comprendre qu’obtenir ces marchés, ce n’est pas impossible, il faut avoir le courage d’aller chercher les marchés, il ne faut pas se sous-estimer, il ne faut pas avoir de complexe… Ces marchés, c’est très important pour mon entreprise. Ça me permet d’avoir une somme importante en une fois parce que, habituellement, on vivote, on fait un habit par-ci un habit par-là, on les vend à petit prix. Et puis, il y a toujours la négociation avec les clients, ceux qui ne paient pas ou qui ne respectent pas les délais. Avec les marchés publics, c’est plus simple et plus rentable aussi.

L’avantage, c’est qu’on travaille de manière plus permanente, l’entreprise peut fonctionner normalement, ça tourne, c’est moins aléatoire, ça nous donne plus d’assurance, plus de stabilité. Ça permet de bien couvrir les charges de l’atelier et de rembourser les dettes. J’ai pu m’acheter de nouvelles machines, plus performantes. Cela permet de recruter des gens qui ont, eux aussi, besoin de gagner leur petit pain et de nourrir leurs familles. »

Commentaires

Cet article fait partie du dossier publié, en juin 2014, par les associations Terre des Hommes France et Guamina, dans le cadre de la capitalisation de projet pour l’appui à la promotion des droits économiques, sociaux et culturels dans le secteur de l’artisanat au Mali. Le dossier a été réalisé et illustré par François Van Lierde, consultant et co-directeur de Local Voices ASBL.

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