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Dossier La gestion des risques liés au climat et aux catastrophes dans la coopération au développement

Projet agricole au Brésil : Sécurité alimentaire et développement des communautés rurales

, par Pain pour le prochain , KUNZLER Marion, Morello Katharina, Stückelberger Simon

Toile de fond

Les changements climatiques et les catastrophes menacent tout particulièrement les moyens d’existence des plus démunis. Les populations des pays en développement n’ont généralement pas la possibilité de se protéger contre les risques croissants liés aux changements climatiques et aux catastrophes. La coopération au développement de longue date risque également de perdre en efficacité. Or, les projets de développement peuvent renforcer la capacité d’adaptation aux risques en matière de climat et de catastrophes. Aussi Pain pour le prochain et l’EPER intègrent-elles dans leurs activités de coopération au développement ces deux thèmes par le biais de l’outil participatif des changements climatiques et risques de catastrophes (CCRC) conçu à cet effet. Les enseignements tirés de l’outil CCRC permettent d’adapter les projets de manière pertinente. Les informations analysées sont glanées dans les ateliers avec les bénéficiaires et les projets sont adaptés en conséquence. Les collaborateurs des partenaires du sud suivent une formation afin d’acquérir des connaissances de base et d’apprendre à utiliser l’outil CCRC.

Le Brésil

Avec une population de plus de 195 millions d’habitants, le Brésil est le pays le plus peuplé d’Amérique du Sud. Il s’étend sur près de la moitié du continent sud-américain. Le Brésil est la plus grande puissance économique de l’Amérique latine. Pourtant, dix pour cent de la population vit avec moins de deux dollars US par jour.

Le Brésil joue un rôle essentiel dans la lutte contre les changements climatiques. En effet, d’une part, la forêt tropicale est l’un des principaux réservoirs de CO2 au monde, d’autre part, le Brésil est le quatrième producteur de gaz à effet de serre, en raison essentiellement de la déforestation massive. La savane du Cerrado, au centre du Brésil, est le deuxième plus grand écosystème du pays après la forêt tropicale. En raison de sa grande biodiversité, le Cerrado joue un rôle important dans le captage de CO2. L’agro-industrie à large échelle présente toutefois une menace pour cette région, d’autant plus que cette dernière ne bénéficie pas de la même protection que la forêt tropicale.

Les variations des précipitations et des températures peuvent entraîner une augmentation dans le nombre d’inondations, de sécheresses et d’incendies de forêt. L’on craint également une « savanisation » de larges parcelles de forêt tropicale, une augmentation des événements météorologiques extrêmes et une perte de biodiversité.

Projet agricole dans le Cerrado

Le projet de l’EPER analysé est mené dans le Cerrado, au nord de l’État fédéral de Minas Gerais. Dans le cadre de ce projet, l’accent est mis sur « le développement des communautés rurales » et les activités en découlant :

  • défense des droits fonciers de divers groupes de population en organisant des séances d’information, en soutenant le renforcement organisationnel et en apportant des conseils juridiques ;
  • soutien à l’agriculture écologique grâce à la formation, aux conseils et à l’échange de connaissances entre les diverses familles paysannes concernant la culture et la transformation ;
  • création d’un réseau de commercialisation pour les produits du Cerrado ainsi que les plantes médicinales ou les fruits et soutien à la certification de produits biologiques et du commerce équitable ;
  • activités de plaidoyer en encourageant la participation de dirigeants paysans à des entités gouvernementales nationales et régionales.

La paysanne bio Lô est heureuse d’avoir un bassin qui protège les champs en cas de grosses précipitations ; il sert aussi à irriguer en cas de sécheresse.

Analyse des risques liés au climat et aux catastrophes dans le cadre du projet

Au cours d’un atelier de trois jours mené séparément pour les femmes et les hommes, les petits paysans du village de Tapera ont discuté des risques liés au climat et aux catastrophes dans la région et de leurs conséquences ainsi que de leurs propres stratégies de gestion.

Lorsqu’on leur parle de changement climatique, les habitants de Tapera hochent la tête avec conviction. Ils sentent bien les changements. La période des pluies est devenue imprévisible : dans le passé, les précipitations intervenaient systématiquement au cours du mois d’octobre alors qu’aujourd’hui, la pluie arrive plus tard. Lorsqu’il pleut, le risque d’inondations est plus important. Or, les pluies ne sont plus aussi longues qu’avant et la sécheresse règne en janvier et en février. Conséquence : de mauvaises récoltes. Une fois leurs propres besoins satisfaits, il ne reste plus grand-chose à vendre.

Le changement climatique n’est toutefois pas le seul sujet de préoccupation. Les plantations d’eucalyptus, qui s’étendent à une vitesse fulgurante dans la région, inquiètent les familles paysannes. L’eucalyptus pousse rapidement, ce qui fait baisser la nappe phréatique et tarir les sources d’eau. L’agro-industrie envahit le Cerrado, dont la diversité de fruits et de plantes médicinales constitue un moyen de subsistance important pour les familles paysannes. Les sécheresses ajoutées aux plantations d’eucalyptus ne feront qu’aggraver les problèmes auxquels les habitants de Tapera sont déjà confrontés aujourd’hui.

Les petits paysans ont d’ores et déjà pris des mesures afin de maîtriser les changements climatiques. Grâce au partenaire de l’EPER, des bassins de rétention d’eau ont été creusés afin d’empêcher l’inondation des champs en cas de fortes précipitations et d’irriguer les terres et d’abreuver les animaux en cas de sécheresse.

Les activités menées jusqu’à présent dans le cadre du projet renforcent déjà la capacité d’adaptation des familles paysannes au changement climatique. Le projet contribue également à la protection du Cerrado et du climat grâce au soutien à la culture écologique et aux activités de lobbying.

Il reste toutefois beaucoup à faire à Tapera : les habitants souhaitent davantage de bassins de rétention d’eau et une meilleure transformation de la canne à sucre. Ces simples mesures permettent aux familles paysannes d’atténuer les mauvaises récoltes et de diversifier leurs sources de revenus. La cueillette devrait également jouer un rôle plus important dans le Cerrado, qui résiste à la sécheresse. Or, cela ne peut être prometteur que si la communauté villageoise s’engage aussi aux niveaux politique et social contre les projets néfastes de l’agro-industrie.

Les paysans du village de Tapera dessinent une carte des dangers liés aux catastrophes et au climat dans la région.

Formation à Bahia, Salvador

La formation financée et organisée par Pain pour le prochain et l’EPER a eu lieu en mars 2011 à Salvador da Bahia. Des organisations partenaires brésiliennes de l’EPER et de Pain pour le prochain comptaient parmi les participants. Des experts locaux et internationaux ont livré aux participants des connaissances de base sur les catastrophes et les changements climatiques, en abordant également leurs incidences et la manière de les gérer. En effectuant plusieurs exercices de groupes, les participants ont appris à utiliser l’outil CCRC afin de pouvoir mener ultérieurement des analyses de projet de manière autonome.

En guise de conclusion, les participants ont discuté des diverses actions qu’ils souhaitent entreprendre afin de lutter ensemble contre le changement climatique dans le cadre de leurs activités. Il était question notamment de créer un réseau d’échange d’informations entre les participants, d’adapter l’outil CCRC aux spécificités locales et d’utiliser le changement climatique comme sujet de lobbying pour atteindre les objectifs du projet. Concrètement, il s’agit de promouvoir l’agriculture durable dans le Cerrado en raison de sa contribution importante au captage du CO2. Les peuples autochtones sont plus respectueux de leurs terres que les grands propriétaires de plantations d’eucalyptus, qui s’intéressent aux rendements élevés à court terme aux dépens de l’environnement et de la protection du climat.

La formation a obtenu un large écho dans la presse locale et a permis de renforcer considérablement l’échange d’informations entre participants. Une organisation partenaire est en train d’implémenter un projet visant à utiliser l’outil CCRC avec d’autres partenaires en guise de préparation à la conférence Rio+20 en 2012.

Pour plus d’information sur l’outil CCRC et des données sur la question climatique au Brésil (en anglais et en brésilien) : www.ppp.ch/ateliers

Pour des questions éventuelles : Marion Künzler / Pain pour le prochain-Responsable des Ateliers « Climat » : kuenzler@bfa-ppp.ch

Commentaires

Traduction de l’allemand : Nadja Benes

L’article est disponible en anglais Agricultural Project in Brazil : Food security and development of rural communities

« Nous faisons directement l’expérience du changement climatique. Les récoltes diminuent en raison des précipitations irrégulières lors de la saison des pluies. Cette année, j’ai perdu plus de 60 pour cent de ma récolte de maïs et de haricots. » Cristiano, paysan à Tapera et participant à l’atelier

« L’analyse des projets a été un bon exercice de réflexion. Elle nous aide à élaborer de nouvelles stratégies. La sécheresse s’est aggravée mais nos méthodes de culture sont restées identiques. Nous avons pris conscience que nous devons modifier nos méthodes. » Custódio, habitant du village de Tapera et participant à la formation

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