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Dossier La gestion des risques liés au climat et aux catastrophes dans la coopération au développement

Projet agricole au Zimbabwe : Sécurité alimentaire par l’adoption de céréales plus résistantes à la sécheresse

10-2010

, par Pain pour le prochain , KUNZLER Marion, Stückelberger Simon

Toile de fond

Les changements climatiques et les catastrophes menacent tout particulièrement les moyens d’existence des plus démunis. Les populations des pays en développement n’ont généralement pas la possibilité de se protéger contre les risques croissants liés aux changements climatiques et aux catastrophes. La coopération au développement de longue date risque également de perdre en efficacité. Or, les projets de développement peuvent renforcer la capacité d’adaptation aux risques en matière de climat et de catastrophes. Aussi Pain pour le prochain et l’EPER intègrent-elles dans leurs activités de coopération au développement ces deux thèmes par le biais de l’outil participatif des changements climatiques et risques de catastrophes (CCRC) conçu à cet effet. Les enseignements tirés de l’outil CCRC permettent d’adapter les projets de manière pertinente. Les informations analysées sont glanées dans les ateliers avec les bénéficiaires et les projets sont adaptés en conséquence. Les collaborateurs des partenaires du sud suivent une formation afin d’acquérir des connaissances de base et d’apprendre à utiliser l’outil CCRC.

Le Zimbabwe – l’ancien grenier à céréales de l’Afrique

Autrefois le « grenier à céréales de l’Afrique », le Zimbabwe compte aujourd’hui parmi les pays les plus pauvres du monde. La mauvaise gestion économique et la répartition arbitraire des terres organisée par le gouvernement ont entraîné de vives tensions sociales et une grande pauvreté. Le taux de pauvreté est monté en flèche de 25 à 63 pour cent entre 1990 et 2003. Au lieu d’investir dans la terre et dans la population, le gouvernement entrave tout développement social, politique et économique. Plus de quatre-vingt pour cent des Zimbabwéens vivent avec moins de deux dollars US par jour et plus de 80 pour cent de la population vit essentiellement de l’agriculture.

Le changement climatique ne fait qu’aggraver la situation précaire que connaît le pays. Au cours des dernières dizaines d’années, les températures ont augmenté, les précipitations annuelles ont baissé et les phénomènes météorologiques extrêmes tels que les sécheresses ou les inondations sont devenus plus fréquents.

Projet agricole dans la province du Matabeleland

La région concernée par le projet de l’EPER faisant l’objet de l’analyse se trouve au sud de Bulawayo, dans la savane très sèche de la province du Matabeleland. Le projet vise à améliorer la sécurité alimentaire et le niveau de vie de la population grâce à l’agriculture durable. Les objectifs du projet sont notamment les suivants :

  • favoriser l’agriculture biologique en cultivant des jardins potagers et d’herbes aromatiques ;
  • diversifier les sources de revenus grâce à l’apiculture, l’élevage de chèvres ou de poulets ;
  • mener des activités de sensibilisation concernant le VIH/Sida et des questions liées au genre et à l’environnement ;
  • créer un centre de commercialisation pour vendre des produits du marché tels que des légumes et du miel.

Une petite paysanne montre avec fierté son carré dans le jardin potager communautaire

Analyse des risques liés au climat et aux catastrophes dans le cadre du projet

Lors de deux ateliers menés séparément pour les hommes et les femmes, les familles paysannes ont effectué plusieurs exercices pour recenser les risques liés aux catastrophes et aux changements climatiques au niveau régional, leurs conséquences et d’éventuelles stratégies de gestion.

La population vivant dans la région couverte par le projet fait directement l’expérience des changements climatiques : « Il est devenu difficile de prédire le début et la fin de la saison des pluies. Nous n’arrivons pratiquement plus à savoir quand il faut préparer et cultiver les champs », a souligné un paysan.

Les changements dans le calendrier pluviométrique rendent difficile la planification agricole. Par ailleurs, la population est confrontée à des sécheresses de plus en plus fréquentes et fortes.

Le réchauffement de la planète ne fera qu’aggraver les risques. A cela s’ajoutent de nouvelles menaces qui n’ont pratiquement pas posé problème jusqu’à présent, telles que le paludisme, les maladies d’origine hydrique ou les incendies de forêts.

Les familles paysannes ont élaboré diverses stratégies de gestion des risques liés au climat et aux catastrophes : des mesures préventives telles que le stockage et le séchage d’aliments et des mesures réactives telles que la vente d’actifs, le commerce du sexe ou la migration. Or, la plupart des stratégies sont uniquement efficaces à court terme et ne sont pas pérennes. Les changements climatiques et la forte dépendance à l’eau, à l’agriculture et au bétail plongent la population locale dans une grande vulnérabilité.

Les activités menées dans le cadre du projet telles que la diversification des revenus ou le renforcement de la production alimentaire durable ont déjà eu des effets positifs sur la capacité d’adaptation des familles paysannes aux changements climatiques. En outre, le soutien à l’agriculture biologique ou la sensibilisation quant aux conséquences de la déforestation sur les émissions de CO2 contribuent à la protection du climat.

Il reste cependant beaucoup à faire pour garantir la sécurité alimentaire au vu des futurs changements climatiques. Il a notamment été proposé d’encourager la culture de plantes résistantes à la sécheresse et la gestion ciblée des pâturages tout en menant des actions de sensibilisation concernant les changements climatiques. L’EPER a adapté le projet en fonction de l’analyse effectuée au niveau local, notamment en donnant plus de poids aux mesures permettant de renforcer la capacité d’adaptation de la population aux changements climatiques. Le projet est soutenu financièrement par le Fonds spécial climat et développement de Pain pour le prochain et d’Action de Carême.

Formation à Bulawayo

La formation financée et organisée par Pain pour le prochain et l’EPER a eu lieu en octobre 2010 à Bulawayo. Des organisations partenaires de l’EPER, d’Action de Carême et de Brot für die Welt (organisation allemande) en Afrique du Sud et au Zimbabwe comptaient parmi les participants.

Des experts locaux et internationaux ont livré aux participants des connaissances de base sur les catastrophes et les changements climatiques, en abordant également leurs incidences et la manière de les gérer. En effectuant plusieurs exercices de groupes, les participants ont appris à utiliser l’outil CCRC afin de pouvoir mener ultérieurement des analyses de projet de manière autonome. Une visite d’une journée de l’institut de recherche agricole près de Bulawayo a donné aux participants des idées quant à la manière de gérer les sécheresses : entre autres, la gestion ciblée de l’eau ainsi que l’utilisation accrue de variétés de céréales et d’espèces animales tolérantes à la sécheresse telles que le millet et le manioc, ou les bœufs et les chèvres.

Lors de la formation, il est clairement ressorti que les collaborateurs locaux sont aux prises non seulement avec une situation politique difficile mais également avec le nouveau défi que présente le changement climatique. « Nous sommes d’ores et déjà confrontés aux changements climatiques mais notre gouvernement n’a pas mis en place une riposte pertinente », a expliqué un participant. Les participants sont néanmoins disposés à chercher des solutions ensemble, même en l’absence d’un cadre politique. Leurs espoirs et leur avenir dépend de la créativité dont ils font preuve pour s’adapter aux changements climatiques. Les nouvelles connaissances acquises grâce à la formation sont donc précieuses à cette fin.

En raison des résultats de l’analyse, l’EPER a expressément intégré la question du climat dans le programme au Zimbabwe et y a ajouté une composante liée au climat et à l’eau. En parallèle, elle cherche à collaborer avec d’autres institutions actives dans le domaine du climat. En Afrique du Sud, l’un des partenaires d’Action de Carême a adapté ses activités en dispensant des formations à d’autres partenaires pour leur permettre d’utiliser l’outil CCRC.

Un groupe d’hommes dessine une carte indiquant les risques liés au climat dans le district de Matobo

Pour plus d’information sur l’outil CCRC et des données sur la question climatique au Zimbabwe (en anglais) : www.ppp.ch/ateliers

Pour des questions éventuelles : Marion Künzler / Pain pour le prochain-Responsable des Ateliers « Climat » : kuenzler@bfa-ppp.ch

Commentaires

Traduction de l’allemand : Nadja Benes

L’article est disponible en anglais Agricultural Project in Zimbabwe : Food security through adoption of more drought-resistant plants

« Les caméléons s’adaptent à leur environnement ; les êtres humains doivent à présent les imiter à cause des changements climatiques. » Kuda Muhokwani, participant à la formation.

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