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Dossier La gestion des risques liés au climat et aux catastrophes dans la coopération au développement

Les stratégies de gestion économique d’un projet agricole en Haïti comme moyen d’adaptation au changement climatique

, par Pain pour le prochain , BHEND Jonas

Toile de fond

Les changements climatiques et les catastrophes menacent tout particulièrement les moyens d’existence des plus démunis. Les populations des pays en développement n’ont généralement pas les moyens de se protéger contre les risques croissants liés au climat et aux catastrophes. La coopération au développement de longue date risque également d’en pâtir. Or, les projets peuvent renforcer la capacité d’adaptation aux risques en matière de climat et de catastrophes. Aussi Pain pour le prochain et l’EPER intègrent-elles les deux thèmes ainsi que l’outil participatif des changements climatiques et risques de catastrophes (CCRC) élaboré à cet effet dans leur travail de coopération au développement. Les enseignements tirés de cet outil permettront d’adapter les projets de manière adéquate. Les informations analysées sont glanées dans les ateliers, qui fournissent également aux partenaires du Sud des informations générales sur le sujet et sur l’utilisation autonome de l’outil CCRC.

Situation catastrophique

Après des décennies de pauvreté, de surexploitation des ressources naturelles, de violence, d’instabilité politique et de dictature, Haïti est le pays le plus pauvre de l’hémisphère occidental. Plus de 70 pour cent de la population vit avec moins de deux US dollars par jour. Environ la moitié de la population souffre de malnutrition et à peine 58% a accès à de l’eau potable. L’État ne garantit pas la fourniture de soins de santé.

Le terrible tremblement de terre de janvier 2010 n’a fait qu’aggraver la situation précaire du pays et l’a rendu encore plus dépendant de l’aide internationale. Dans le passé, Haïti a déjà été régulièrement victime de catastrophes naturelles. En outre, la déforestation excessive et l’érosion en résultant ainsi que la surexploitation du sol ont considérablement réduit la capacité d’Haïti à résister aux risques climatiques et naturels.

Évaluation du projet agricole à Gomier

Un projet à Gomier, sur la côte caribéenne, a été évalué à l’aide de l’outil CCRC. Le projet soutient les paysans et paysannes dans la production et la commercialisation de leurs produits agricoles par l’intermédiaire d’un réseau de producteurs agricoles. Les organisations membres du réseau profitent de conditions de crédit favorables, de formations en matière de développement organisationnel, de soutien à la vente de fruits et d’autres produits tels que les semences pour le reboisement et la culture fruitière.

Les discussions avec les bénéficiaires du projet ont permis de recenser les risques climatiques, leurs conséquences et les stratégies de gestion existantes. Les discussions ont été menées séparément avec les hommes et les femmes afin de prendre en compte les différentes tâches quotidiennes et de veiller à ce que les questions d’égalité influencent le moins possible l’analyse. Les femmes ont cité les cyclones comme grand risque climatique tandis que les sécheresses sont le principal danger pour les hommes. Les inondations et les forts vents du « Nordé » constituent également un danger pour Gomier. Les stratégies de gestion appliquées jusqu’à présent par la population sont de nature réactive et non préventive : elle réagit aux baisses de récolte en privilégiant de nouvelles plantations, ce qui est coûteux et long puisqu’il faut patienter de deux à trois mois. En outre, l’alimentation est achetée à crédit afin d’atténuer la faim aiguë.

Visite d’un projet de développement lors de l’atelier sur les changements climatiques à Jérémie

L’analyse a révélé que les activités du projet renforcent la capacité d’adaptation de la population de Gomier. La vente de produits agricoles et l’accès à des crédits bon marché mettent à disposition les ressources financières nécessaires pour maîtriser les problèmes liés aux changements climatiques. La diversification agricole et le reboisement réduisent davantage la vulnérabilité et ont une fonction préventive : par exemple, les arbres fruitiers sont moins touchés par les inondations et les sécheresses que les plantes utiles traditionnelles. Par ailleurs, le reboisement permet de lutter contre l’érosion des sols fertiles et d’endiguer les glissements de terrain. Or, l’influence globale du projet est mineure : un grand nombre d’habitants de Gomier sont obligés de continuer à prendre des crédits à des conditions excessives auprès de leur banque locale et jusqu’à présent, seuls 2000 plants d’arbres ont été distribués.

La portée limitée montre que le potentiel d’amélioration du projet est énorme. Les crédits accordés à des conditions avantageuses grâce au réseau de producteurs devraient être plus nombreux. En outre, des sources de revenus alternatives telles que l’apiculture ou la production fruitière moins exposées aux risques naturels peuvent apporter des ressources financières et renforcer la capacité d’adaptation de la population. Étant donné que les sécheresses risquent d’augmenter en raison du changement climatique, l’introduction de variétés végétales résistantes aux sécheresses est également d’une grande utilité. Les mesures de prévention telles que la protection contre l’érosion et la préservation des bâtiments et des routes peuvent aider à minimiser les pertes en cas de nouvelles catastrophes naturelles. Les mesures visant à réduire la vulnérabilité de la population locale face aux catastrophes naturelles et climatiques élaborées à cette occasion n’ont malheureusement pas pu être mises en œuvre avant le séisme.

La protection du climat, soit l’atténuation de la concentration de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, est très clairement secondaire pour les populations vivant dans les pays en développement. L’analyse effectuée à l’aide de l’outil CCRC montre que le projet contribue à la protection du climat. Les gaz à effet de serre sont captés dans le sol et la biomasse grâce aux mesures de protection des sols et de reforestation.

Atelier à Jérémie

L’atelier organisé et financé par Pain pour le prochain a eu lieu à Jérémie en décembre 2009. Les responsables de projet des œuvres partenaires de Pain pour le prochain et de l’EPER ainsi que les partenaires locaux d’organisations de développement actives dans la région ont participé à l’atelier.

Des experts locaux et les responsables du dossier climat de Pain pour le prochain ont présenté des exposés livrant des connaissances de base sur le changement climatique, les mesures d’adaptation, la protection contre les catastrophes et la politique climatique. A travers une série d’exercices de groupe, les participants/participantes ont appris à analyser un projet de développement à l’aide de l’outil CCRC de Pain pour le prochain et de l’EPER. Ils ont également eu la possibilité de mettre à profit cet apprentissage à l’occasion de la visite d’un projet de développement de la région.

Les participant-e-s ont beaucoup apprécié la présentation stimulante de la thématique des changements climatiques. La formation à l’utilisation de l’outil CCRC a été jugée tout particulièrement intéressante. Il leur est ainsi plus facile d’intégrer la question des changements climatiques dans leur travail quotidien et d’allier la théorie à la pratique.

Pour plus d’information sur l’outil CCRC et des données sur la question climatique en Haïti www.ppp.ch/ateliers

Pour des questions éventuelles : Marion Künzler / Pain pour le prochain-Responsable des Ateliers « Climat » : kuenzler@bfa-ppp.ch

Commentaires

« Je n’étais pas du tout conscient du nombre de menaces qui pèsent sur notre habitat. Maintenant que je le sais, je ferai de mon mieux pour lutter contre ces menaces et transmettre les informations nécessaires. » Un participant de l’atelier, Jérémie

Traduction : Nadja Benes

L’article est disponible en anglais Agricultural Project in Haiti : Strategies of Sustainable Economic Management as a Means of Adaptation to Climatic Changes

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