Accueil > S’informer > Articles et traductions > Episode 9 : « Ils ne sont pas intégrés à

Episode 9 : « Ils ne sont pas intégrés à la société française »

, par RITIMO

Bien souvent, les immigrés sont perçus comme pas ou peu intégrés à la société française. Pour Francette, pas de doute que ce soit de leur faute : « Les immigrés ne veulent pas travailler, ils restent repliés sur l’identité de leur pays d’origine, ils méprisent les traditions et la culture françaises et ne sortent pas de leur communauté ». Les banlieues, où ils vivent majoritairement, seraient les territoires où se manifesterait de la façon la plus évidente leur refus de s’intégrer en France. Qu’en est-il dans la réalité ?

L’intégration à la française

Au cours de l’histoire de notre pays, en période de crise économique ou sociale, on cherche un bouc émissaire qu’on puisse désigner comme responsable de tout ce qui va mal. L’étranger, « celui qui n’est pas comme nous », est alors désigné comme l’ennemi obscur, source de nos problèmes. Cette stigmatisation d’une catégorie de la population est le signe d’une société qui va mal. La peur de l’Autre et son exclusion, les divisions et les doutes semblent l’emporter sur les points communs. Autant de signes d’une identité fragilisée. Pour retrouver le sentiment d’une appartenance commune, il faut au contraire penser l’identité en mouvement perpétuel, intégrant les apports de tous ceux qui font la France.

Le modèle français d’intégration a longtemps été influencé par la notion d’assimilation : les étrangers qui arrivent en France, comme les fils d’immigrés, doivent abandonner leur culture propre et les spécificités de leur pays d’origine pour rentrer dans le « moule » du pays d’accueil. Cette notion a été abandonnée dans les années 1980 : on lui a préféré les termes d’intégration et d’insertion. Ce glissement de langage n’est pas neutre. Ces deux derniers termes expriment davantage une dynamique dans laquelle les immigrés font partie de la société d’accueil, adhèrent au fonctionnement et aux valeurs de cette société, tout en étant reconnus dans leurs différences.

Parler de « défaut d’intégration » désigne les étrangers comme une minorité qui ne ferait pas partie de la France alors que cette « minorité » est devenue une réalité constitutive de la société française : aujourd’hui un Français de 18 ans sur cinq a un parent immigré alors qu’il y a vingt ans, seul un Français sur dix venait d’ailleurs.

Enfants d’immigrés : l’ascenseur social au ralenti

Être immigré en France, c’est avoir plus d’une chance sur deux d’être pauvre. En 2013, 56% des étrangers non communautaires sont en risque de pauvreté ou d’exclusion sociale [1]. Les filles et les fils d’immigrés sont plus diplômés et insérés sur le marché du travail que ne l’étaient leurs parents : 33 % d’entre eux sont aujourd’hui diplômés du supérieur et 20 % sont devenus cadres [2]. Pourtant, ils sont davantage frappés par le chômage que les « Français de souche » et leur salaire moyen est plus bas. Ils ressentent encore très fortement les discriminations : les sélections au faciès ou à cause de leur nom de famille, lorsqu’ils cherchent du travail ou un logement, à l’école ou dans les administrations. Ce qui explique que, bien qu’étant et se sentant Français, 67% de ces enfants d’immigrés ont le sentiment de ne pas être considérés comme des nationaux.

Discrimination à l’embauche

En 2009, l’Observatoire des discriminations a réalisé une étude sur les pratiques de recrutement de 40 grandes entreprises françaises. Alors que beaucoup d’entre elles se sont engagées à promouvoir la diversité, cette étude conclut que leur avancement sur ce point est inégal. Quand la discrimination n’apparaît pas au stade du tri du CV (quelques entreprises ont en effet opté pour le CV anonyme), elle intervient plus tardivement, notamment lors des entretiens d’embauche.
Sur les 40 entreprises étudiées, 14 demandent aux candidats leur nationalité. Cette question est obligatoire pour 4 d’entre elles. L’âge et la situation matrimoniale sont également des questions inopportunes mais devenues un passage obligé lors des entretiens d’embauche. Rendre les CV anonymes en masquant des informations comme le nom, la photo, l’âge, l’adresse, le sexe ou la situation matrimoniale n’est certes pas suffisant pour stopper les discriminations, mais c’est un premier pas pour améliorer les pratiques de recrutement.

Discriminer pour mieux exclure ?

Les discriminations selon l’origine, la couleur de peau ou le patronyme touchent non seulement de nombreuses personnes d’origine étrangère vivant en France, mais aussi des citoyens originaires des Antilles, d’Afrique ou d’Asie, qui ont acquis, parfois depuis longtemps, la nationalité française. Celui qui donne l’impression d’être différent dérange ; la société s’efforce de le repérer, de le traiter à part, de l’exclure.

Un exemple de ces discriminations : les contrôles au faciès. Á Paris, les personnes « noires » (d’origine subsaharienne ou antillaise) ou « arabes » (originaires du Maghreb ou du Machrek) sont contrôlées de manière disproportionnée par rapport aux personnes « blanches ». Les Noirs ont six fois plus de risques d’être contrôlés que les Blancs et les Arabes presque 8 fois plus [3]. Ces pratiques donnent le sentiment aux minorités visibles qu’elles n’ont pas leur place en France, créent un sentiment d’exclusion et vont à l’encontre d’un « vivre ensemble » harmonieux, enrichi par notre diversité.

Agenda Tous les événements

S'abonner aux lettres Les dernières lettres

Suivez-nous