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Dossier Introduction

Le commerce équitable

, par CDTM de Paris

D’une idée simple à une démarche structurée

Trouver des débouchés sur les marchés du Nord pour de petits producteurs – exclus du marché international conventionnel – de régions pauvres des pays du Sud afin de leur permettre de vivre dignement de leur travail… tel est le point de départ de l’histoire du commerce équitable.
C’est ainsi que, dans les années 60-70, s’ouvrent des boutiques spécialisées dans les pays occidentaux : Oxfam (Grande-Bretagne), Magasins du Monde (Belgique et Suisse), Artisans du Monde (France),…
Petit à petit, les pionniers du commerce équitable professionnalisent leur démarche, se regroupent en structures de concertation, affinent les principes, publient des chartes. En 2001, les grands réseaux internationaux des acteurs du commerce équitable FLO, IFAT (devenu depuis WFTO), News et EFTA se sont accordés sur une définition commune.

En parallèle de la vente, les acteurs du commerce équitable se donnent une autre priorité, l’éducation au commerce équitable afin de sensibiliser l’opinion publique sur les injustices engendrées par les pratiques du commerce conventionnel et la gravité de cette situation pour les producteurs les plus fragiles. Ils proposent des campagnes d’information – ou plaidoyers - pour faire pression sur les décideurs politiques et économiques – tout en informant l’opinion publique et les médias - des impacts de leurs décisions et leur proposer des alternatives réalistes qui permettraient plus de justice. Les organisations du commerce équitable poursuivent plusieurs axes : vendre, informer et faire évoluer le monde économique et politique vers des pratiques plus équitables.

Une évolution spectaculaire qui engendre des questions

Un tournant est pris, au cours de la décennie 90, par l’introduction de produits alimentaires équitables dans la grande distribution. Puis à partir de 2000, par leur vente sur internet, sur les marchés, lors de salons, via les comités d’entreprise,... La gamme de produits s’élargit : alimentaire, cosmétique, textile, jouets, décoration,… Des entreprises privées s’ajoutent aux acteurs historiques. Le chiffre d’affaires de l’équitable progresse sensiblement.
Les producteurs bénéficient de cette croissance mais les consommateurs s’interrogent sur ce déferlement de produits dits « équitables » aux origines multiples. Répondant aux préoccupations des consommateurs, les organisations de commerce équitable labellisent leurs produits et instaurent des systèmes de contrôle. La garantie [1] est un élément essentiel pour crédibiliser la démarche. Cependant la complexité et le coût d’une labellisation écartent les producteurs les plus vulnérables qui n’ont pas les moyens humains et financiers d’y accéder, alors qu’ils étaient la cible prioritaire à l’origine du mouvement du commerce équitable.
Quant à la grande distribution et à l’industrie, soucieuses de se créer des parts de marché sur cette « niche » prometteuse, elles perturbent le système par une terminologie ambiguë, utilisant sans fondement des termes comme : durable, responsable, éthique,… ou des références publicitaires autoproclamées, alors même que les conditions de travail et de rémunération qu’elles proposent en interne sont bien souvent désastreuses. Un produit « équitable » peut-il avoir un mode de distribution « inéquitable » ?

Commerce équitable et environnement

L’origine du mouvement s’appuyait sur un double objectif : développement économique et développement social. Depuis est apparue l’exigence du développement durable. Les acteurs du commerce équitable ont donc été amenés à orienter leurs efforts sur la responsabilité environnementale de leurs actions qui comportent de multiples facettes : production, transport, emballage, transformation des produits, déchets engendrés, bilan carbone,… Le sujet est complexe et a des impacts financiers. L’empreinte écologique d’un produit, tout au long de son cheminement, est difficile à établir et les outils d’évaluation ont du mal à tenir compte de toutes les incidences. Ce vaste champ est encore à explorer mais il ne doit pas faire oublier que les partenaires prioritaires du système équitable sont les producteurs les plus marginalisés.

Les pouvoirs publics et la Commission Nationale du Commerce Equitable (CNCE)

Devant les risques de récupération et de dévalorisation du commerce équitable, les pouvoirs publics ont cherché à protéger ce secteur par un encadrement juridique approprié. En France, plusieurs textes officiels depuis 2005 le définissent comme une stratégie de développement durable et un appui aux producteurs les plus défavorisés des pays du Sud. La Commission Nationale du Commerce Equitable, créée par la loi sur les PME de 2005, n’est effective que depuis avril 2010. Elle doit être un lieu de concertation entre les différents acteurs (organisations de commerce équitable, associations de consommateurs, entreprises et administration) et octroyer une reconnaissance officielle aux labels et/ou organismes qui respectent véritablement les engagements du commerce équitable.

Des études et des débats pour évoluer

Même s’il fait l’objet de critiques, le commerce équitable a une dimension d’exemplarité pour une nouvelle approche économique, dans un monde qui semble de plus en plus douter de la pertinence du libéralisme absolu. C’est pourquoi, des universités ou grandes écoles proposent des cursus sur ce thème et de nombreuses études universitaires voient le jour. Un réseau de chercheurs, le Fairness (www.fairness.on-web.fr) s’est créé en 2008 et un colloque international du commerce équitable réunit régulièrement les experts en la matière.
Afin de conforter et d’améliorer leurs activités, les professionnels du commerce équitable publient des audits, expertises ou rapports sur leurs activités, sur leurs partenaires (producteurs), sur les standards définissant les garanties. La littérature sur tous ces thèmes est devenue abondante, le plus souvent publiée via internet. Par contre, on trouve peu d’ouvrages d’éditeurs.
Ces études, bien entendu, comportent aussi des critiques : les producteurs se plaignent d’être écartés des instances décisionnelles, de l’absence de cohérence entre les différents réseaux, de la lourdeur des certifications,… ; les consommateurs ont une approche plutôt positive mais assez floue : trop de logos, une démarche trop complexe,... Des producteurs ou artisans des pays occidentaux souhaitent également suivre la démarche équitable, participer à des réseaux et être reconnus comme acteurs de ce type de commerce. Certaines organisations de commerce équitable s’ouvrent à ces demandes, même si cette démarche n’est pas reconnue par les textes officiels.

De nouvelles pistes de développement

Fort du constat de la pertinence de la démarche, les promoteurs du commerce équitable poursuivent de nouvelles pistes d’expansion :

  • auprès des collectivités locales. Elles se sont engagées avec détermination, en référence à leur agenda 21, à deux niveaux : à soutenir l’action éducative des réseaux équitables et à acheter des produits équitables lors de leurs achats publics pour les cantines municipales, fêtes,…- ce qui est rendu possible grâce à l’évolution du code des marchés publics depuis 2006. En France plusieurs collectivités ont participé à la campagne internationale Fair Trade Towns – Territoires de commerce équitable (www.territoires-ce.fr) - et 23 d’entre elles, à la fin de 2010, ont répondu au cahier des charges et sont devenues Territoires de commerce équitable.
  • auprès des entreprises pour leurs achats. Certaines ont fait le choix d’acheter des produits équitables : produits alimentaires pour leurs cantines ou les distributeurs automatiques, vêtements professionnels ou sacs en coton bio-équitable, coffrets-cadeaux,... Leur démarche est bien perçue par leurs salariés. De même pour satisfaire leurs clients, des chaînes de café (Starbucks, McDo,…), se sont mises à proposer des cafés ou thés équitables.
  • par le développement d’un commerce équitable Sud-Sud. Pour les producteurs, c’est une amélioration de trouver des débouchés locaux en complément des exportations, voire de s’affranchir de celles-ci. Par ailleurs, l’empreinte écologique d’un produit devenant une préoccupation, il est normal de développer un commerce local de proximité qui répond aux attentes d’une clientèle intéressée. Le Mexique, le Brésil, le Sénégal et d’autres pays ont ainsi développé leur propre réseau interne de commerce équitable

Défis et enjeux

Malgré de nombreux succès et les efforts déployés, on constate une certaine stagnation dans la croissance des ventes des produits équitables. Par contre, le commerce équitable a gagné en notoriété et est maintenant largement considéré comme un mode de développement durable et un levier de lutte contre la pauvreté. C’est donc sur le plan politique et éducatif que les acteurs du commerce équitable (au Nord comme au Sud) pourront s’imposer durablement. C’est en s’alliant à des mouvements sociaux tels associations de consommateurs, syndicats, défense de l’environnement,… qu’ils pourront changer d’échelle et donc proposer, de façon crédible, une démarche totalement novatrice en opposition au système capitaliste.
La multiplicité des initiatives locales, nationales, internationales ne doit pas engendrer l’éparpillement du mouvement mais dynamiser les énergies locales de changement. Les partenariats établis depuis plusieurs années ou décennies, entre organisations du Sud et organisations du Nord, pourraient contribuer au développement d’une conscience citoyenne mondiale.

Notes

[1Assurance, délivrée au terme d’un processus de vérification, d’adéquation entre des pratiques et des principes. En ce qui concerne le commerce équitable, en l’absence de définition légale et de mode de certification uniformisé, il existe divers systèmes de garanties au travers de labellisations et de reconnaissances privées. Ces garanties peuvent respectivement porter sur le produit de base, sur sa transformation, ou sur la structure qui gère l’importation et/ou la commercialisation.

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Provenance ritimo

Type de document dossier

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