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Dossier Algérie : le défi d’une nécessaire transition énergétique

Les hydrocarbures, une source importante de revenus

, par CDTM 34

Dans les années 1930, commencent les premières spéculations sur la présence de pétrole dans le Sahara algérien. Pendant la lutte de libération nationale, à la fin des années 1950, des compagnies françaises y découvrent des gisements d’hydrocarbures : le pays a du pétrole (gisement de Hassi Messaoud) et surtout du gaz (Hasi R’mel). Ainsi, les premiers contrats d’exploration sont signés avec des compagnies françaises et internationales.

En 1971, la nationalisation des hydrocarbures et donc la mise de cette rente au service de la nation laisse présager un avenir radieux à l’Algérie. Une industrialisation du pays est programmée, en même temps qu’une révolution agraire est lancée.

Après la mort de Houari Boumediene (Président de 1976-1978), cette rente, utilisée pour consolider le pouvoir d’une poignée de personnes, n’est pas transformée en investissements productifs et rend le pays totalement captif des hydrocarbures. Cette politique lui coûte cher au moment du contre-choc pétrolier qui a suivi les deux crises du pétrole (1973 et 1979) : le pays s’endette pour compenser une chute du prix du baril de 40%.

Le début des années 1980, appelé la « décennie noire », est marqué par la guerre civile engendrée par l’appauvrissement de la population. L’économie ruinée est au bord de la faillite. Mais, dans les années 2000, la flambée des prix des hydrocarbures permet à l’Algérie de reprendre son souffle et de réduire son taux de chômage. Grâce à la manne pétrolière, l’Algérie peut effacer sa dette colossale de 30 milliards de dollars en 2000 et dispose depuis, d’une confortable réserve de change.

Entre 1999 et 2014, la rente du pétrole et du gaz naturel a généré des bénéfices considérables : 750 milliards de dollars selon les bilans de la Sonatrach, la société pétrolière publique algérienne. Elle assure 35% du PIB, 97% des exportations et 60% des rentrées fiscales.

Mais le pays n’arrive pas à construire une économie productive et diversifiée

Contrairement à la période post-indépendance, qui s’est caractérisée par des investissements gigantesques, l’activité industrielle orientée dans les années 70 vers les secteurs des hydrocarbures, de la pétrochimie, de la sidérurgie et de la mécanique, souffre de sous-investissement depuis une trentaine d’années.

L’Algérie a du mal à attirer les investisseurs. L’investissement est freiné par la règle dite « 49/51 » introduite par la loi de finances complémentaire de 2009, qui interdit à tout investisseur étranger de détenir plus de 49 % des parts d’une société locale, et l’oblige à accepter un actionnariat algérien majoritaire, à 51 % minimum. Ajoutée à cela, une bureaucratie omniprésente et corrompue rend le climat des affaires en Algérie décourageant. Le pays a du mal à se moderniser. L’industrie ne représente que 4% du PIB. Seules une dizaine de sociétés, presque toutes publiques, sont cotées en bourse. L’activité économique est portée par des petits commerces et l’artisanat.

Le secteur du tourisme est pratiquement inexistant alors que l’Algérie dispose d’un patrimoine archéologique et environnemental très riche.

Quant à l’agriculture, qui représente seulement 2% du PIB, freinée par l’incertitude juridique entourant le droit foncier et l’absence de vraies filières agroalimentaires, elle peine à se faire une place dans l’économie algérienne. L’Algérie ne peut assurer son autosuffisance alimentaire : pour la seule année 2014, elle a importé 12,3 millions de tonnes de céréales.

En marge de l’État : l’économie informelle ou « trabendo » s’est beaucoup développée depuis les années 90. Ce commerce illicite d’objets de consommation courante, introuvables sur le marché national, touche 14 % environ de la population active, permettant à nombre de femmes et d’hommes de faire face à une économie en crise. Cette activité est souvent l’unique alternative des jeunes, des régions frontalières notamment, pour s’émanciper.

La chute du cours de « l’or noir » fragilise les finances publiques

Le pétrole algérien, appelé Sahara Blend, est léger et à moindre teneur en soufre, ce qui fait qu’il est très apprécié des raffineurs et que le secteur pétrolier représente 97 % des revenus d’exportation de l’État.
Ce pétrole, qui a sorti l’Algérie de l’impasse après une décennie de guerre civile, vit des moments difficiles : depuis le second semestre 2014, l’Algérie est confrontée à une forte baisse du prix du pétrole, passé de 125 à 44 dollars en un an. Par ailleurs, le gaz naturel enregistre depuis 2006 une baisse de production de 3 à 4% par an et le pétrole connaît le même sort, depuis qu’il a atteint son pic en 2007. Cette baisse de production s’explique par le vieillissement, le manque d’entretien et la surexploitation des plus gros gisements, qui constituent l’essentiel de la production, par le peu de nouveaux gisements et par le désintérêt des investisseurs étrangers, découragés par les conditions de marché proposées par le gouvernement algérien.
La production s’est aussi ressentie de la prise d’otages de Tiguentourine, dans le sud-est du pays, fin 2013, par un groupe islamiste réclamant, entre autre, l’arrêt de l’intervention militaire de la France au Mali. La réhabilitation du complexe, qui assure une part importante de production gazière, a duré des mois.

La chute du prix du pétrole plombe l’économie algérienne en réduisant considérablement les recettes de l’État et met sous pression les finances publiques, d’autant plus que le budget de 2015 est établi sur un prix moyen du Sahara Blend et que le cours de l’or noir peut encore baisser. Les réserves de change, qui s’élèvent à 188 milliards fin décembre 2014, amortissent le choc dans l’immédiat, mais peuvent s’effriter si cette situation ne change pas dans un avenir proche.

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