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Dossier Introduction

Les biens communs numériques

, par COUTURE Stéphane

Ce dossier, réalisé par Stéphane Couture et Anne Goldenberg, en collaboration avec Samuel Goëta, s’attache à décrire des pratiques ou des initiatives concrètes autour des biens communs numériques.

La notion de biens communs fait aujourd’hui l’objet d’un intérêt renouvelé, en particulier par les mouvements sociaux et les acteurs et actrices de la société civile. Ainsi, en 2009, le « Manifeste pour la récupération des biens communs » a été lancé dans le cadre du Forum Social Mondial de Belém. Celui-ci se voulait un appel à élaborer un paradigme alternatif à la privatisation et à la marchandisation des biens et des services, dans des domaines aussi divers que l’accès à l’eau, les télécommunications ou la production scientifique. Ce renouvellement de l’intérêt pour les biens communs trouve notamment son inspiration dans les formes de collaboration et de partage inventées sur Internet, comme la production du logiciel libre ou l’émergence des licences Creative Commons. Plusieurs chercheur-e-s et organismes travaillent aujourd’hui à documenter ces pratiques de production basées sur le bien commun. La P2P Foundation, par exemple, est une organisation internationale qui s’intéresse à l’étude, à la documentation et à la promotion des dynamiques de production basées sur les pairs, en particulier dans la sphère numérique, mais également de façon plus large dans différents secteurs de l’activité humaine. Dans le milieu de la recherche, plusieurs auteur-e-s s’intéressent à cette approche. On peut penser par exemple aux travaux d’Elinor Ostrom, prix Nobel d’économie, sur les communs de la connaissance, à ceux de Charlotte Hess sur les nouveaux biens communs, ou encore, à ceux de Yochai Benkler sur la production pair à pair basée sur le partage des biens communs.

Ce dossier DPH, a pour objectif de présenter les pratiques et enjeux qui participent à ce renouvellement de l’intérêt pour la notion de biens communs, et en particulier pour les biens communs numériques. Le dossier est composé de 10 fiches (en plus de celle-ci) :

La première fiche se veut introductive. Elle est réalisée conjointement par les 2 auteur-e-s et est intitulée Histoire et théorie des biens communs numériques . Elle présente trois moments clés pour comprendre la réflexion actuelle sur les biens communs numériques et propose différents axes d’analyse qui seront utiles pour l’ensemble des fiches.

Les huit fiches suivantes reposent sur des descriptions de pratiques ou d’initiatives concrètes autour des biens communs numériques. Pour chacune des fiches, nous cherchons à préciser en quoi le cas choisi constitue un bien commun, et à rendre compte des enjeux et des défis concernant sa protection et/ou sa gouvernance. Voici une brève description de ces fiches :

Le logiciel libre comme fer de lance des biens communs numériques présente les principes des logiciels libres et examine deux cas précis. Les logiciels libres sont intéressants à analyser comme exemples particulièrement illustratifs des communs numériques. Leur développement, basé sur le principe du code source comme bien commun, s’appuie sur des processus de gouvernance collective qui inspirent plusieurs autres initiatives de biens communs numériques. L’étude des logiciels libres met également en évidence les tensions autour de la gouvernance des biens communs.
Science et bien commun : les transformations des pratiques scientifiques à l’ère du numérique présente notamment le mouvement du libre accès aux publications scientifiques, le concept de science ouverte, ainsi que des initiatives comme Science Commons. Le texte explique que ces initiatives visent en quelque sorte à proposer des règles et des infrastructures techniques pour assurer le maintien du bien commun dans le domaine scientifique.

Le travail en informatique comme bien commun  : le cas de Koumbit présente le travail de Koumbit, un collectif montréalais qui offre des services en logiciels libres aux mouvements sociaux et groupes associatifs québécois. Les pratiques de mise en partage au sein du groupe ainsi qu’auprès d’un public plus large sont le signe que Koumbit conçoit ses méthodes de travail comme un objet de bien commun. Cette attention portée aux méthodes de travail renvoie également à une réflexion plus large sur les conditions de travail en informatique.

L’espace et ses technologies comme des communs cherche à comprendre comment l’espace gravitationnel terrestre et ses technologies peuvent être considérés comme des biens communs plutôt que comme des biens privatifs ou tributaires des engagements publics et étatiques. La fiche présente notamment le Movimiento sin satélito, fondé par plusieurs pays et travaillant à la création ainsi qu’au lancement de satellites artisanaux.

Les hackerspaces comme politisation d’espaces de production technique aborde la question de ces espaces dans une perspective féministe. Les hackerspaces sont des lieux de rencontre et d’expérimentation collective qui rassemblent des personnes partageant un intérêt commun (notamment pour l’informatique, la technologie, les sciences et la créativité). Le texte présente certaines tensions autour des hackerspaces et propose des conditions à partir desquelles ils pourraient être appréhendés comme des biens communs.

Les données ouvertes : un bien commun ? présente le concept de données ouvertes et sa mise en œuvre par les gouvernements et les mouvements sociaux. Le texte distingue les données ouvertes mises à la disposition de la population par les pouvoirs publics, des projets qui reposent sur la participation des citoyen-ne-s et qui pourraient être davantage considérés comme des biens communs.

La négociation des contributions aux wikis publics propose d’appréhender les wikis comme des biens communs. La fiche insiste tout particulièrement sur les dynamiques de négociation des connaissances au sein de Wikipédia, et montre comment cette négociation est significative des modalités de gouvernance des biens communs.

Le débat sur la neutralité d’Internet, ou Internet comme bien commun présente le débat sur le principe de neutralité d’Internet qui a été particulièrement vif ces dernières années et qui n’est toujours pas clos. Ce débat est intéressant à analyser car il montre comment Internet peut en soi être considéré comme un bien commun et surtout, comment il est soumis à de nouvelles luttes d’enclosure, c’est-à-dire à des dynamiques de privatisation de ce qui était auparavant une ressource commune.

Enfin, la fiche Les technologies numériques et la mouvance des biens communs présente un entretien avec Frédéric Sultan, réalisateur du site web Remix The Commons, et acteur dans différents projets relatifs aux biens communs. Frédéric Sultan explique comment il perçoit les relations entre biens communs numériques et biens communs matériels ou naturels, ainsi que les défis qui se présentent au mouvement, ou à la mouvance, des biens communs.

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