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Dossier La Souveraineté technologique

Les serveurs autonomes

, par DE LA O Tatiana

Selon Wikipedia, en informatique « un serveur est un dispositif informatique matériel ou logiciel qui offre des services, à différents clients. […] Il s’agit d’un ordinateur doté d’un programme qui réalise certaines tâches pour le compte d’autres applications dénommées clients, qu’il s’agisse d’un ordinateur central (mainframe), d’un ordinateur compact, d’un ordinateur personnel, d’une PDA ou d’un système embarqué. Toutefois, il existe des ordinateurs uniquement destinés à fournir les services de ces programmes : ce sont les serveurs par excellence ». Pour résumer le plus simplement possible, lorsqu’une personne se connecte avec son ordinateur à Internet et tape sur son navigateur l’adresse d’une page web qu’elle souhaite visiter, les contenus de cette page web sont logés dans un serveur. Ceux-ci peuvent être de diverses natures. Dans l’article suivant, nous aborderons les serveurs dénommés serveurs autonomes.

Qu’est-ce qu’un serveur autonome ?

Nous pourrions définir les serveurs autonomes comme des serveurs autogérés dont la durabilité dépend du travail volontaire et/ou rémunéré de ceux qui en ont la responsabilité lorsqu’ils reçoivent un financement de la communauté des usagers à laquelle ils servent. Leur fonctionnement ne dépend donc pas d’une institution publique ou privée. Ceci étant, l’autonomie de ces services peut varier, certains acceptent des subventions ou sont logés dans des institutions éducatives alors que d’autres peuvent être cachés dans un bureau ou logés dans un centre éducatif ou d’art et n’ont pas besoin d’autant de financement.

Les serveurs autonomes font partie des différentes initiatives des collectifs hacktivistes pour démocratiser l’accès à l’information et la production de contenus, tout comme d’autres activités comme la création de points d’accès à des technologies et à Internet, des ateliers de formation, des réseaux libres, le développement de programmes ou de systèmes opératifs libres, etc.

Il existe plusieurs types et tailles de serveurs autonomes, depuis le plus petit serveur de courrier et web jusqu’aux services déjà connus comme le courrier électronique de Riseup ou le serveur de pages personnelles no-blogs.org. De nombreux informaticiens gardent, chez eux, un serveur connecté à une connexion domestique normale par lequel ils peuvent accéder au web, au courrier, aux torrents ou simplement avoir un accès à des archives pour leurs amis ou la famille. Il n’est pas nécessaire d’avoir une licence pour avoir un serveur, il faut juste un ordinateur connecté à Internet et un changement de configuration du routeur chez soi. La responsabilité n’est pas très grande lorsque l’on ne fournit pas un service trop important. Et si peu de personnes sont connectées à ce dernier, il suffit de peu de bande passante.

Depuis plusieurs années, il n’est plus aussi facile de laisser un serveur entreposé à l’université ou dans une entreprise. Avec les nouvelles lois de contrôle des citoyens sur Internet, les amendes pour violation des droits de copies et les cas de fraudes, les institutions ne souhaitent plus loger de serveurs sans aucun contrôle et de nombreux collectifs choisissent de rejoindre des centres commerciaux de traitement des données pour pouvoir donner plus de stabilité à leur service, étant donné qu’avoir un serveur dans le placard de la maison implique également et normalement de nombreux épisodes de déconnexion.

En parallèle, l’industrie de l’information a réussi à monétiser chaque fois davantage ses utilisateurs et n’a plus besoin de leur demander de l’argent pour les rentabiliser. Des services de base comme l’hébergement ou le courrier sont offerts par des entreprises et non par des collectifs « politisés ». Par exemple, de nombreux activistes utilisent le courrier électronique de Gmail ou publient leurs photos sur Flickr gratuitement. Ces entreprises n’ont nul besoin d’adresser les factures directement aux utilisateurs pour ces types d’utilisation, puisque ce sont des tiers qui les paient au titre de l’utilisation des usagers, que ce soit à travers leur exposition à la publicité ou en utilisant le contenu que ces usagers créent et stockent dans les serveurs.

À quoi servent les serveurs autonomes ?

Continuer à créer et à utiliser des services autonomes en général et des serveurs en particulier est important pour diverses raisons que nous aborderons plus loin.. Grâce aux différents aspects que nous analyserons, il est facile d’en déduire que défendre les serveurs autonomes de proximité (politique, géographique, de langue) mène à un Internet basé sur des valeurs communes, où les personnes qui prennent soin de ces services le font pour soutenir ce que nous faisons et non pour nous vendre aux autorités ou aux annonceurs. La pratique donne forme aux outils et les outils donnent forment aux pratiques. La façon de travailler qui a donné son origine au système de travail collaboratif de Wikipedia n’est pas la même que celles des applications installées de Facebook ou du marché d’Android où l’intérêt n’est rien d’autre que commercial.

Diversité

En incorporant sa propre idiosyncrasie et sa façon de travailler, ses nouveaux outils et son propre réseau, chaque nouveau collectif renforce le paysage et le fait évoluer. Un service de courrier électronique est différent d’un service de blogs ou d’un service dédié à des photo-galeries. Certains services autonomes offrent des services de téléphonie ou de partage d’archives. Il existe des serveurs féministes ou antimilitaristes, des serveurs pour annoncer des fêtes ou pour partager de l’art numérique ou des logiciels. Ces mêmes serveurs développent de nouveaux outils de création motivés par des intérêts non-commerciaux.

D’autre part, il convient de tenir compte du fait que chaque pays présente différents cadres légaux, applique différents droits et exige différents degrés de responsabilités pour les serveurs. C’est pour ces raisons qu’il est primordial de développer les serveurs autonomes dans différents pays. Chacun d’eux développera une manière de s’autofinancer ou des termes de services adaptés aux besoins de ses sympathisants, et recevra des retours sur le projet et les services qu’il offre de manière évidemment plus confidentielle que les grandes corporations multinationales.

Décentralisation

La centralisation de l’information implique des risques difficiles à comprendre pour les personnes peu familiarisées avec les thèmes technologiques. En augmentant autant la capacité de stockage et de traitement de l’information, les données soumises par les personnes aux serveurs commerciaux ne sont plus inoffensives, puisqu’en les accumulant, on peut obtenir des données statistiques claires de consommation, réponses à la publicité, à la navigation, etc.
Si nous possédons tous des petits serveurs, avec différentes façons de travailler et différents outils, dans différents pays et entretenus par différentes personnes, il est difficile de couper tous les services en même temps ou de savoir qui l’on doit arrêter pour paralyser un soulèvement ou étouffer un mouvement.
La centralisation de l’information menace la neutralité du réseau, comme nous l’avons vu à Burma en 2007 lorsque le gouvernement a déconnecté Internet ou durant les soulèvements des jeunes de Londres qui ont été jugés grâce à l’information fournie par Blackberry à la police. Nous le constatons également dans les censures fréquentes des pages Facebook ou dans les changements de termes des clauses de service de Google, Googlecode et autres.
Ce type de centralisation représente bien souvent un terrain propice aux annonceurs d’Internet, comme c’est le cas de Google qui, avec une combinaison de services comme le courrier, les informations, les cartes, les recherches, les statistiques pour le web et autres, peut contrôler l’activité de millions d’utilisateurs et offrir de la publicité customisée pour chacun d’entre eux.

Autonomie

Nos fournisseurs de services faisant partie de notre communauté, le risque d’être écouté en cas de problème est plus important. En même temps, lorsque nous utilisons des services qu’un collectif entretient pour des raisons politiques, sa position face aux autorités sera également politisée. Si la police se présente dans un centre de traitement des données pour saisir le serveur, l’action de la personne qui les reçoit peut faire la différence. Parfois, celle-ci remet le serveur aux autorités et en avise le collectif ou parfois l’avocat du centre de traitement des données explique à la police qu’elle ne peut pas le prendre, mais qu’il va être déconnecté de manière temporaire jusqu’à ce que l’on contacte l’avocat du collectif qui lui le prendra,, comme dans le cas de Lavabit, un fournisseur de courrier « sûr » qui a fermé ses portes car il ne pouvait garantir la vie privée de ses utilisateurs.
Le harcèlement publicitaire se réduit également à sa minimale expression, en se centrant souvent sur la demande de dons pour entretenir le propre projet. Cette pratique contraste clairement avec les serveurs commerciaux dans lesquels l’usager est en soi un produit vendu à des annonceurs pour que ceux-ci puissent réaliser leurs ventes, comme dans le cas de Facebook où les annonceurs peuvent choisir très précisément le type de profil d’utilisateurs à cibler pour leur annonce, ou les annonces invasives de Gmail liées au contenu des courriers de ses utilisateurs.

Conseil

Les serveurs autonomes peuvent aussi nous fournir de précieuses informations lorsque nous devons entretenir notre web. Ils peuvent nous aider à ne pas nous auto-incriminer et à lancer des campagnes avec des niveaux de sécurité et de respect de la vie privée plus élevés. Ils ont pour habitude d’expérimenter de nouvelles applications qui permettent une plus grande vie privée et collaborent également souvent à leur développement.

Auto-formation

Les serveurs autonomes peuvent aussi s’avérer être un excellent lieu pour apprendre à entretenir les serveurs, mais aussi pour apprendre à publier sur le web, travailler avec du hardware, etc. De nombreuses personnes rejetées par le système éducatif traditionnel trouvent leur place dans ces espaces de formation, lesquels, malgré le fait qu’ils soient éminemment virtuels, peuvent très souvent compter sur un petit collectif local derrière eux. Les limites apportées par les milieux professionnels n’existent pas dans ces collectifs, où les tâches de chaque individu fluctuent selon leurs intérêts ou les connaissances acquises, d’une manière plus naturelle qu’en entreprise. Il manque toujours plus de collaborateurs et habituellement l’intérêt est suffisant pour rejoindre un groupe, le processus d’apprentissage étant extrêmement pratique.

Résilience

Si les réseaux sont internationaux, atomisés et divers, lorsque la situation change subitement dans un pays empêchant les serveurs qui y sont situés de continuer à fournir leurs services, il est plus facile de déplacer les utilisateurs, les blogs, les archives vers d’autres pays s’il existe une proximité avec les usagers et un large réseau de serveurs amis.
S’il existe plusieurs serveurs, nombreuses seront les personnes qui sauront les entretenir et, de ce fait, la gestion du service sera moins élitiste, il sera plus facile d’acquérir la connaissance nécessaire, le cas échéant, pour mettre un document en ligne remplacer quelqu’un qui ne peut pas effectuer son travail, ou lancer une campagne de diffusion massive. Le paysage des serveurs autonomes change avec les années, mais il existe toujours des collectifs qui offrent un appui technique aux mouvements sociaux et ils sont de plus en plus nombreux.

Un serveur en ligne est aujourd’hui une usine de valeur numérique, qui coûte un peu d’argent et qui possède une équipe stable dotée d’une connaissance spécialisée, outre une communauté plus large qui utilise ses services. Nul besoin d’être expert pour faire partie de cette communauté, il faut simplement essayer d’utiliser des services non commerciaux pour notre propre création de contenus. En utilisant des services non commerciaux, nous évitons de collaborer par le biais de notre contenu à l’ajout de valeur aux nouvelles multinationales numériques comme Google ou Facebook, et nous favorisons un paysage non commercial sur Internet.

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