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Qui spécule sur l’oléoduc Dakota Access ?

, par Food and Water Watch , MACMILLAN Hugh , MILES Jo

Le mouvement de contestation mené par la tribu Sioux (Lakota) de Standing Rock contre la construction de l’oléoduc est une source d’inspiration pour le monde entier. Mais ce n’est pas qu’aux grandes entreprises pétrolières et gazières qu’ils s’opposent.

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De puissantes entreprises pétrolières et gazières prennent des mesures scandaleuses pour passer outre le mouvement de contestation des Sioux, et emploient leurs immenses ressources financières afin d’accélérer la construction de cet oléoduc, dont ils tireront profit. Crédits photo : Joe Brusky/flickr/cc.

Lorsqu’en juillet dernier, le Corps des ingénieurs de l’armée des États-Unis a accordé un permis pour la construction de l’oléoduc baptisé Dakota Access Pipeline, d’une longueur de plus de 1700 km, les dirigeants des entreprises responsables du projet ont certainement cru que la voie était libre. Les démarches administratives avaient été facilement effectuées, visiblement sans tenir compte des préoccupations des personnes directement concernées par l’oléoduc, et les travaux devaient démarrer sans tarder.

Cependant, les communautés proches de l’oléoduc, notamment les tribus locales, avaient une autre vision de la situation. Des milliers de personnes, essentiellement amérindiennes, se sont rassemblées dans la réserve sioux de Standing Rock, dans le Dakota du Nord, dans le but de faire stopper les travaux de construction de l’oléoduc. Les Sioux de Standing Rock voient en l’oléoduc un serpent noir qui, en cas de rupture et de déversement - un risque envisageable étant donné l’histoire largement documentée des fuites de pipelines aux États-Unis – menacerait de contaminer leurs sources d’approvisionnement en eau et de polluer leurs terres sacrées.

Comme nous le détaillerons plus loin, les Sioux de Standing Rock ne mènent pas un combat uniquement contre les industries pétrolières et gazières et le gouvernement fédéral, même s’ils représentent à eux seuls un défi de taille. Ils s’opposent également à plusieurs des intérêts privés et financiers les plus puissants de Wall Street, aux institutions à but lucratif qui financent ce projet d’oléoduc, et tant d’autres similaires à travers le pays.

Le service de sécurité de l’entreprise en charge de l’oléoduc a interrompu la manifestation pacifique ce weekend en ayant recours à la violence envers les militants, en les attaquant avec des chiens et du gaz poivré. Les tribus font preuve d’une véritable solidarité, et refusent d’abandonner en dépit de la situation effrayante et choquante à laquelle ils sont confrontés.

Les intérêts des entreprises qui financent l’oléoduc

Les grandes entreprises pétrolières et gazières prennent des mesures scandaleuses pour faire taire la contestation des Sioux, n’hésitant pas à utiliser leurs immenses ressources financières pour faire accélérer les travaux de construction de cet oléoduc,qui leur permettra de s’en mettre plein les poches. Mais derrière les entreprises de construction se cachent bon nombre de sociétés aux capitaux cotées à Wall Street, encore plus puissantes, qui nous rappellent la crise financière de 2007.

Voici les institutions financières qui misent sur le projet Dakota Access Pipeline :

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Qui spécule contre les Sioux ?Le financement du projet Bakken Pipeline.
Sources : Données de Bloomberg Terminal sur Dakota Access, LLC, fournies par Rainforest Action Network ; Energy Transfer Equity, SEC Form-8 K, 17 février 2015, Energy Transfer Partners, SEC Form 8-K, 17 février 2015 ; présentation de Sunoco Logistics Investor, juillet 2016.

Dix-sept institutions financières ont prêté à Dakota Access LLC la somme de 2,5 milliards de dollars pour construire l’oléoduc. Des banques ont également alloué des ressources considérables à sa maison-mère, Energy Transfer, et à son groupe d’entreprises d’exploitation de pétrole et de gaz, afin qu’elles puissent développer davantage d’infrastructures :

> Energy Transfer Partners a obtenu une ligne de crédit renouvelable de 3,75 milliards de dollars pour le développement de ses investissements dans les infrastructures pétrolières et gazières, via les engagements de pas moins de 26 banques.

> Sunoco Logistics bénéficie d’une ligne de crédit de 2,5 milliards de dollars avec les engagements de 24 banques.

> Energy Transfer Equity dispose d’une ligne de crédit de 1,5 milliard de dollars via les engagements de la plupart de ces mêmes grandes banques internationales.

Au total, cela représente 10,25 milliards de dollars de prêts et de facilités provenant de 38 banques qui soutiennent directement les entreprises de construction de l’oléoduc.

Ces banques comptent être remboursées dans les prochaines décennies. En optant pour le forage à grande échelle et de la fracturation hydraulique au nom de l’indépendance énergétique et de la sécurité des États-Unis, les banques augmentent encore notre dépendance catastrophique aux énergies fossiles.

La riposte des Sioux de Standing Rock

Le point de ralliement des militants se trouve dans un campement près de la réserve sioux de Standing Rock, dans le Dakota du Nord. Des milliers de personnes, la plupart des Amérindiens, se sont réunis pour participer à une manifestation pacifique dans le but de faire cesser les travaux de construction de l’oléoduc et de protéger leurs terres et leur eau. En août dernier, des jeunes de la tribu ont participé à une course à relais de plus de 3200 km jusqu’à Washington D.C. afin de porter leur message à la Maison Blanche, une manière personnelle de montrer leur désaccord. La tribu fait tout ce qui est en son pouvoir pour faire arrêter le chantier de cet oléoduc.

Bien avant les agissements violents du service de sécurité de Dakota Access, les militants ont dû faire face à des réactions brutales : le gouverneur Dalrymple a déclaré l’état d’urgence, en supprimant les sources d’approvisionnement en eau et les ressources d’assainissement de la réserve, et la police a mis en place un barrage autour de la réserve. Des dizaines de manifestants ont déjà été arrêtés, et la police a fait circuler de fausses rumeurs de violence de la part des défenseurs pacifiques.

Mais c’est l’entreprise, et non pas les manifestants, qui est coupable de violences. Ce weekend, son service de sécurité a aspergé du gaz lacrymogène sur les manifestants et a lâché des chiens de garde sur la foule - une femme enceinte a même été mordue. Democracy Now ! a filmé des séquences de l’attaque choquantes...

Au lendemain d’une telle violence, il n’est pas possible d’ignorer l’importance de ce rassemblement : dans un geste d’unité historique, plus de 188 Premières Nations du Canada et tribus amérindiennes se sont rassemblées afin de soutenir les Sioux de Standing Rock en vue de mettre fin aux travaux de construction de l’oléoduc.

Philip J. Deloria, professeur de culture et d’histoire américaine de l’Université du Michigan, voit ce combat comme un évènement historique :

« Tout cela est vraiment incroyable. C’est la convergence d’une mobilisation locale, du militantisme sur les réseaux sociaux, d’une solidarité entre communautés autochtones issue des communautés, de stratégies semi-traditionnelles comme « la Marche sur Washington », et d’ alliances avec des militants en faveur de la justice environnementale et d’autres mouvements politiques... Je pense que de nouvelles perspectives sont en train de s’ouvrir pour un grand nombre d’Amérindiens. »

Energy Transfer Partners (ETP) précipite les travaux - et dans le Dakota du Nord où le système économique est basé sur les énergies sales, les responsables politiques appuient les entreprises qui portent le projet. En revanche, les militants n’ont que leurs corps pour se défendre, et ils protègent leurs terres considérées comme sacrées et leurs sources d’eau potable en se tenant physiquement au milieu des travaux.

Nous nous devons tous de soutenir ces militants. Les communautés qui vivent le long de l’oléoduc mènent leurs propres protestations, et l’ONG Food & Water Watch travaille avec la Coalition de résistance contre l’oléoduc Bakken pour bloquer le projet depuis qu’il a été annoncé en 2014. Maintenant, alors que la construction de l’oléoduc est en marche, nous appelons à ce que tous exigent l’intervention du président Obama.

Les impacts des oléoducs et des gazoducs

Les oléoducs et les gazoducs sont intrinsèquement dangereux, menacent nos communautés et notre environnement d’explosions et de fuites de pétrole. Ils augmentent les profits des entreprises et aggravent notre dépendance aux combustibles fossiles, tout en ne causant que des risques et des préjudices à ceux qui vivent le long de leur trajet.

L’oléoduc de Dakota Access pomperait chaque jour environ un demi-million de barils de pétrole sur 1700 km à travers le Dakota du Nord, le Dakota du Sud et de l’Iowa, jusqu’au sud de l’Illinois. De là, le pétrole serait acheminé vers les raffineries de la côte est et sur d’autres marchés par train, ou encore, à 1200 km au sud, vers la côte du golfe du Mexique et ce à travers un second oléoduc qu’Energy Transfer Partners est en train de transformer pour le transport du pétrole. Les deux projets d’oléoducs réunis - appelés Bakken Cride Pipeline et confirmés lors d’une présentation qu’ETP à ses actionnaires en août 2016 – suivent le même chemin que le projet d’oléoduc Keystone XL rejeté par le président Obama :

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Carte de l’oléoduc Dakota Access Pipeline
Source : Energy Transfer Partners, L.P., présentation « ETE & ETP » lors de la conférence CITI MLP, 16 août 2016

Au total, le projet Bakken Crude Pipeline va coûter environ 4,8 milliards de dollars, et Energy Transfer Partners en parle comme l’un de ses éléments-clés pour ses futurs projets de « capitalisation des exportations énergétiques des États-Unis ». En construisant cette infrastructure, Energy Transfer et ses financeurs spéculent sur le développement de la fracturation hydraulique aux États-Unis dans les prochaines décennies. Pendant ce temps, les communautés devront faire face aux fuites de pétrole, aux explosions, à la pollution de l’eau et de l’air, ainsi qu’aux impacts climatiques associés.

Aidez-nous à mettre un terme au projet Bakken Pipeline

Les oléoducs et gazoducs ne répondent pas à nos besoins énergétiques. Il faut laisser les énergies fossiles dans le sol, et il est urgent de se tourner à 100% vers les énergies renouvelables. Le projet Dakota Access Bakken Pipeline représente une menace directe pour l’air, l’eau et l’avenir des énergies propres. C’est la raison pour laquelle nous avons besoin que le président Obama soutienne les Sioux de Standing Rock et les autres militants, qu’il use de son pouvoir pour annuler les permis fédéraux et refuser le projet de l’oléoduc Bakken.

Faîte pression sur le président Obama pour qu’il rejette le projet de l’oléoduc Bakken

Commentaires

Cet article de Jo Miles et de Hugh MacMillan a été traduit de l’anglais au français par Cendrine Lindman et Agnès Carchereux, traductrices bénévoles pour Ritimo. Retrouvez l’article original, publié le 7 septembre 2016, sur le site de Food and Water Watch : Who’s Banking on the Dakota Access Pipeline ?


Jo Miles est directrice du programme numérique pour l’ONG Food and Water Watch.

Hugh MacMillan est chercheur en chef pour le programme sur l’eau chez Food & Water Watch. Auparavant, il a travaillé pendant un an au Sénat des États-Unis en tant que conseiller scientifique et membre de l’Assemblée législative. Il a également été professeur adjoint au Département des sciences et mathématiques de l’Université de Clemson pendant cinq ans. Il est titulaire d’un doctorat (Ph.D.) en mathématiques appliquées de l’Université du Colorado, à Boulder. Il est joignable à : hmacmillan@fwwatch.org

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