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Le "printemps arabe", 4 ans après

Zoom d’actualité

, par CIIP , GRUNWALD Catherine

2011 : Tunisie, Égypte, Yémen, Libye... Le "printemps arabe" laissait espérer un avenir prometteur pour la région. Quatre ans plus tard qu’en est-il ?

Pour les deux pays, les premiers à inaugurer cette vague de contestation, Tunisie et Égypte, les deux trajectoires sont-elles contraires ? Alain Gresh, rappelant les points communs et les similitudes des deux expériences, fait le constat que, début 2013, les deux pays semblent installés dans une impasse similaire mais que l’un, la Tunisie, va en sortir par un accord politique consensuel, l’autre, l’Égypte, n’y réussira pas, l’armée renversant le président élu Mohammed Morsi.

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Double revolution

Pour le spécialiste du monde arabe et du Moyen-Orient Mohamed Abdel Azim, c’est un constat d’échec en Égypte, en Syrie au Yémen ou en Libye : la vague d’émancipation d’il y a 4 ans a fait place à une vague de conservatisme, les espoirs déçus et frustrations ont produit un vide dans lequel évoluent les partisans d’un Islam radical (Al-Qaïda et Daesh).

L’Égypte dans l’impasse

Le quatrième anniversaire du soulèvement de 2011 en Égypte est d’ailleurs marqué par une répression violente des manifestations par le régime militaire, une répression qui profite aux investisseurs internationaux, marchands d’armes et aux principales puissances dont la France : Rafale à l’Égypte : Paris tourne la page des printemps arabes.

"La victoire de la contre-insurrection est totale" : logique de la terreur, mise en place par le gouvernement, usage massif de la violence sous prétexte de lutte antiterroriste, exactions militaires, mythification de la révolution par le pouvoir... Pour décrire cette impasse, certains parlent d’automne arabe.

Tunisie, entre déception et engagement

Adoptée le 26 janvier 2014, la nouvelle Constitution tunisienne donne l’exemple et l’espoir pour les libertés ou les droits des femmes. C’est une victoire populaire, mais en Tunisie quatre ans après janvier 2011, "le troisième tour social a déjà commencé". L’injustice prévaut toujours et une grande partie des jeunes tunisiens ne se retrouvent pas dans le paysage politique qui a émergé depuis la chute de Zine el-Abidine Ben Ali : la jeunesse tunisienne est entre déception et engagement.

Maroc, entre espoirs et régressions

Après l’espoir suscité par le Mouvement du 20 février (M20F) au Maroc, les espérances se dissipent : malgré la promulgation de l’actuelle Constitution et l’arrivée du Parti de la justice et du développement (PJD) au gouvernement, la régression démocratique est une réalité qui se vit au quotidien, que ce soit dans la répression contre les organisations non gouvernementales ou dans le musellement de la presse. Pourtant, les militants tirent les leçons de leurs erreurs et préparent l’avenir, comme l’analyse le journaliste égyptien Karem Yehia

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Mouvement du 20 février Maroc
Le peuple ne devrait pas avoir peur de leurs gouvernements. Les gouvernements devraient avoir peur de leur peuple

Effectivement des changements sont à l’œuvre au Maroc, dans la foulée des contestations du Mouvement du 20 février : le mouvement des femmes contre le micro-crédit qui a débuté la même année dans la région de Ouarzazate s’internationalise - voir la Caravane internationale des femmes. A Imider, cinq ans de résistance contre une mine d’argent par la Compagnie Métallurgique d’Imiter, et par voie de conséquence, contre le roi du Maroc, qui en est le principal propriétaire. Voir aussi le reportage vidéo Imider 2011-2015 : le combat continue.
D’autres mouvements émergent à l’image du mouvement Anfass pour la démocratie qui, début novembre 2014 a ouvert le débat sur la laïcité

Des luttes à inscrire dans le long terme

Ces luttes sociales en appellent à la solidarité internationale... car il faut inscrire ces mouvements révolutionnaires dans le temps long comme le rappelle Alain Gresh dans un entretien intitulé "Le Monde musulman, Marx et la révolution"

Jean-Pierre Filiu réussit le tour de force de résumer et analyser deux siècles d’histoire arabe en un quart d’heure en mettant aussi en perspective "révolution et contre-révolution dans le monde arabe.

Enfin, pour l’économiste franco-égyptien Samir Amin, « Les soulèvements populaires des années récentes à partir de 2011 ont remis en question les dictatures concernées. Mais seulement remis en question. Une alternative ne trouve le moyen de se stabiliser que si elle parvient à combiner les trois objectifs autour desquels se sont mobilisées les révoltes : l’engagement sur la voie d’une démocratisation de la société et de la politique, des avancées sociales progressistes, l’affirmation de la souveraineté nationale. Nous en sommes encore loin... ».

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