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Le meurtre de Berta Cáceres, un crime d’Etat

Zoom d’actuatlité

, par CIIP , GRUNWALD Catherine

Berta Cáceres, militante écologiste hondurienne, responsable autochtone du peuple lenca et féministe, a été assassinée chez elle le jeudi 3 mars 2016 à une heure du matin.

Ce meurtre a bouleversé le peuple hondurien et soulevé une indignation internationale.
Les communiqués des organisations de défense des droits humains se sont multipliés dans les jours qui ont suivi ce crime. Quelques exemples non exhaustifs :

Militante écologiste, responsable autochtone et féministe

Tous les articles et communiqués soulignent le parcours de cette militante qui s’est notamment fait connaître pour sa lutte contre l’usine hydroélectrique Agua Zarca au nord-ouest du Honduras, qui menace de priver d’eau des centaines d’indigènes du peuple lenca. (Écouter un entretien en espagnol réalisé à Vienne, en Autriche en juin 2012).
Ce barrage est un projet commun de la compagnie hondurienne Desarrollos Energéticos SA (DESA) et de la société chinoise Sinohydro, le plus grand bâtisseur de barrage au monde ; il est également financé par la Société financière internationale, branche de crédit de la Banque Mondiale spécifiquement dédiée à la promotion du secteur privé. Mais la forte mobilisation de Berta et de la communauté lenca (campagnes de protestation, manifestations pacifiques, blocages de route pour empêcher l’accès au site, etc.) ont forcé la firme chinoise à renoncer à ce contrat et la Banque mondiale à retirer son financement… Ce succès lui a valu de recevoir le Prix Goldman pour l’environnement en 2015, prix décerné depuis 1989 aux plus fervents défenseurs de la cause environnementale dans le monde. Une reconnaissance internationale pour la cofondatrice et coordonnatrice du Conseil civil des organisations populaires et autochtones du Honduras (COPINH), animatrice sur les stations de radios autochtones La Voz Lenca ("la voix du peuple lenca") et Radio Guarajambala (en espagnol) et infatigable militante pour les droits fonciers autochtones (en anglais). Lire la transcription de son discours prononcé à l’Opéra de San Francisco, le 20 avril 2015 (en anglais).

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Berta Cáceres, responsable autochtone du peuple Lenca
Le peuple Lenca résiste
Pour notre terre et notre eau

L’article "¡ Berta Lives ! La vie et l’héritage de Berta Cáceres" (en anglais), rappelle le parcours de cette militante pour le pouvoir des peuples autochtones, pour le contrôle sur leur propre territoire, pour les femmes et les droits LGBT, pour une démocratie authentique, pour le bien-être de la Pachamama, pour mettre fin à la tyrannie par le capital transnational, pour mettre fin à l’impérialisme des États-Unis…, mais révèle aussi "la femme derrière le mythe".

Femmes en résistance

Pour Berta, la vision du monde des peuples autochtones et leur concept de corps/territoire induisent forcément un lien entre les luttes contre l’extractivisme et les luttes féministes anti-patriarcales comme elle le rappelle lors des Rencontres des Femmes défenseures de la vie contre l’extractivisme de Bogotá en août 2015 (en espagnol).
Rappelons que le Honduras est le pays d’Amérique centrale où le taux de féminicides est le plus élevé (espagnol).

Berta se savait menacée... comme tous les défenseurs de l’environnement et tous les opposants depuis le coup d’État contre le régime constitutionnel de Manuel Zelaya en juin 2009. "Au Honduras, les assassinats de militants écologistes se multiplient"... au moins 109 défenseurs environnementaux ont été assassinés entre 2010 et 2015.
"Notre vie est suspendue à un fil" (en espagnol) confiait-elle dans un dernier entretien prémonitoire au journal italien "Il manifesto" le 6 mars dernier.
Elle faisait face à une persécution constante pour son engagement, était victime de persécutions par des escadrons au service des entreprises hydroélectriques commanditaires des projets dans les territoires lenca. Des persécutions en tant que leader politique, en tant que femme et en tant que Lenca. Elle avait reçu des menaces de mort dans la semaine précédant son assassinat.... Lire "Ils veulent nous interdire de rêver" (en anglais).

La Commission inter-américaine des droits de l’Homme avait ordonné que des mesures de précaution soient prises pour protéger la vie de Berta Cáceres. Des mesures que le gouvernement hondurien n’a (au mieux) pas mises en œuvre...

Justice pour Berta

"Il est très facile de payer quelqu’un pour commettre un meurtre" : après l’assassinat de Berta Cáceres, les militants réclament justice (en anglais).

Si les médias français n’ont que rarement diffusé la nouvelle, l’annonce de son assassinat a provoqué une très forte mobilisation internationale grâce aux réseaux sociaux : le succès du hashtag #JusticiaParaBerta a favorisé mobilisations devant les ambassades et consulats honduriennes et mexicaines et pétitions pour réclamer justice pour son meurtre.

Conjointement, le hashtag #SeguridadParaGustavo exigeait la libération immédiate du Mexicain Gustavo Castro, mais aussi d’assurer sa protection et son retour au Mexique en toute sécurité.
Ce défenseur mexicain des droits humains membre d’Otros Mundos-Chiapas, du Réseau mexicain des victimes des mines (REMA) et du Mouvement latino-américain contre le modèle extractiviste (M4) est l’unique témoin de l’assassinat et a été lui-même blessé par balles. Après 24 jours de rétention au Honduras, pendant lesquelles il fut davantage considéré comme complice que comme victime, Gustavo a enfin pu rentrer dans son pays le 31 mars (en espagnol).

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Berta Cáceres
"Donner la vie pour la défense des cours d’eau,
c’est donner la vie pour la défense de l’humanité et de la planète !"
Mission internationale "Justice pour Berta Cáceres”

Dès le 17 mars, la Mission internationale "Justice pour Berta Cáceres" l’affirme ; "L’assassinat de Berta Cáceres, dirigeante indienne de la communauté lenca, est un crime politique", Pour elle, "il est urgent, pour que la vérité apparaisse, de pouvoir compter sur une Commission internationale d’enquête, indépendante, impartiale et transparente".
De fait, aux termes de l’enquête menée par des parlementaires, expert(e)s et militant(e)s venus de 9 pays d’Amérique latine et d’Europe, du 17 au 21 mars au Honduras, ses conclusions préliminaires sont préoccupantes : absence de garanties en ce qui concerne les principes démocratiques, les libertés fondamentales et les droits humains, absence notable d’indépendance du système judiciaire par rapport au gouvernement, aucune volonté politique du gouvernement pour lutter contre l’impunité dans les cas de violations des droits humains, violation flagrante du droit international dans la mise en œuvre des méga-projets, liens étroits entre le gouvernement, les grandes entreprises et les institutions financières internationales... Lire son rapport (en espagnol).

Un crime d’État

Très rapidement, la famille de Berta Cáceres tient pour responsable l’Etat du Honduras avec la complicité des transnationales (en espagnol). Elle exige la mise en place d’une Commission internationale d’enquête indépendante pour faire toute la lumière sur son meurtre.

Au Honduras, "le niveau de violence est extrêmement élevé et se trouve parmi les plus hauts du monde. Ceci va de pair avec l’existence d’un niveau terrible d’impunité des crimes... Nombre de journalistes, d’avocats, de militants des droits de la terre, des droits de l’homme ou des luttes LGBT (lesbiennes, gays, bi, transgenre), ainsi que des dirigeants politiques de l’opposition ont également été assassinés sans que leurs assassins ne soient jamais inquiétés" écrit le chercheur en politiques internationales Alexander Main dans "Au Honduras, simulacre de mesures anticorruption".

Violences, intimidations, et meurtres de sang-froid commis en toute impunité : c’est un message de terreur (en anglais) envoyé à l’ensemble de la population hondurienne mais aussi pour toutes les communautés rurales, dans les Amériques, qui tentent de rester sur leurs terres...
Une politique largement appuyée par les États-Unis comme le dénonce Sophie Reuss dans son article (en anglais) "Le meurtre de Berta Caceres et la politique étrangère états-unienne".

Via Campesina appelle à mettre fin à la violence et aux assassinats contre le mouvement paysan et autochtone au Honduras.
"Nous ne voulons pas plus de morts" a déclaré Berta Isabel Zúñiga Cáceres, dans un entretien avec le média mexicain Desinformémonos ; il faut continuer à exiger l’arrêt des projets de mort et à réclamer justice.

La lutte continue !

Les "peuples du monde" viennent de se réunir à Tegucigalpa et jusqu’au Río Gualcarque (Intibucá, Honduras), du 13 au 15 avril 2016, lors des Rencontres internationales des peuples "Berta Cáceres Vive” afin de coordonner la solidarité internationale pour réclamer justice au sujet du meurtre de Berta et promouvoir l’internationalisme militant pour la défense des biens communs de la nature et lutter contre le modèle extractiviste (déclaration finale, textes et vidéos des rencontres sur le site, en espagnol).

La lutte continue parce que, bien sûr et malheureusement, les agressions à l’encontre des défenseurs des droits n’ont pas cessé : dans le département de Cortes, Honduras, Nelson García, également membre de la COPINH, a été tué mardi 15 mars (en anglais) au cours d’une violente expulsion de la police militaire dans la communauté de Rio Chiquito. Un membre du mouvement paysan unifié d’Aguan (MUCA) a également été harcelé ce même jour selon le député hondurien Bartolo Fuentes (en espagnol).

Justice pour Berta et le peuple lenca : une pétition à signer en ligne adressée au gouvernement du Honduras, réclamer justice pour le meurtre de Berta, exige l’arrêt de la persécution de la communauté lenca et l’annulation immédiate du projet Agua Zarca et toutes les concessions qui violent les droits des communautés du Honduras.
Amnesty Espagne fait également campagne pour exiger justice pour Berta Cáceres et Nelson García.

Alors que la Banque néerlandaise de développement (FMO) et la Banque finlandaise de développement (Finnfund) ont annoncé qu’ils suspendaient leur soutien financier pour la construction du barrage de Agua Zarca, une pétition exige le retrait de l’entreprise Siemens du projet Agua Zarca.

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"Ta lutte sera notre exemple"
14 avril 2016 Rencontre internationale des Peuples
"Berta Cáceres Vive"

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