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Deux idées reçues sur les migrations

, par Agenda de la Solidarité Internationale

« Si c’était des blancs, la terre entière serait entrain de trembler ! Mais là, ce sont des noirs et des arabes (...) Si on voulait sauver les gens, on le ferait, mais on attend qu’ils meurent d’abord ! Et on nous dit que c’est dissuasif, mais ça ne dissuade personne, car celui qui part pour sa survie, considère que sa vie ne vaut rien, celui là n’a pas peur de la mort ! »
Fatou Diome, écrivaine, sur le plateau de Ce soir ou jamais, 24 avril 2015

Idée reçue n°1 : Ce sont les passeurs qui sont responsables de la mort des migrant-e-s en mer

1776 hommes, femmes, enfants sont morts ou ont disparu en tentant de gagner la rive nord de la Méditerranée entre le 1er janvier 2015 et le 21 avril 2015. Et il ne faut pas oublier les mort-e-s au large de Mayotte (un rapport sénatorial datant compte entre 7 000 et 10 000 morts à Mayotte depuis 1995).
Rejeter la responsabilité des morts en mer sur les passeurs, c’est travestir la réalité pour tenter de dissimuler les effets mortifères de la politique de fermeture des frontières européennes. Le « passeur » est un pur produit des politiques de guerre aux migrant-e-s. Une guerre qui utilise un véritable arsenal militaire : hélicoptères, drones, navires de guerre, satellites, gardes-côtes etc.

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Garde-côte espagnol interceptant un bateau de migrants près de Tenerife, Iles Canaries, 2007. Photo A. Rodriguez/UNHCR cc by-nc

Les politiques mises en place ne visent pas à veiller sur les personnes mais à surveiller les frontières pour empêcher les migrant-es de passer : c’est la mission de l’Agence européenne Frontex.
Dans cette guerre aux migrant-e-s, la politique européenne bloque presque toutes les voies légales pour franchir les frontières de l’Europe (refus de visa, impossibilité de demander l’asile dans le pays de leur choix, par exemple) et rend quasiment impossible ce franchissement sans l’aide de passeurs.

De nombreuses organisations au Sud comme au Nord s’organisent pour dénoncer ces politiques meurtrières et les véritables responsabilités : les survivant-e-s qui déposent plainte, les familles des disparu-e-s en Tunisie, Maroc, Algérie, Boats4People, ou encore WatchTheMed qui a documenté la dérive du« left to die boat ». Au printemps 2011, un bateau avec à son bord 72 personnes a dérivé sous la surveillance des forces navales occidentales, avant d’échouer 14 jours plus tard sur les côtes libyennes avec seulement 9 personnes survivantes.
La seule solution pour éviter les morts en mer et dans le désert, et lutter contre les trafiquants en tout genre est une véritable politique d’accueil qui respecte les droits des personnes migrantes.

Idée reçue n°2 : La France est une terre d’asile

Les pays qui accueillent le plus de réfugié-e-s ne sont pas ceux que l’on croit... Ainsi en 2013, le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugié-e-s annonçait que 86 % des réfugié-e-s dans le monde avaient été accueilli-e-s dans des pays en développement. De son côté, la France recevait 65 000 demandeur-euse-s d’asile dont environ 20 % se sont finalement vu-e-s accorder une protection. Le nombre de demandeur-euse-s d’asile en France évolue de façon cyclique depuis les 40 dernières années, en fonction de la situation et des conflits internationaux. Nous sommes bien loin de l’idée reçue d’une augmentation constante du nombre des demandeur-euse-s d’asile.

Les discours publics et politiques, guidés par une logique de suspicion à l’égard des demandeur-euse-s d’asile, créent et véhiculent la figure du « fraudeur », du « faux » demandeur-euse-s d’asile. C’est ainsi qu’en France, les gouvernements successifs se sont attachés à restreindre la dimension protectrice de l’asile en réduisant les moyens alloués à leur accueil et à leur accompagnement dans la société française.

Les attaques contre le droit d’asile prennent ainsi de multiples formes : augmentation du nombre de procédures expéditives, liste de pays dits « d’origine sûrs », interprétation restrictive de la Convention de Genève etc.
En amont, l’accès au territoire européen devient de plus en plus difficile. L’Union européenne et la France négocient des accords, avec des pays tiers, comme la Tunisie, le Maroc, l’Algérie, ou la Libye pour externaliser le contrôle des migrations voire l’accueil des demandeur-euse-s d’asile afin que ceux/celles ci n’entrent pas sur le territoire européen.
Pourtant, la multiplication des conflits, l’accroissement des crises environnementales ou climatiques majeures devraient nous obliger à repenser le droit d’asile en remettant enfin au centre de l’action le besoin de protection.

Que peut-on faire ?

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