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Dossier Iran : la fin de l’isolement ?

Un statut de puissance régionale contesté par l’Arabie Saoudite et concurrencé par la Turquie

, par AFPICL-BU HDL

L’accord nucléaire bouleverse la donne sur l’échiquier géopolitique au Moyen-Orient. L’Arabie Saoudite, pays majeur de la région, craint le retour d’un Iran économiquement puissant dans la communauté internationale. Elle y voit la possibilité pour l’Iran d’étendre son influence dans la région et pour elle, le risque d’une diminution de ses relations privilégiées avec l’Occident et en particulier avec les Etats-Unis. L’élection de Donald Trump, plutôt opposé à l’Iran, va peut-être inverser la donne.

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Tour AZADI (tour de la liberté) à Téhéran
Photo : Anonyme

Des tensions hégémoniques avec l’Arabie Saoudite

Les relations chaotiques entre l’Arabie Saoudite et l’Iran ne datent pas d’aujourd’hui. Mais c’est à partir de la révolution islamique iranienne [1] que la lutte pour le leadership est devenue flagrante. A cette époque, la volonté affichée de l’ayatollah Khomeini d’exporter la révolution chiite a irrité l’Etat saoudien qui se posait en leader sunnite de la région. La révolution islamique chiite ne s’est pas exportée, mais ces deux pays continuent à s’affronter indirectement dans d’autres conflits : en Irak, durant la guerre Iran-Irak de 1980 à 1988 (l’Arabie Saoudite finançait l’Irak), au Liban (soutien de l’Iran au Hezbollah [2]), au Yémen (l’Iran soutient les houthistes chiites face à une coalition menée par l’Arabie Saoudite), en Syrie et même au Bahreïn (population à majorité chiite dirigée par une dynastie sunnite, proche de l’Arabie Saoudite, qui accuse l’Iran d’ingérence) [3]. Pour contrer ce retour, l’Arabie Saoudite a attisé les tensions entre sunnites et chiites avec l’exécution à Riyad d’un chef religieux chiite saoudien, dissident politique. En représailles, des Iraniens ont attaqué l’Ambassade saoudienne à Téhéran avec pour conséquence, la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays le 3 janvier 2016, malgré les excuses de l’Iran. D’autres pays arabes (Koweit, Emirats arabes unis, Soudan, Bahreïn) n’ont pas tardé à rompre également leurs relations avec l’Iran et ainsi, à l’isoler.
Malgré cette forte rivalité, l’Iran et l’Arabie Saoudite ont des motifs de coopérer ensemble. La lutte contre la déstabilisation provoquée par les groupes islamiques dans la région en est déjà un. L’apaisement viendra peut-être des relations économiques soutenues que ces deux puissances développeront entre elles. La rivalité géopolitique évoluera alors en concurrence économique [4].

Des zones d’influence iranienne hors des frontières de l’Iran

Avec l’arrivée au pouvoir d’une majorité chiite en Irak, pays arabe, et son soutien au Hezbollah libanais, l’Iran a la possibilité de renforcer son influence dans la région.
L’Iran peut également compter sur la Syrie, alliée de longue date et premier pays arabe à avoir reconnu la république islamique d’Iran. Leurs liens se sont consolidés sur plusieurs décennies. Depuis la guerre civile en Syrie, l’Iran a renforcé son aide économique, financière et militaire au régime de Bachar Al-Assad et s’est rapproché de la Russie qui soutient, elle aussi, le régime syrien. L’Iran a envoyé des hommes et des officiers ainsi que du matériel militaire pour renforcer l’armée de Bachar dans les opérations menées contre les opposants au régime syrien et contre daesh, hostile aux chiites. Le soutien iranien au régime syrien relève aussi de cette volonté du gouvernement iranien de maintenir son influence dans la région en sauvant son allié. L’Iran veut apparaître aujourd’hui comme un acteur indispensable dans le règlement du conflit syrien. L’Arabie Saoudite évoque des « activités déstabilisantes de l’Iran » dans la région [5] et le le président turc Erdogan dénonce « le danger du nationalisme persan ». Pour l’Iran, il s’agit seulement d’intervenir pour renforcer ses défenses et défendre ses intérêts.

Une rivale ancestrale : la Turquie

L’Iran entretient également des rapports complexes avec la Turquie, mêlés de moments de tension et de périodes de rapprochement diplomatique. Ankara et Téhéran sont en rivalité, soucieux d’asseoir et de protéger leur position de puissances régionales au Moyen-Orient. Les deux pays commercent pourtant ensemble, l’Iran exporte du gaz et du pétrole vers la Turquie et importe des produits turcs. Ils veulent même renforcer leurs relations commerciales suite à la levée des sanctions. Impliqués militairement dans le conflit syrien, ils sont dans des camps opposés, la Turquie soutient les rebelles syriens, et l’Iran, le régime en place. Ils se sont toutefois engagés avec la Russie dans des pourparlers pour trouver une issue au conflit syrien. Mais Iran et Turquie se rejoignent sur la question kurde car les Turcs comme les Iraniens s’inquiètent des velléités indépendantistes des Kurdes [6]. Le président Erdogan qualifie de mouvement terroriste le PKK [7], parti des travailleurs du Kurdistan, mouvement indépendantiste kurde de Turquie. Les milices kurdes syriennes (YPG), alliées du PKK, font partie des Forces démocratiques syriennes, soutenues par les Etats-Unis, et qui veulent chasser daesh de la Syrie. Mais la Turquie considère les YPG comme la branche syrienne du PKK. Elle craint que la région kurde syrienne, sur l’exemple des Kurdes d’Irak, crée à son tour une région auto-administrée que les Kurdes de Turquie prendraient en exemple. Iran et Turquie veulent éviter ce scénario d’autonomie kurde dans chacun de leur Etat. Mais dernièrement, la Turquie a accusé « certains acteurs iraniens » de coopérer avec le PKK [8] ce qui pourrait envenimer leurs relations.

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