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Travailleuses domestiques : vers une reconnaissance de leurs droits

Claudia Ciobanu

, par IPS

 

Cet article a été publié initialement en anglais par Inter Press Service (IPS). Il a été traduit par Florence Dauce, traductrice bénévole pour rinoceros.

 

Bucarest, le 30 Juin 2010 (IPS) À 27 ans, Maria Puscariu est sur le point d’achever son Master en philosophie dans une université belge. L’étudiante moldave a travaillé pendant plus de 5 ans en tant qu’employée domestique en Europe occidentale afin de subvenir à ses besoins et de financer ses études.

Puscariu a démarré en tant qu’aide à domicile à Lisbonne au service d’un patient souffrant d’une maladie mentale. Bien que la famille portugaise pour laquelle elle travaillait la traitait convenablement, elle devait cependant faire attention à ne pas contrarier ses employeurs.

« Quand vous êtes dans l’illégalité et que votre travail n’est pas réglementé, tout repose sur les employeurs et la pression est trop forte pour qu’ils soient agréables avec vous. » déclare-t-elle à IPS. « Il n’y a pas de congés maladie, donc si vous êtes malade pendant une longue période vous risquez d’être renvoyée. C’est également ce qui se produit si vous souhaitez rendre visite à votre famille quelques jours dans votre pays d’origine. »

En Belgique, Puscariu travaille comme femme de ménage, cette fois-ci en toute légalité puisque son visa d’étudiante lui permet de travailler 20 heures par semaine.

« Ce système fonctionne vraiment bien en Belgique et dans ce pays, les habitants sont encouragés à engager des employés domestiques grâce aux allègements fiscaux. » déclare Puscariu. Elle est à présent employée par le biais d’une agence et peut bénéficier de congés maladie, de congés payés ainsi que d’une assurance.

« Être employé domestique n’est pas un travail prestigieux en Belgique, mais c’est une activité respectée. Au Portugal, la famille qui vous emploie peut vous traiter de façon horrible, en pensant “vous êtes notre servante, vous ne méritez aucune gentillesse de notre part.” »

Tout comme Puscariu, des millions de femmes d’Europe de l’Est s’occupent du ménage, des enfants ou des personnes âgées au domicile de particuliers d’Europe occidentale. Il est difficile de donner une estimation chiffrée précise du nombre de ce type de travailleuses vu qu’un grand nombre d’employés domestiques en Europe sont embauchés illégalement. Un Roumain ou un Bulgare, par exemple, peut se rendre sans visa dans un pays d’Europe de l’Ouest, rester dans ce pays au-delà des trois mois autorisés sans être déclaré et démarrer un travail informel.

D’après WIEGO - l’organisation mondiale représentant les femmes dans le travail informel -, en Italie, plus de 1,2 million de travailleurs accomplissent des tâches domestiques, et plus de 50% des travailleurs migrants en France sont des employés domestiques.

D’après l’Organisation internationale du travail (OIT), on compte plus de 100 millions d’employés de maison à travers le monde. Ce groupe de travailleurs représente « une des plus importantes catégories de mains d’œuvre encore non protégée ». La majorité de cette population sont des femmes.

Selon des recherches menées entre 2006 et 2007 aux Royaume-Uni par Kalayaan, une organisation de soutien aux droits des travailleurs domestiques migrants, 84% des employés domestiques migrants sont des femmes. Parmi elles, 86% travaillent plus de 16 heures par jour, 70% sont victimes de pressions morales, et 56% ne possèdent pas d’espace privé dans la maison de l’employeur.

D’après les recherches réalisées par la sociologue Sarah Schilliger à l’Institut suisse de sociologie de Bâle, le nombre de travailleurs domestiques venant d’Europe orientale a explosé ces 10 dernières années avec l’élargissement vers l’Est de l’Union européenne ainsi qu’avec la privatisation des services de santé dans les pays d’Europe de l’Ouest.

Les recherches de Schilliger sont axées sur les aides à domicile des personnes âgées en Suisse. Cependant, les particularités qu’elle attribue à ce type d’emploi se retrouvent aisément dans la plupart des travaux domestiques réalisés par les femmes migrantes dans le monde entier : bas salaires, insécurité de l’emploi et manque d’avantages sociaux et d’accès aux services de santé ; délimitation complexe entre le statut professionnel et celui de membre de la famille, ce qui nuit à la vie privée et au pouvoir de négociation de l’employé ; obligation d’être toujours disponible lorsque l’employé vit dans la maison de ses employeurs ; l’isolement.

Comme la plupart des travaux domestiques, l’aide à domicile est traditionnellement considérée comme une activité féminine. En Europe, avec un taux de participation croissants des femmes dans le marché du travail, les tâches sanitaires et domestiques sont de plus en plus attribuées aux femmes migrantes.

À leur tour, le départ de ces femmes laisse leur pays d’origine dans un « déficit social ». En Roumanie, les parents de plus de 25 000 enfants travaillent à l’étranger et d’après les psychologues, la plupart des cas de suicides de ces enfants sont en partie dus à l’absence de leurs parents.

Afin d’éviter ces conséquences dramatiques et d’améliorer la vie des travailleurs migrants, ce cycle social devrait être reconnu et intégré dans la législation du travail de tous les pays, argumente Sarah Schilliger. La chercheuse affirme à IPS que « les soins et les activités de service social devraient être considérés comme le centre de la vie humaine ». « Les gouvernements devraient s’assurer que le travail à domicile informel des femmes soit protégé par le code du travail et reconnu comme apport majeur à la sécurité sociale. »

Certains gouvernements européens entreprennent des démarches dans ce sens, en régularisant les services de soins et autres emplois domestiques, mais la plupart des États sont en retard.

La syndicalisation des travailleurs migrants est indéniablement compliquée, et pour les travailleurs migrants dans le secteur des soins et services à la personne, des obstacles supplémentaires apparaissent. Schilliger affirme que « les travailleurs dans le secteur des soins et services à la personne vivent et travaillent au domicile des particuliers et la maison est un espace privé, ce qui rend difficile le contrôle des conditions de travail de ces personnes ». « En second lieu, le statut de l’immigrant est crucial : le travailleur sans-papiers ou dont le statut de migrant est lié à son employeur est extrêmement vulnérable. »

Shilliger insiste sur le fait que malgré tout, les femmes migrantes ne sont pas totalement impuissantes. « Les formes non traditionnelles d’organisation du travail sont plus adaptées aux spécificités du travail domestique rémunéré que le syndicalisme traditionnel. »

Les efforts réalisés par les groupes de travailleurs migrants sont en train de porter leurs fruits. Cette année, lors de sa conférence du 2 au 18 juin, l’OIT a accepté de considérer l’adoption d’une convention internationale pour la protection des droits des employés domestiques, comprenant des standards de travail justes et des normes d’aide et de soutien social.

Karin Pape, de WIEGO et coordinatrice du réseau international des travailleurs domestique lors de la conférence de l’Organisation internationale du travail, a déclaré que la décision de formaliser les droits des travailleurs domestiques sous forme de convention plutôt qu’une simple recommandation – comme certains employeurs et gouvernements le souhaitaient - « est un premier pas important ». Cependant, la convention doit encore être votée lors du plénier de l’OIT l’année prochaine, et ensuite être ratifiée par les 183 États membres.

Les activistes affirment que cette année, les groupes d’employés domestiques doivent travailler pour convaincre employeurs et gouvernements qu’il est nécessaire d’adopter la convention. Certains gouvernements européens font partie des sceptiques, soutenant qu’une convention internationale n’est pas nécessaire puisqu’une législation nationale devrait être suffisante.

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