Sommet de la Terre Rio+20 : il est temps de changer l’histoire

Par LSX Occupy : Energy Equity and Environment Group

, par Rio+20 Portal

Ce texte a initialement été publié en anglais sur Rio+20 Portal, et il a été traduit par Justine Visconti, stagiaire pour rinoceros.

Nous sommes en train de vivre une période particulièrement désastreuse de l’histoire du monde. Comme l’a très clairement souligné Naomi Klein dans son livre La stratégie du choc et par la suite : à ce stade avancé du capitalisme, les entreprises et les financiers dérégulés ne cherchent pas seulement à maximiser les profits au détriment des peuples ainsi que de la planète, ils vont jusqu’à exploiter activement ce désastre. Nous pouvons le voir dans la manière avec laquelle l’effondrement d’une partie du système financier a été utilisé afin de forcer les économies nationales à marcher au rythme toujours plus rapide du tambour néolibéral. Cela s’est traduit par des coupures dans les dépenses et les services publics, permettant aux investisseurs privés ainsi qu’aux entreprises de tirer profit de services anciennement inatteignables tels que ceux de la santé et de la sécurité.

Nous pouvons le voir dans la manière qu’a le « capitalisme du désastre » de Naomie Klein à vouloir tirer profit de la crise environnementale. Cette même approche du marché, encouragée par les homologues de BP et les banques d’investissement, qui n’a pas résolu le problème du changement climatique, est désormais présentée comme la solution à la déforestation ainsi qu’à la croissante destruction de la nature. Selon les termes employés lors des conférences des Nations Unies, le commerce du carbone fait référence à la privatisation de l’atmosphère, le REDD fait référence à la privatisation des forêts du monde et le « paiement des services écosystémiques » à la privatisation de tout le reste.

Ce que nous pouvons voir se profiler rapidement à l’horizon des événements est quelque chose de hautement symbolique. Le Sommet de la Terre Rio+20, qui se tiendra en juin, ne peut pas manquer d’être, avant toute chose, un témoignage de l’échec des gouvernements nationaux (soumis aux intérêts des entreprises) face aux problèmes environnementaux qui ont été à l’origine du premier Sommet de la Terre, il y a 20 ans. À cause du changement climatique, les quantités de gaz à effet de serre atteignent des taux inattendus et sans précédent, tout comme ceux de perte de la biodiversité.

La déclaration en préparation de la conférence mentionne elle-même cet échec. Il y est écrit que le « développement non durable a renforcé la pression exercée sur les ressources naturelles limitées de la terre ainsi que sur la capacité d’absorbtion des écosystèmes ». « L’insécurité alimentaire, le changement climatique et la perte de la biodiversité ont (négativement) affecté de manière négative les avancées du développement. Nous sommes grandement préoccupés par le fait qu’1,4 milliard de personnes vit toujours dans une extrême pauvreté et qu’un sixième de la population mondiale qui est sous-alimenté. Les pandémies sont des menaces omniprésentes aujourd’hui. »

Tout ceci est tellement honteux pour la communauté internationale qu’il en a été réduit à un événement de trois jours lors duquel les chefs de gouvernement, tel que notre David Cameron, ne sont même pas attendus. La déclaration en préparation que les « dirigeants » du monde doivent signer se compose juste d’une vingtaine de pages et n’a pratiquement pas de fond concret.

Ce « Zero Draft », tel qu’il est nommé, a été résumé par l’expression « Zero Ambition » dans la lettre d’information des ONG participant au processus de Rio+20 : « L’ensemble du texte ne dégage qu’une démarche volontaire, à laquelle les pays peuvent adhérer ou qu’il peuvent juste laisser de côté. Ce document est rempli de beaux et intéressants partenariats, de bonnes intentions ainsi que de promotion pour une consommation verte. Si vous le lisez plus en détail vous pouvez y trouver quelques bonnes idées, mais la plupart ne sont pas vraiment nouvelles : changer d’indicateurs, mettre fin aux subventions nuisibles, faire davantage participer la société civile, etc. Tout ce qui a été proposé et approuvé il y a dix ou vingt ans.

Il s’agit de la même démarche volontaire ratée que celle du premier Sommet de la Terre. C’est lors de ce sommet, en 1992, qu’ont été rédigé la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (la CCNUCC, qui, depuis, est le document de base pour toutes les discussions des Nations Unies à propos du climat) ainsi que de la Convention sur la diversité biologique. Le programme de Rio+20, tel qu’il est défini aujourd’hui, ne propose rien de plus que ces mêmes mauvais remèdes. Il est plein d’engagements volontaires ainsi que d’objectifs vides de contenu et sans moyens de les atteindre.

Dans le cadre du processus d’élaboration de ce programme, des dizaines de groupes représentant la société civile de par le monde ont adressé leurs idées et propositions accompagnant celles des gouvernements nationaux. Certaines de ces initiatives ont fait l’objet de discussions au sein des groupes de travail centrés sur l’énergie, l’équité et l’environnement ou sur l’environnement et l’économie. Nous pensons qu’elles méritent l’attention sérieuse du mouvement Occupy London dans son ensemble.

La première proposition concerne la reconnaissance des limites de la planète. Un article conséquent paru dans le magazine scientifique Nature en 2009, rassemblait les connaissances à propos des systèmes terrestres ainsi que de leurs limites à notre exploitation. Il identifiait neuf limites (davantage pourront être identifiées à l’avenir) dont trois que nous avons déjà dépassés : la concentration de gaz à effets de serre dans l’atmosphère, le taux de perte de la biodiversité et le cycle de l’azote. Un groupe d’avocats défendant les intérêts publics a lancé une campagne afin que ces limites soient reconnues et respectées par le droit international.

La deuxième proposition est celle de rendre « l’écocide » le cinquième crime contre la paix. Ainsi, les PDG, membres des conseils d’administration, ministres des gouvernements et directeurs des banques seraient personnellement responsables des destructions à grande échelle des écosystèmes comme la fuite de pétrole dans le Golfe du Mexique ainsi que la production de pétrole issu des sables bitumineux de l’Alaska.

La troisième proposition est celle de reconnaître les droits de la nature. Celle-ci s’inspire des travaux de la Bolivie qui, en 2009, a rédigé la Déclaration Universelle des Droits de la Terre Mère, ainsi que de la tradition philosophique de penseurs tels que Thomas Berry et des communautés dépendant des lois de la nature, selon lesquels l’environnement, plutôt que les humains (et les entreprises), doit être placé au centre de notre système juridique. Cela fait écho aux termes employés par Rowan Williams qui a déclaré que « l’économie est une filiale exclusivement détenue par l’environnement ». Elle se base également sur les idées des progressistes tels que Susan George qui avait affirmé qu’inverser nos priorités actuelles afin de placer l’environnement en première position suivi par les êtres humains et enfin par l’économie était la grande mission de notre époque.

D’autres propositions telles que, par exemple, la création d’une Cour de justice internationale pour l’Environnement ainsi que le poste de Médiateur pour les Générations Futures, méritent également d’être soutenues. Le fait que les entreprises et les intérêts financiers se soient emparés et aient réussi à dévier le processus des Nations Unies représente, bien sûr, l’autre moitié du problème que nous devons résoudre.

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