Rivendell : Nous voulons des stations radios qui soient enfin autonomes

 

Ce texte, publié originellement en espagnol par Software Libre y Socialista, a été traduit par leohey, traducteur bénévole pour rinoceros.

 

Vous êtes vous déjà demandé comment votre station de radio favorite pouvait bien faire pour diffuser de la musique sans interruption, jour et nuit ? Il y a bien longtemps je pensais qu’une personne à huit bras était aux prises avec des centaines de CDs pour passer les morceaux au bon moment, de façon à ce que la diffusion ne s’interrompe à aucun moment.

En fait, toutes les stations de radio ont leurs opérateurs, des personnes qui travaillent au studio et s’assurent que la musique parvienne bien à vos oreilles. Toutefois les opérateurs ne se battent pas avec de gigantesques tours de Cds mais avec un ordinateur équipé d’un logiciel « d’automatisation », qui affiche sur l’écran la liste des chansons disponibles, lesquelles sont choisies par un autre employé de la station : le DJ. L’opérateur crée une liste de lecture -semblable à celles que l’on crée pour un lecteur MP3- et l’ordinateur se charge ensuite de jouer la musique des heures durant, et bien souvent, sans intervention humaine.

Le nombre de pratiques malhonnêtes que le capitalisme a inventées autour de la radiophonie est considérable. L’une d’entre elle est la « payola », c’est à dire le pot-de-vin que les producteurs et les représentants de maisons de disques paient pour que leurs artistes médiocres passent sur toutes les stations. Mais il existe un autre business juteux : celui des logiciels d’automatisation pour les radios.

L’un de ces programmes, Audiovault pour Windows, créé par la firme américaine Broadcast Electronics, semble s’être fait une place de choix dans de nombreuses stations, en jouant sur l’intimidation. Ses vendeurs vous assurent qu’il s’agit du logiciel le plus performant du marché, mais une fois versés les milliers de dollars dont il faut s’acquitter pour l’obtenir, les employés sont invités à ne pas trop le bidouiller, faute de quoi il pourrait arrêter de fonctionner et la station devrait payer des milliers de Bolivars pour pouvoir le réactiver. Pour le faire fonctionner, il faut entrer un code sur chaque ordinateur. Le logiciel, développé en 1989 est obsolète et si vulnérable aux virus que son constructeur recommande de l’installer sur un ordinateur en réseau local, déconnecté d’internet ; l’utilisation de clé usb est proscrite, il faut désactiver les ports usb des ordinateurs qui l’utilisent et les chansons ne peuvent être importées que par le biais de Cds. Pour effectuer n’importe quelle tâche, par exemple remplacer une pièce de hardware, il faut appeler et payer les représentants d’Audio Vault.

Aucune radio ne peut se considérer comme maîtresse de sa technologie de sa technologie si des entreprises privées la contrôlent de cette manière, mais malheureusement, c’est la réalité pour toutes les radios d’État aussi bien que des radios communautaires ou alternatives.

Le logiciel d’automatisation est très important pour toutes les stations de radio. Si ce logiciel tombe en panne, la station peut arrêter d’émettre pendant quelques secondes, des minutes voire pendant des heures.

Si le logiciel en question est instable et vulnérable, quelqu’un peut en profiter pour diffuser des contenus indésirables : par exemple, un discours de Leopoldo Lopez pendant le journal de RNV, ou une chanson qui viole la loi.

C’est bien pour cela qu’il est absurde que toutes les stations de l’État, alternatives et communautaires du pays continuent à utiliser des applications commerciales à code fermé, en particulier à l’endroit le plus sensible de leur système.

Radio 90% Logiciel Libre

Je travaille actuellement à la station Alba Ciudad 96.3 FM, qui appartient au Ministère du Pouvoir Populaire pour la Culture au Venezuela. Bien que j’aie été embauché pour développer leur site internet, à mon arrivée en Décembre 2009 il nous a semblé que les conditions pour en faire une station 100% logiciel libre étaient réunies. Les dirigeants de la station nous ont fait confiance et donné toute liberté pour le faire.

 Déjà auparavant j’avais travaillé chez Radio Nacional de Venezuela, en 2004 et 2005 et j’avais pu remarquer la très forte résistance qui émanait du département d’ingénierie et d’informatique en matière d’adoption de logiciels libres. À l’heure actuelle cette station continue d’utiliser des logiciels commerciaux pour la plupart de ses installations, y compris le système d’automatisation, l’instable AudioVault. Il est prévu de le remplacer par un logiciel espagnol assez onéreux qui s’appelle XFrame.
 À YVKE Mundial, chez qui j’ai travaillé entre 2007 et 2009, la résistance a également été féroce de la part du projet Cuba-Venezuela, qui se chargeait notamment du projet de modernisation technologique du département. Le système d’automatisation continue d’être un logiciel commercial, de même que dans presque toutes les autres sections de la station. Le département web, dans lequel travaillaient 7 personnes, fonctionnait totalement avec des logiciels libres au moment de notre départ en 2009.
 Radio del Sur utilise uniquement des logiciels commerciaux, comme nous avons pu le constater dans les images de la UTV, qui furent diffusées quelques jours âpres son inauguration (la station est excellente, politiquement parlant, mais le reportage en question était truffé de publicité à l’affichage en faveur de Microsoft).
 L’écrasante majorité des stations communautaires et alternatives que je connais utilisent des logiciels commerciaux, comme par exemple Zara radio, qui possède une version gratuite (mais attention ! non libre ! Le code source n’est pas disponible, ce qui ne permet pas de voir son fonctionnement ni de l’améliorer).

Chez Alba Ciudad, en travaillant avec le bureau des technologies de l’information (OTI), nous avons installé Linux Mint 7, avec la version la plus récente de l’éditeur de son Audacity et nous avons réussi à former la plupart du personnel à l’utilisation de l’éditeur libre, malgré quelques obstacles et problèmes qui furent finalement surmontés.

Quoiqu’il en soit, le problème du logiciel d’automatisation persistait.

Quand je suis arrivé, la station avait cessé d’émettre (le silence radio a duré près d’un mois) et AudioVault ne fonctionnait pas. Les représentants du logiciel nous assuraient téléphoniquement que le problème était du à « un virus », ils nous demandaient de ne toucher à rien pour que les choses n’empirent pas, nous recommandaient de faire parvenir l’équipement à leur bureaux pour qu’ils puissent le réparer, moyennant une fortune.

De surcroît, ils nous demandèrent d’acheter une licence de Norton Antivirus, car ils soutenaient qu’il s’agissait du seul antivirus qui fonctionnait.

Finalement, nous avons surmonté la peur d’AudioVault et avons entrepris de résoudre le problème nous-mêmes. Nous avons découvert qu’il y avait un problème dans la configuration du réseau sous Windows, et après l’avoir reconfiguré, AudioVault s’est remis à fonctionner. L’ordinateur n’avait pas de virus mais l’OTI a tout de même installé une version gratuite d’un antivirus, et l’ensemble fonctionne jusqu’à présent, avec néanmoins les problèmes typiques d’un logiciel vieux de 21 ans.

L’alternative Rivendell

Après avoir essayé quelques alternatives libres, nous sommes tombés sur Rivendell, qui, étant un logiciel libre, permet à quiconque de le télécharger, de l’essayer et de l’installer. Il fonctionne sous Linux, ce qui le rend insensible aux virus qui pullulent sous Windows. Il fonctionne en réseau et peut être installé sur plusieurs ordinateurs sans avoir à payer une licence ( Audio Vault exige des milliers de dollars pour chaque installation sur un ordinateur supplémentaire). Le réseau en question n’a pas besoin d’être isolé du reste de la station, ni d’être déconnecté d’internet.

Il est utilisé dans des centaines de stations radio de part le monde, dont certaines possèdent un stock dépassant les 15 0000 chansons.

amberpaw2/Flickr

Rivendell détient de nombreux avantages. Il peut être utilisé, pour une petite station, sur un seul ordinateur et avec une configuration basique. Mais il peut également être utilisé en réseau, dans ce cas il permettrait, par exemple, au Dj de placer ses chansons depuis son propre ordinateur, aux producteurs de charger leurs chansons pour leurs émissions radiophoniques à partir d’un autre ordinateur, aux journalistes d’avoir recours à leurs interviews pour leur journal parlé, chacun depuis leur propre ordinateur et sans avoir à faire appel à un opérateur.

Des permissions spécifiques peuvent être établies de façon à ce que les journalistes ne puissent avoir accès aux dossiers des chansons et qu’inversement, les DJ ne puissent toucher aux interviews enregistrées par les journalistes.

N’étant pas vulnérable aux virus, les chansons peuvent être importées depuis des clés USB et non plus uniquement par CD. Rivendell est en mesure d’importer des audios en format MP3, OGG et WAV et de les sauvegarder sous ce dernier format.

Power to the People

Le DJ peut créer des listes de lecture avec toutes les chansons, les morceaux d’identification, les publicités, les micros et les autres pistes audio qui vont se succéder tout au long de la journée, il peut même ordonner au logiciel de les faire tourner automatiquement.

Pour chacune des chansons, il peut indiquer un début et une fin de lecture, à quel moment elle commence à s’effacer, éditer ses niveaux sonores, et même définir des pistes de voix (voice tracks), qui permettent de préenregistrer la voix d’un interlocuteur et de la reproduire au début d’une chanson donnée. Cette option s’avère utile pour identifier le titre, l’auteur et le genre d’un morceau vénézuélien, comme l’exige la loi de Responsabilité Sociale. Rivendell génère également les rapports requis par cette loi.

L’opérateur qui diffuse les chansons en direct peut donc charger les listes de chansons élaborées par le DJ, mais il peut également les créer lui même. Rivendell dispose en outre d’un panel d’effets sonores, qui s’avèrent pratiques dans les programmes en direct.

On peut également envisager d’installer un autre ordinateur avec ledit panel pour que les présentateurs utilisent eux même les effets sonores.

Rivendell peut fonctionner avec une ou plusieurs cartes son, c’est à dire, avec plusieurs canaux de sortie. Le programme s’accommode de toute carte son compatible ARSA, comme par exemple la Creative, Encore ou Intel. Avec ces pièces en particulier, sa stabilité est remarquable, nous n’avons pas eu de problème de flux ou autre.

Ceux qui ont l’intention d’utiliser des cartes professionnelles dotées de sorties audio balancées peuvent faire appel aux cartes M-Audio ou Audio Science. Toutefois, nous n’avons put faire fonctionner Rivendell de manière satisfaisante avec les cartes Digigram – qu’utilise Audiovault- à cause de problèmes liés aux pilotes sous Linux.

Rivendell s’appuie sur des composants libres, comme le système de bases de données MYQL, ce qui simplifie l’affichage de la chanson en cours de lecture sur le site internet de la radio ou permet de mettre à la disposition des auditeurs la liste complète des morceaux de la station, et leur laisse l’opportunité de voter pour ceux qu’ils préfèrent.

Mais surtout, le fait que Rivendell soit un logiciel libre nous permet d’étudier son code source, de l’éditer et de l’adapter à nos besoins. Le logiciel existe en anglais, en français et en allemand, mais nous l’avons nous mêmes traduits en espagnol [1].

Nous avons également crée les scripts nécessaires au transfert des morceaux et des extraits audio d’AudioVault vers Rivendell.

Dans l’éventualité d’un problème lié au logiciel, nous avons la possibilité de le réparer nous mêmes, sans avoir à faire appel à des entreprises extérieures et des tarifs exorbitants. En d’autres termes, nous sommes maîtres de notre technologie.

Chez Alba Ciudad, la quasi intégralité des 25 ordinateurs en notre possession fonctionne sous logiciels libres, à l’exception de celui du studio (Mac) et celui d’AudioVault (Windows).

Nous utilisons Audacity, logiciel libre d’édition et de mixage, avec lequel nous enregistrons également dans l’un de nos studios.

Un ordinateur équipé d’Ecasound enregistre la programmation 24h sur 24, ce qui permet aux producteurs (qui ont accès à ce logiciel en réseau) d’obtenir les copies de tous les programmes.

Nous attendons avec impatience que notre administration valide notre commande de Novembre pour certaines pièces afin de pouvoir installer Rivendell chez Alba Ciudad.

Si nous parvenons à l’installer, nous deviendrons la première station au Venezuela à fonctionner à 100% en logiciel libre, et ce serait un succès supplémentaire pour le Ministère pour la Culture, qui travaille depuis des années déjà avec des serveurs, des centrales téléphoniques et des ordinateurs en logiciels libres.

Votre radio peut également utiliser Rivendell

Toute station radio communautaire ou alternative peut utiliser Rivendell. Il existe un moyen relativement facile de l’installer. Geoff Bankman, qui dirige une station équipée de Rivendell en Nouvelle-Zélande, a crée une distribution d’Ubuntu appelée « RRAbuntu », qui inclut Rivendell. On peut la télécharger depuis ce site et l’installer comme cela se ferait avec un CD d’Ubuntu.

On peut également l’installer depuis Debia, Ubuntu ou Canaima en utilisant les référentiels créés par le français Alban Peignier.

Rivendell a été sous-estimé par l’État vénézuélien et les accords internationaux, qui ont plutôt misé sur XFrame (de code fermé et développé en Espagne) pour remplacer AudioVault.

On ne peut livrer une bataille de la communication si des composants vitaux de nos médias continuent d’être dirigés par des multinationales, au risque de voir se répéter l’incident du PVDSA de Décembre 2002.

Nous croyons qu’au lieu de mépriser le logiciel libre, le gouvernement bolivarien devrait le soutenir pour que les instruments de communication tels que Rivendell et Audacity s’améliorent ce dernier étant soutenu par des jeunes qui travaillent gratuitement pendant leurs moments libres et avec lesquels nous pouvons collaborer malgré la distance.

Site web Officiel : http://www.rivendellaudio.org/
_Il est recommandé de travailler avec la version 1.6 en attendant que certains problèmes soient résolus avec la version 1.7