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Renforcer l’information indépendante et citoyenne en France et dans le monde

1ère partie

, par RITIMO

Dans cette dernière partie du guide S’informer, décrypter, participer, longue et touffue, que nous avons donc segmentée en deux volets, il est question de recenser les bonnes idées et pratiques pour renforcer l’information citoyenne en France et un peu partout dans le monde.

Neutralité du Net : la nouvelle bataille pour garantir un Internet démocratique

La neutralité du Net, telle que la définit la Quadrature du Net, association de défense des droits et libertés des citoyens sur Internet « garantit que les opérateurs télécoms ne discriminent pas les communications de leurs utilisateurs, mais demeurent de simples transmetteurs d’information.

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Dessin Claire Robert / Ritimo

Ce principe permet à tous les utilisateurs, quelles que soient leurs ressources, d’accéder au même réseau dans son entier ». Sous prétexte de vouloir protéger les droits d’auteurs, de lutter contre le terrorisme ou contre des comportements prédateurs sur le Net, des traités et projets de lois nationaux ou inter-gouvernementaux comme le TAFTA, Hadopi, ACTA, PIPA et bien d’autres, menacent nos libertés sur le Net en poussant les fournisseurs d’accès et les éditeurs à filtrer les contenus, à favoriser certains contenus plutôt que d’autres, en vue de satisfaire à des intérêts commerciaux ou politiques.
De plus en plus de pays se mobilisent pour défendre la neutralité du Net afin qu’Internet reste un bien commun. Le Brésil, le Mexique, le Chili, le Pérou, le Canada, l’Équateur, les Pays-Bas et la Slovénie ont intégré ce principe de neutralité dans leur législation. Mais de nombreux autres, notamment ceux de l’Union européenne, patinent, prenant ainsi le risque que l’esprit de liberté et d’accès au plus grand nombre qui avait animé les fondateurs d’Internet, ne soit totalement dévoyé.

Le droit à l’information et à la communication se fait une place dans les Forums sociaux mondiaux !

Les situations locales de l’information et des médias sont très diverses dans le monde. Pas facile de ce point de vue, de trouver un terrain d’entente entre médias libres à l’échelle internationale. Pourtant, le Forum mondial des médias libres (FMML) est né dans le cadre des Forums sociaux mondiaux, de la rencontre entre militants de la liberté d’expression et acteurs de la lutte pour une autre forme de communication et d’information.
Dans un monde où l’accès à une information plurielle, critique et diversifiée est de plus en plus difficile, le FMML veut explorer des pistes et des alternatives qui garantissent aux citoyens le droit à la « communication par tous et pour tous ». Une telle démocratisation de la communication est fondamentale, car nul projet de démocratie ne peut être crédible et pérenne sans elle. Cela passe avant tout par une appropriation, par chacune et chacun, des moyens d’information et de communication.
Né pendant le Forum social mondial de Belém, en 2009, le Forum mondial des médias libres vise à devenir un espace de mobilisation des sociétés civiles engagées dans la transformation du système mondial d’information et de communication. Inclusif, il voit sans cesse de nouveaux acteurs provenant des quatre coins du globe reprendre ses revendications (journalistes, militants de la communication, associations, lanceurs d’alerte, blogueurs, hackers, acteurs des logiciels libres…).
En 2013, à Tunis, ses organisateurs réfléchissent à un cadre commun de principes et de luttes : l’idée d’une charte est née ! Cette Charte mondiale des médias libres sera élaborée de façon participative pendant deux ans pour être adoptée à Tunis en mars 2015.
Ce texte est un outil de lutte et de plaidoyer pour les différents acteurs et organisations qui défendent la liberté d’expression et le droit à la communication à travers le monde. Il se veut l’expression de résistance et d’engagement en faveur d’une communication juste et émancipatrice.

Les enjeux pour les médias libres en France

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Dessin Claire Robert / Ritimo

* Trouver un modèle économique durable

Comment concilier l’indépendance financière avec l’exigence de liberté d’expression, d’information et de création ? De nombreux médias réfléchissent à résoudre cette équation mais aucun ne semble avoir trouvé la « recette miracle » qui pourrait garantir l’installation de l’information citoyenne dans le paysage médiatique. Certains d’entre eux doivent aujourd’hui livrer une véritable bataille pour survivre, d’autant plus que leur liberté d’informer a un coût : celui des procès qui leur sont régulièrement intentés quand, par exemple, ils s’attaquent aux « affaires » des politiques et des financiers, ou encore aux abus des multinationales.
Pour se financer, certains de ces médias acceptent d’avoir recours à la publicité en cherchant à réduire au maximum le risque de pression que les annonceurs pourrait exercer sur les contenus, à l’image de Rue89 ou Politis. D’autres y sont farouchement opposés et préfèrent s’autofinancer le plus possible, de façon à ce que le média reste entre les mains des journalistes et de ses lecteurs, soit par des systèmes d’abonnements (Mediapart, Arrêt sur images, Spicee), soit par des appels au don afin de garder leurs articles en accès gratuit (Basta !, Reporterre). Mais l’autofinancement reste un objectif difficile à atteindre et souvent, ces médias doivent compléter leurs activités par des prestations extérieures (formation à l’écriture journalistique, à la vidéo, au journalisme citoyen et participatif, couverture de certains événements…), faire appel à des fondations privées, ou des subventions publiques ponctuelles.
En France, une des questions très épineuse concerne le rôle de l’État. Il y a soixante-dix ans, à la Libération, le Conseil national de la résistance avait mis en place un dispositif pour que vivent le pluralisme et l’indépendance des médias (en réaction à la collaboration de plusieurs journaux français avec l’occupant). Ce temps semble bien révolu : on assiste depuis à un démantèlement constant des acquis de ce dispositif par la concentration médiatique, l’uniformisation des contenus et le soutien de l’État… aux médias qui en ont le moins besoin !
Le système des aides à la presse est assez révélateur d’un malaise par rapport au rôle de la puissance publique vis-à-vis de l’information. Alors qu’elles ont été créées pour soutenir les publications d’intérêt général, ces aides (820 millions d’euros d’aides directes et indirectes en 2015) sont en réalité attribuées très largement à de « gros journaux nationaux », aux mains des riches industriels, comme Le Monde ou Le Figaro, Libération, L’Obs... ou encore aux programmes télé qui sont cinq parmi les 30 titres de journaux les plus aidés (Télé 7 jours, Télé Star, Télé Loisirs, Télé Z et Télécable Satellite Hebdo). Les médias alternatifs, eux, sont très peu soutenus par ce fonds public.
La situation n’est pas non plus très satisfaisante pour les médias associatifs audiovisuels. Il existe un fonds de soutien à l’expression radiophonique, basé sur un prélèvement sur les recettes publicitaires audiovisuelles qui, quoiqu’ insuffisamment doté et remis en question chaque année, a fourni aux radios associatives des moyens de subsistance depuis plus de trente ans et qui sert de modèle de revendication pour la plupart des radios du monde. A contrario, il n’existe pas encore de fonds de soutien pour les chaînes de télévision associatives.
Ainsi de nombreux médias alternatifs considèrent que les financements publics sont leur cheval de bataille et qu’un travail de plaidoyer peut mener à une répartition beaucoup plus équitable des aides à la presse. Ce travail de plaidoyer, notamment mené par la Coordination permanente des médias libres, s’effectue conjointement à des revendications pour une meilleure distribution des fréquences, qui permettrait aux médias associatifs et citoyens de s’installer durablement dans le paysage médiatique français. Et il semble qu’il commence à porter ses fruits puisque le gouvernement multiplie les annonces dans lesquelles il dit vouloir soutenir ces médias citoyens « qui expérimentent et qui inventent », notamment par une refonte des aides à la presse en leur faveur.

* Être lu/regardé/écouté

Trop souvent, les médias alternatifs ont une faible audience et demeurent méconnus du grand public, en raison de contraintes économiques et humaines mais aussi parce qu’il y a souvent une certaine défiance à leur égard (soupçons de partialité, d’amateurisme, d’austérité et de complexité des contenus, de bavardage...). C’est pourquoi les médias alternatifs, pour être crédibles, doivent être particulièrement attentifs à la qualité de leur information. Seule une information sérieuse, sourcée, documentée et qui parvient au lecteur régulièrement (surtout sur Internet, qui met en avant les médias qui publient rapidement et souvent) peut mettre en défaut ce scepticisme. Le fait de produire de l’information compréhensible par le plus grand nombre, avec un vocabulaire accessible et éloigné des jargons, est aussi un gage de succès.
Dans le domaine de la presse écrite, trouver son lectorat peut aussi se révéler difficile, notamment parce que les groupes multinationaux possèdent souvent la majorité des réseaux de distribution, que ce soit les entreprises spécialisées dans l’acheminement ou bien les magasins de vente. Pour que la presse alternative soit présente sur tous les territoires, il faut transformer le système de diffusion et de distribution, notamment en faisant bénéficier à ces médias des tarifs postaux les plus avantageux possibles et en révisant les cahiers des charges des deux grandes sociétés de messagerie, Presstalis et les Messageries Lyonnaises de Presse, pour qu’ils favorisent ce type de presse.

* Mutualiser  

Dans leur recherche fervente d’indépendance, les médias alternatifs misent principalement sur leur nombre d’abonnés. Une vive concurrence s’est peu à peu installée sur ce qui est devenu le « marché de l’autre information », un marché naissant mais qui demeure encore limité.
Souffrant d’un manque de visibilité, n’y a t-il pas tout à gagner en se regroupant plutôt qu’en s’excluant ? Cette question pousse les acteurs des médias indépendants, non lucratifs, alternatifs à créer des espaces de mutualisation. Depuis plusieurs décennies, les radios associatives organisent au niveau régional et national des couvertures mutualisées d’événements et des échanges d’émissions prêtes à diffuser.
A l’occasion du FSM de Porto Alegre en 2003, une vingtaine de médias, écrits ou Internet, ont décidé de s’associer pour mettre à disposition de tous les articles et reportages que chacun d’eux réaliserait. L’occasion de vérifier que la logique de coopération, en matière d’information comme dans bien d’autres domaines, est bien plus riche et pertinente que celle de la concurrence et de la compétition. Au niveau international, le réseau Ciranda prolonge aujourd’hui le même type de démarche.
Née en mai 2014, lors de la troisième édition des rencontres des médias libres et du journalisme de résistance à Meymac (Corrèze), la Coordination permanente des médias libres professe sur son site Internet avoir « compris que nous parviendrons ensemble, de façon solidaire, à donner de la force à chacun d’entre nous ». Par ses temps de rencontre annuels riches en échanges professionnels et par un travail de plaidoyer mené tout au long de l’année, cette coordination d’une cinquantaine de médias (presse, radio, internet, télé) réclame une reconnaissance du rôle des médias libres dans la démocratie et des moyens financiers pour qu’ils continuent d’exister et d’exercer leurs missions d’utilité publique. A l’échelle du territoire, d’autres regroupements se font jour comme par exemple en région Rhône-Alpes, puis en Provence Alpes Côte d’Azur, l’association Médias citoyens qui travaille sur la promotion et le plaidoyer pour les médias du Tiers-Secteur et valorise le faire-ensemble de ces différents médias à travers la couverture commune d’événements.

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