Partir ? Mais pour faire quoi ?

Podcast : Guide ritimo "Partir pour être solidaire ?"

, par Rédaction

Dans ce mini-podcast, ritimo revient sur les motivations parfois complexes, et parfois un peu moins avouables, qui poussent de nombreuses personnes à partir à l’étranger dans le cadre d’un projet de solidarité internationale. Partir, mais pour faire quoi ? Pour acquérir une expérience professionnelle ? Pour découvrir d’autres cultures ?

Le guide pratique ritimo « Partir pour être solidaire ? » répond aux nombreuses interrogations que suscite le fait de mener à bien un projet solidaire dans un pays du Sud. Développant ces idées et d’autres encore, c’est un outil indispensable pour toutes celles et ceux qui veulent réfléchir avant d’agir.

TRANSCRIPTION

"— T’as rempli tes vœux pour ParcourSup ?
— Tu parles !! faire des études pour se retrouver au chômage ensuite, dans un monde qui crame, nan mais franchement, pour quoi faire... Nan, moi l’année prochaine, je me rends utile : je pars aider en Afrique ! Sérieux, c’est horrible toutes ces inégalités, il faut faire quelque chose, y’a tellement de trucs affreux qui se passent, à la radio ils en parlent tous les jours...
— Ah ouais, quand même... mais tu comptes faire quoi, si t’as pas encore de compétences dans rien ? Ça se prépare un projet dans un pays du Sud, tu sais... Tu vas t’y prendre comment ?
"

Face aux multiples injustices, aux guerres, aux camps de réfugiés et à tant de catastrophes naturelles, on est nombreux·ses à vouloir agir... En partant aider dans un pays du Sud, par exemple ! Mais pour quoi faire, et comment ? Ce n’est pas si simple : les bonnes intentions ne suffisent pas, et elles peuvent parfois se solder par des actions contre-productives, voire néfastes...

Avant de se lancer dans un projet de solidarité internationale, il faut être lucide sur ses motivations réelles, et ne pas fermer les yeux sur les ambiguïtés. Par exemple, c’est totalement légitime d’avoir envie d’aventure ou de s’évader de la routine... Et puis c’est compréhensible d’avoir besoin de se sentir valorisé·e aux yeux de son entourage, de renforcer son estime de soi, ou son CV, de vouloir acquérir une expérience professionnelle, de fuir une vie qu’on trouve banale ou encore des problèmes familiaux… Mais alors, il faut reconnaître qu’aider n’est pas le premier moteur du projet. En un mot, être sincère envers soi-même et donc envers les autres. Cette sincérité sur les motivations du projet, c’est le premier pas pour le réussir.

Première étape : éviter l’équation : « Pays du Sud = Besoin de nous » !

Quand on veut "aider", on fait trop souvent appel à une équation simple, mais fausse : « Pays du Sud = Pauvreté = Besoin d’aide = Besoin de nous ». Cette façon de se représenter les choses est fondée sur une vision assez réductrice des pays du Sud, alimentée par les clichés que véhiculent, par exemple, les grands médias. On s’imagine des populations sans ressources, attendant passivement une aide qui viendra de l’extérieur... c’est bien mal connaître les causes et les mécanismes qui engendrent la pauvreté !

Cette vision sous-estime totalement la capacité des pays et des personnes à agir pour leur propre intérêt. Les gens sur place ont des compétences, des savoirs-faire, des modes d’organisation et de régulation qui ne nécessitent pas forcément une intervention étrangère. D’ailleurs, souvent, lors d’une catastrophe, les populations locales sont les plus rapides et les plus efficaces dans la mise en œuvre des secours d’urgence.

Si on veut partir, il faut commencer par admettre cette idée : probablement, notre présence sur place ne sera pas utile, surtout si on n’a pas de compétence ou d’expérience particulière. Et puis, il faut se poser la question : suis-je vraiment la mieux placée pour savoir les besoins de personnes qui font face à des difficultés dont j’ignore presque tout ? Depuis trop longtemps, la vision occidentale domine le champ de la solidarité internationale. Se questionner sur sa place dans le monde et sur ses propres perceptions, ça permet de prendre conscience de comment tout ça impactent nos actions et nos façons d’entrer en relation avec les autres. Rester humble et à l’écoute, sans vouloir à tout prix « être utile », ça peut être un premier pas pour rompre avec des rapports profondément inégalitaires.

Partir, mais pour faire quoi ? Pour acquérir une expérience professionnelle ?

Partir comme volontaire dans l’humanitaire pour échapper au chômage ou dans une stratégie de carrière, ça peut paraître cynique. Mais c’est une réalité pour beaucoup de personnes quand le marché du travail est difficile dans son propre pays. Et cela, d’autant plus que ces dernières années, la solidarité internationale s’est professionnalisée et institutionnalisée. Pour beaucoup, c’est d’abord une expérience « sympa » qui permet de voyager. Mais pour d’autres, partir comme volontaire, c’est aussi une stratégie pour s’insérer professionnellement. Cela peut être un moyen rapide de décrocher une première expérience ou d’accéder à des responsabilités qu’on n’a pas en France. MAIS l’humanitaire est loin d’être réservoir d’emplois : il n’y a pas beaucoup de postes et les personnes qui veulent travailler dans ce domaine sont de plus en plus nombreuses. Les tests de sélection sont de plus en plus exigeants et deviennent comparables à ceux du milieu de l’entreprise, voire plus difficiles encore.

Par contre, partir pour une action de solidarité internationale en rapport avec son métier, sa formation ou ses compétences, ça peut être très enrichissant quand on a déjà une expérience professionnelle. C’est une opportunité d’exercer son métier d’une autre manière, ou dans une perspective de confrontation des savoir-faire. C’est aussi l’occasion d’acquérir des savoir-être : savoir s’adapter, relativiser les difficultés, apprendre à être indépendante par rapport à son milieu d’origine, plus tolérante, plus ouverte d’esprit...

Partir, mais pour faire quoi ? pour découvrir ?

Si le but d’un voyage dans un pays du sud, c’est de rencontrer les autres, on n’a pas forcément besoin d’essayer d’aider. Découvrir d’autres modes de vie, d’autres repères, d’autres cultures... Ça ne rentre pas dans le champ de la solidarité internationale, mais ça reste une expérience interculturelle très enrichissante !

Par le voyage, on peut faire connaître la culture et les réalités du pays de destination dans son pays d’origine. Et réciproquement ! A condition, bien sûr, de s’être préparé·e au préalable, d’avoir réfléchi à ses attentes, ses expériences, son parcours, ses identités... En s’informant sur l’histoire, la politique et l’économique du pays, et en faisant des liens avec notre propre Histoire, on peut aussi se rendre compte qu’une foule d’éléments historiques et culturels ont imprégné nos imaginaires, et qu’on a encore parfois beaucoup de stéréotypes sur les autres cultures...

A chaque voyage, il est primordial de se questionner sur les conséquences sociales et environnementales de nos vacances. La crise écologique, le changement climatique, l’essor de pandémies… voilà de quoi s’interroger sur le fait même de voyager. Un tourisme durable en avion, est-ce vraiment possible ?

Le voyage à l’international interroge aussi sur la question de la réciprocité. Si je vais visiter le Togo ou la Bolivie, est ce que les togolais·es et les bolivien·nes peuvent venir visiter mon pays ? En dehors de la question évidente des coûts du voyage, reste celle de la nationalité et des inégalités de liberté de circulation qui lui sont associées. Alors qu’un passeport japonais ou singapourien permet de voyager dans 192 pays sans visa, un passeport syrien, irakien ou afghan autorise la libre circulation dans moins de 30 pays. Les inégalités dans l’accès au voyage n’ont jamais été aussi si importantes, notamment parce que les pays du Nord s’emploient de plus en plus à restreindre l’accès à leur sol, par un contrôle aux frontières devenu systématique voire meurtrier.