Mexique : un communiqué dévoile les paradis industriels et les enfers environnementaux dans le pays

, par CDHAL

Ce communiqué présente les résultats principaux de la “Caravane sur les impacts sociaux et environnementaux des entreprises transnationales et du commerce libre au Mexique” (#ToxiTourMexico), ce qui a eu lieu en décembre 2019 avec la participation de près de 50 organisations de personnes affectées au Mexique ainsi que des représentant‧es du Parlement Européenne ; du Parlement Vasco ; du sénat de Minnesota ; et des scientifiques, chercheurs, et chercheuses de l’Allemagne, l’Argentine, l’Ecuador, les États Unis, la France, le Mexique, le Pays Vasque et les Pays Bas. La production du communiqué a compté aussi sur la contribution de plusieurs membres du réseau européen d’observatoires corporatifs, l’ENCO.

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À propos du communiqué

Le communiqué analyse comment, dans les 30 dernières années, le Mexique est devenu l’un des principaux paradis industriels à niveau mondial, c’est-à-dire, l’un des laboratoires plus avancés pour le commerce libre et la dérégulation.

En argumentant le besoin d’attirer des investissements à tout prix pour générer des processus de « développement » et d’emploi, dans le cadre des accords commerciaux comme ceux de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) ou l’Accord commercial union européenne-Mexique, il y a eu un approfondissement d’un processus de détournement de pouvoir. De cette manière, un régime s’établit où la loi a permis l’autorégulation environnementale, sociale et laborale de la part des entreprises transnationales (ETNs). Une grande partie du territoire mexicain a été soumis à une dynamique de denses corridors industriels qui sont tous interconnectés, où il y a eu une prolifération d’industries de haut risque, d’activités agro-industrielles extensifs et d’opérations extractives. Ces régions coïncident avec des espaces urbanisés, au manque d’une surveillance des impacts à la santé des populations locales, devenant ce que V. M. Toledo, ancien secrétaire à l’Environnement du Mexique, a appelé des « enfers environnementaux. »

En situ, les observateurs internationaux ont pu constater une proportion de la vraie dévastation socio-environnementale générée dans ce pays par le néolibéralisme. Il est devenu évident jusqu’à quel point les territoires les plus industrialisés sont caractérisés par une pollution systématique de l’air, de l’eau et du sol, couplée à des processus d’urbanisation sauvage et à la prolifération des décharges d’ordures et des zones d’élimination des déchets hautement toxiques. Cette dynamique n’a pas seulement provoqué une situation d’urgence sanitaire et environnementale, dans laquelle les chiffres de mort en raison de maladies liées aux opérations des entreprises des différents secteurs sont écrasants. De plus, la Caravane a constaté que, pour les populations locales, la mise en place des corridors industriels a eu lieu dans le cadre d’une dépossession violente de leur territoire, les privant de leurs moyens de subsistance économique, sociale et culturelle et détruisant leur santé ainsi que leurs tissus communautaires.

Dans le bassin du fleuve Santiago, des grandes zones industrielles manufacturières, urbaines et agricoles existent dans les corridors industriels plus grands du pays : Toluca-Lerma avec plus de mille entreprises manufacturières, et Ocotlán-El Salto avec environ 700 entreprises, essentiellement la métallurgie et la métallurgie, la chimie-pharmacie, l’électronique, l’automobile, l’agroalimentaire et les boissons. La population directement exposée à la pollution environnementale s’élève à plus d’un demi-million de personnes, un tiers des habitants des rives du lac Chapala et du fleuve Santiago. Des études scientifiques sur la qualité de l’eau ont montré la présence de 1 090 polluants dans la rivière, et le non-respect des normes laxistes de déchets par jusqu’à 94% des industries. Une enquête sur la santé de la population enfantine publiée lors de la Caravane a démontré entre autres qu’à Juanacatlán, 40% des filles et garçons avaient de l’arsenic dans leurs corps et 93% d’eux avaient du plomb. Dans la localité de El Salto, 98% des garçons avaient du cadmium. Parmi les ETNs qui ont des opérations dans ce bassin, on trouve, par exemple : les sociétés allemandes Continental, Siemens, ZF, Voit ; le suisse Nestlé ; et les néerlandais DSM et Nutreco.

Dans le bassin Independencia (dans l’État de Guanajuato), les organisations ont exposé les dommages soufferts par un demi-million de personnes et générés par l’agro-industrie des exportations destinées aux marchés américains. L’exploitation excessive de l’aquifère a pour conséquence que l’eau extraite depuis plus de trente ans contient du fluorure, de l’arsenic, du sodium, du manganèse et d’autres minéraux à des concentrations nocives pour la santé humaine. Dans cette entité fédérale, les communes où ces éléments sont les plus présents sont celles où se situent les plus fortes incidences d’insuffisance rénale chronique, transplantation rénale et fluorose dentaire. De plus, dans le corridor établit entre Celaya et León, des accidents industriels importants ont eu lieu, un desquelles a provoqué l’intoxication de jusqu’à 6000 personnes. Dans la ville de Guanajuato, les organismes locaux ont additionnellement dénoncé devant la Caravane des dommages pour la santé et l’environnement provoqués pendant les campagnes sanitaires contre la dengue, où la population est exposée à des pesticides classés par le PAN International (Pesticide Action Network) comme hautement dangereux.

Dans le bassin du fleuve Tula et dans le sud du Valle del Mezquital, la Caravane a indiqué la coïncidence des impacts générés par le noyau dur de l’industrie du ciment à niveau national, des industries extractivistes, des parcs industriels, une grande raffinerie, une plante thermoélectrique, ainsi que des eaux résiduelles industrielles et urbaines qui se déversent dans le fleuve Salado et dans le fleuve Tula, postérieurement utilisées par la production agricole. Au total, c’est estimé que le nombre de personnes affectées est d’un million. Parmi les principaux dommages à leur santé, ils ont rapporté : des manifestations aiguës de maux de tête, des nausées, des vomissements, des irritations pharyngées et conjonctivales, des douleurs abdominales, une détresse respiratoire et une perte de conscience. Il existe également des leucémies, différents types de cancer affectant tous les organes, des malformations congénitales, des perturbations endocriniennes, des modifications immunologiques, une insuffisance rénale et des maladies respiratoires. Le franco-suisse LafargeHolcim opère entre autres dans cette région.

Dans le bassin Atoyac-Zahuapan des anciens et nouveaux corridors industriels s’entrecroisent, où 20,400 entreprises opèrent. Devant les dénonciations présentées depuis 2011 par les organisations locales, la Commission nationale des droits humains (CNDH) a soumis une recommandation (10/2017) où elle a conclu que les causes principales de la pollution étaient : la décharge des eaux usées municipales et industrielles sans traitement préalable ; la mauvaise élimination et collecte des déchets solides ; et l’expansion démographique croissante et l’industrialisation désordonnée de la région. D’après les chiffres officiels, il a été enregistré qu’entre 2002 et 2016, 26 477 personnes sont décédées de cancer et 4 379 d’insuffisance rénale, en plus qu’il y a eu 906 avortements spontanés. Le taux de mortalité par cancer dans l’ensemble du bassin est de 13,5 fois la moyenne nationale. En moyenne, entre 2015 et 2019, chaque 2 heures et demi une personne est décédée à cause des maladies probablement liées à la pollution environnementale. Dans la région, la CNDH a identifié une incidence élevée de : maladies diarrhéiques, hydroarsenicisme chronique endémique, dommages génétiques et prédisposition à développer des cancers liés à l’exposition aux dioxines et furanes, à potentiel génotoxique. L’organisme a trouvé aussi une relation entre l’exposition aux composés organiques volatils et la présence de leucémie myéloïde. On trouve dans cette région des usines de Volkswagen, Bayer et BASF, entre autres.

Dans le bassin Libres-Oriental, où les ressources en eau sont caractérisées par la rareté ; il y a un confluence entre les méga-fermes porcines de l’entreprise américaine Granjas Carroll ; les serres de Driscoll’s qui produit fruits et légumes pour l’exportation ; parcs d’énergie solaire de la société Iberdrola ; et une usine automobile de Audi, qui fonctionne comme une extension de l’usine Volkswagen de Puebla. Ces industries consomment de grandes quantités d’eau de l’aquifère, mais utilisent également des canons anti-grêle pour empêcher la pluie et protéger leur production, ce qui affecte gravement l’agriculture paysanne locale. Des processus contaminants associés à l’industrie ont été dénoncés aussi dans cette région.

L’Isthme du Nord de Tehuantepec, dernière zone traversée par la Caravane, se caractérise par l’accueil du corridor industriel – Uxpanapa et l’un des pôles les plus anciens et les plus importants de l’industrie chimique et pétrochimique d’Amérique latine. Les organisations des affecté‧e‧s ont rapporté la pollution de l’air et de l’eau, produite à la fois pendant les opérations régulières des entreprises et lors d’accidents et d’urgences chimiques. Les conséquences pour la santé humaine et l’environnement du stockage d’une fosse à ciel ouvert de coke par la société catalane García Munté Energía (GME – ADN Energía) ont également été mises en évidence devant des observateurs internationaux.

Malgré tout l’évidence des maux soufferts par la population dans ces enfers environnementaux, les successifs gouvernements mexicains aux niveaux municipal, étatique et fédéral n’ont pas seulement pas agi, mais ils ont aussi rendu invisibles les effets sur l’environnement et le travail et les conséquences sociaux, tout en ignorant les demandes et revendications des affecté‧e‧s. Ils ont opéré comme un mur de contention du mécontentement social, à travers les politiques de criminalisation et répression, sans prévenir le foment du terroir dans les organismes sociaux par des divers groupes criminels. En outre, ils ont facilité l’instauration de nouveaux projets industriels et de méga-infrastructure qui ne font qu’augmenter les risques de la population locale.

Il faut aussi mentionner les gouvernements des pays européens et des États Unis, où une grande partie des sociétés transnationales qui opèrent dans les paradis industriels mexicains sont basées. À travers l’assurance, le crédit et le support technique, ces gouvernements appuient, avec des fonds publics, la globalisation des entreprises sans aucun contrôle ni garantie de respect de l’environnement et des droits de l’homme. Ils n’assument aucune responsabilité pour les conflits socio-environnementaux générés, mais ils font pression quand même vers des accords de libre-échange et de protection des investissements. Tel est le cas de la renégociation de l’accord entre l’Union européenne et le Mexique, grâce auquel le Mexique serait le premier pays latinoamericain à signer un accord de protection des investissements avec l’Union européenne comme bloc. Une fois approuvé, cet accord protégerait encore plus le pouvoir des entreprises et pourrait créer des obstacles pour l’instauration de politiques engagées en faveur des droits humains au Mexique.

Les recommandations du communiqué sont dirigées aux gouvernements et parlements, tant au Mexique comme aux États Unis et en Europe, en vue de la présence des ETN américains et européens soulignée en pratiquement tous les enfers environnementaux visités par la Caravane. La production de ce communiqué a compté sur la participation des organisations des affecté‧e‧s, des observateurs internationaux, des membres de la “campagne globale pour revendiquer la souveraineté des peuples, démonter le pouvoir corporatif et mettre fin à l’impunité,” du réseau européen des observateurs corporatifs (ENCO), et d’autres enquêteurs et enquêteuses independent‧e‧s.. Leurs efforts conjoints rendent évident le besoin urgent de réglementations contraignantes, particulièrement dans le processus de négociations du Traité contraignant de l’ONU sur les ETNs en matière des droits humains.

Ce communiqué représente aussi un outil de mobilisation de la société civile contre un régime de commerce et d’investissements. Par exemple, le pouvoir corporatif sera élargi par la renégociation du traité de libre commerce entre l’Union européenne et Mexique, ce qui pourrait compliquer l’installation de politiques contraignantes en faveur des droits humains au Mexique.

Coordination : Mónica Vargas, Corporate Power Team (TNI)

Création et révision : Martín Álvarez-Mullaly, Iñaki Barcena, Lucía Bárcena, Lucía Benavides, Lorenzo Bozada, Cristina Caldera, Alan Carmona, Refugio Choreño, Peter Clausing, Thomas Dürmeier, Sofía Enciso, Graciela González, Ralf Häußler, Julisa Hernández, Fabiola Lara, Martin Mantxo, Julia Martí, Cindy McCulligh, Alejandra Méndez Serrano, Laura Méndez Rivas, Rocío Montaño, Bettina Müller, Cecilia Olivet, Mercedes Páramo, Mayra Peña Contreras, Manuel Pérez Rocha, Olivier Petitjean, Federico Pohls Fuentevilla, Alejandra Ramírez Varela, Patricia Rendón, Giovanna Segura, Sabrina Spitznagel, Mónica Vargas, Oswaldo Villegas, los equipos de la Taula per Mèxic y de Multiwatch, y las oficinas de la Eurodiputada Leïla Chaibi y de la Senadora Patricia Torres Ray (Minnesota, États Unis).

Octobre 2021

Voir l’article original en ligne sur le site du Comité pour les Droits Humains en Amérique latine

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Publié par Acción Ecológica, EHBildu, Ekologistak Martxan, ENCO, Goliathwatch, México vía Berlín, Multiwatch, Oficina Ecuménica por la Paz y la Justicia, Observatoire des Multinationales, Observatorio Petrolero del Sur, Taula per Mèxic, The Left in the European Parliament, TRADENER, Transnational Institute, Unión de Afectado/as por Chevron Texaco , ZEB – Zentrum für Entwicklungsbezogene Bildung.
Avec contributions de Corporate Accountability