Médias du tiers secteur

Par « médias du Tiers secteur », on désigne « les radios, les télévisions, les organes de presse écrite, les sites Internet, qui ne font partie ni du secteur public ni du secteur marchand. Généralement sous forme associative, ils sont indépendants des puissances financières, des institutions de l’État et des obédiences confessionnelles. […] ils se définissent selon les cas comme des médias démocratiques, alternatifs, participatifs, libres [1], solidaires et/ou citoyens [2] », indépendants voire communautaires.
L’idée de Tiers secteur renvoie évidemment à la notion de tiers-État, pour revendiquer l’existence (et réclamer les garanties de celle-ci) d’un secteur médiatique qui ne soit assimilable, ni aux médias publics d’État, ni aux médias privés à vocation commerciale.

Définition développée

La notion de Tiers secteur des médias et son développement provient du constat selon lequel « la production de l’information est un enjeu de lutte », et des interrogations : « Pourquoi réserver aux seuls professionnels de l’information le droit de produire nos représentations du monde ? Pourquoi ne pas susciter d’autres formes d’expression ou de récits du réel ? » [3]
Historiquement, on peut distinguer deux grands axes au sein des médias du tiers secteur :
 « une critique « contre hégémoniste » : d’inspiration marxiste, elle dénonce les effets de la monopolisation de la production de l’information par des conglomérats économico-politiques de plus en plus concentrés, et s’attache à mettre en lumière la fonction propagandiste des médias et appelle à la création d’un contre-pouvoir critique.
 une orientation « expressiviste » qui dénonce quant à elle la réduction de la couverture des évènements par les médias centraux aux seules activités des acteurs dominants. Elle revendique alors un élargissement des droits d’expression des personnes en proposant des dispositifs de prise de parole ouverts qui doivent leur permettre de s’affranchir des contraintes imposés par les formats médiatiques professionnels [4] ».
Ce débat est à considérer aujourd’hui dans « le contexte créé par l’idée qu’il est désormais possible à tous de publier sur Internet [5] ».
Ainsi, « En dépit [d’une] forte diversité, les médias dits communautaires partagent néanmoins un projet commun qui peut être qualifié de participatif. L’objectif est de rapprocher émetteur et récepteur, de faire de la production d’information un acte collectif, de parler avec les codes culturels et linguistiques des publics visés, de refuser l’influence commerciale, d’établir un rapport d’égalité et de proximité entre producteurs, journalistes et audiences, de favoriser la diffusion par des canaux alternatifs, d’instaurer un rapport non ritualisé et transparent au dispositif médiatique, etc. (…) S’ils contestent l’hégémonie des médias centraux, les médias communautaires insistent surtout sur la réappropriation par les sujets des outils de représentation du monde [6] ».

Utilisations et citations

Les médias privés à vocation non lucrative sont désignés sous de nombreuses appellations telles que médias indépendants, médias communautaires, médias associatifs, médias libres, médias alternatifs, médias citoyens, etc. Face à cette diversité, les participants aux Rencontres de Marseille des médias associatifs et indépendants (5-8 mai 2006) se sont finalement arrêtés sur la dénomination de Médias du Tiers secteur, pour son caractère englobant. Cette appellation peut faire écho à la décision, certes ultérieure, de l’exécutif argentin de réglementer le paysage audiovisuel, en le divisant à parts égales (soit trois tiers) entre médias publics d’État, médias privés à vocation commerciale et médias d’initiative privée à but non lucratifs [7].

Notes

[1Voir : Forum Social Mondial, Déclaration de l’Assemblée pour le droit à la communication « Le droit d’informer et d’être informé », Dakar, 11 février 2011 : http://www.rinoceros.org/article10235.html

[2voir la reproduction de l’Appel de Marseille, suite aux « Rencontres de Marseille des médias associatifs et indépendants » (5-8 mai 2006), sur le site d’Acrimed : www.acrimed.org

[3cf. Cardon Dominique & Granjon Fabien, Médiactivistes, Paris, Presses de Science-Po, 2010, page 7.

[4cf. Idem, p.11

[5cf. Idem., p.12

[6cf.Idem, p.62

[7cf. Nils Solari, Démocratisation des médias audiovisuels en Argentine, 28/10/2009 : http://www.acrimed.org/article3243.html